le Mardi 30 mai 2023
le Jeudi 4 mai 2023 7:35 | mis à jour le 9 mai 2023 9:34 Sciences et environnement

Cueillette de printemps

Les bourgeons de peupliers baumiers contiennent des principes actifs similaires à l’aspirine et sont utilisés de façon médicinale par les Premières nations du territoire. — Photo : Agnès Viger
Les bourgeons de peupliers baumiers contiennent des principes actifs similaires à l’aspirine et sont utilisés de façon médicinale par les Premières nations du territoire.
Photo : Agnès Viger
Dans la nature, chaque saison offre des ressources précieuses pour les amateurs et amatrices de gastronomie et de phytothérapie.

Ce texte est suivi d’une capsule « Lecture simple ».

Dès la fonte des neiges, certaines ressources naturelles précieuses peuvent être collectées : sirop de bouleau, bourgeons de peuplier baumier, pousses d’épilobes, pointes et sève d’épinettes, feuilles de pissenlit, orties. Chacun et chacune peut y trouver son plaisir, aussi bien gustatif que curatif.

Lors de la cueillette, il est préférable d’avoir une connaissance des plantes boréales pour que la flore reste en bonne santé, mais aussi pour respecter les traditions des Premières Nations. Chaque année, des ateliers sont offerts, notamment par Nomadic Harvests au sud de Whitehorse, au département bien-être des Tr’ondëk Hwëch’in ou encore avec Rockpile Remedies à Dawson. « Pour les ateliers de printemps, tout le monde peut venir. C’est gratuit, il suffit d’apporter un petit pot avec un couvercle. Nous créerons une huile curative », explique sa créatrice Jacqueline Clancy.

Les pousses et bourgeons

« L’une des premières récoltes que nous faisons est celle des bourgeons de peuplier baumier, à la fin du mois d’avril. Nous les faisons ensuite mariner dans l’huile », partage Anezka Hampl, représentante de la santé communautaire Tr’ondëk Hwëch’in. Le bourgeon doit être cueilli quand il est bien collant et que les feuilles ne sont pas encore sorties.

 

Il est recommandé d’infuser les bourgeons de peuplier dans de l’huile neutre et biologique pendant au moins un mois à l’abri du soleil.

Photo : Agnès Viger

Être accompagnés lors de ces cueillettes est idéal pour les novices, les adeptes de nature et les personnes nouvellement arrivées au territoire. « Je trouve dommage que ces connaissances qui faisaient partie de la vie de tous les jours il y a moins de 300 ans soient maintenant réservées aux experts. C’est pourquoi je veux faciliter la réappropriation de ce savoir ancestral, présent dans toutes les cultures, essayer de réanimer l’étincelle primordiale de connexion avec les incroyables propriétés médicinales des plantes ! », explique Angelune Drouin, fondatrice de Nomadic Harvests.

Les bourgeons et les jeunes pousses de bouleau et d’épinettes sont des ingrédients de choix des amateurs et amatrices de cuisine pour des assaisonnements étonnants, de même que leurs chatons et pommes de pin. Les pousses de bouleau peuvent être utilisées pour assaisonner les omelettes et les salades. Les jeunes aiguilles d’épinettes sont très tendres au printemps et riches en vitamine C. Comme il s’agit des futures branches, il est préférable de n’en récolter qu’une ou deux par arbre, au maximum.

« Les pousses ont un goût acidulé agréable, se sèchent au soleil pour en faire une infusion et se dégustent aussi en gelée ou en assaisonnement. J’ai préparé un sel de finition de pointes d’épinettes, un accompagnement parfait pour les repas d’été », explique la dawsonienne Danica Jeffery. « Personnellement, j’utilise principalement les bourgeons d’épinette en cuisine pour faire des pesto, vinaigre, sirop, sel, crème dessert ; mais aussi en tisanes médicinales, car c’est plein de vitamine C ! J’infuse les cocottes de pin vertes dans le sucre pour en faire un sirop à utiliser sur les crêpes, dans les cocktails », ajoute Angelune Drouin.

Le temps des cures avec le bouleau et le genévrier

La sève de bouleau a de nombreux bienfaits nutritifs, notamment pour ses propriétés de drainage et sa richesse en minéraux et antioxydants. Elle se récolte de façon quotidienne pendant quelques semaines, quand les températures sont positives à la nuit tombée et jusqu’à l’apparition des premières feuilles.

« La récolte se fait de préférence près de la base du tronc et loin de toute source de pollution au cœur de la forêt », explique la collectrice dawsonienne Constance Barra. La sève sera plus riche en oligo-éléments puisque plus proche du sol. On peut utiliser un ensemble de récolte vendu dans les commerces, mais il est possible de se débrouiller autrement. « J’ai recyclé des pailles et de gros contenants alimentaires avec couvercle pour faire ma première récolte. Il faut que la matière soit opaque, car le soleil et l’air oxydent l’eau de bouleau. Une fois la récolte terminée, on bouche le trou avec un morceau d’écorce. J’ai pu récolter plusieurs litres de sève et j’ai fabriqué suffisamment de sirop pour ma consommation annuelle », explique le dawsonnien Genséric Morel. « À feu très doux, le liquide réduit jusqu’à 100 fois son volume avant de devenir du sirop. L’eau de bouleau se boit aussi légèrement fermentée si elle a été conservée au frais, elle est alors bénéfique à la flore intestinale », affirme-t-il.

Le printemps est une période de choix pour faire une cure après le long et rude hiver yukonnais. « Je fais une cure de sève de bouleau chaque année. Les bouleaux m’en offrent tellement que je partage ma récolte avec mes amis », s’enthousiasme Constance Barra.

Les baies de genévriers qui se récoltent toute l’année et qui sont mûres dès qu’elles sont bleu foncé sont souvent consommées à la fonte des neiges pour retrouver de l’énergie. Pour les Premières Nations, « elles purifient l’esprit et nettoient le corps », explique le Tukudh Terance Shadda.

Cueillir des plantes en forêt est également une cure pour le bien-être. « Les marches enchantées que nous proposons sont l’occasion d’observer la croissance des plantes sauvages et de discuter l’utilisation des différentes parties de la plante tout au long de la saison. Cela inclut un temps de méditation en forêt pour se familiariser à l’habitat des plantes et se centrer avec ses cinq sens dans la nature », conclut Angelune Drouin.

Les jeunes pousses d’épinettes se cueillent pendant environ un mois à partir de la mi-mai.

Photo : Agnès Viger

LECTURE SIMPLE

Qui sont les Tukudh?

Les Tukudh sont les personnes des Premières Nations qui vivaient traditionnellement dans la région de Tombstone et Blackstone, notamment à Black City. 

Un certain nombre de personnes des Premières Nations s’identifient comme des Tukudh, pour leurs traditions (chasse et trappe) et leur langue. Il y a aussi un projet de recherche qui étudie leur langue : The Sound of Tukudh. 

Il n’y a pas aujourd’hui de reconnaissance officielle des Premières Nations Tukudh, mais leurs héritages et leur territoire sont reconnus par les Tr’ondëk Hwëch’in, Gwich’in, et Vuntut Gwichin. Le site Internet du Conseil des Premières Nations du Yukon y fait aussi référence et le nomme Tukudh Gwitchin. 

Sur plusieurs panneaux le long de la route Dempster, plusieurs personnes sont identifiées comme Tukudh.