le Jeudi 2 février 2023
le Jeudi 12 janvier 2023 7:55 | mis à jour le 23 janvier 2023 17:46 Éditoriaux

Résolutions

  Photo : Maryne Dumaine
Photo : Maryne Dumaine

« Bonne année! » entend-on partout. Mais c’est quoi une « bonne année », au juste? Est-ce que c’est une année sans obstacles, sans adversité, sans peine? Est-ce une année où nos attentes sont comblées, nos objectifs atteints sans entraves, sans défis et sans délais?

C’est beau, une nouvelle année qui commence. C’est un moment rempli d’espérances. L’an 2023 porte d’ailleurs beaucoup d’espoirs, notamment en matière de francophonie : la modernisation de la Loi sur les langues officielles, un nouveau Plan d’action sans trop de délais, une révision des cibles d’immigration francophone et la possibilité pour les médias communautaires qui ont des petites équipes de jouer dans la cour des grands, dans les négociations face aux géants du Web. Ah! Ça, les souhaits pour la francophonie canadienne, ça ne manque pas!

Mais au-delà de ce que l’on se souhaite, nous sommes aussi beaucoup à prendre des « bonnes résolutions ». Entre bûche de noël et verre de pétillant, on se promet de dormir plus dans l’année à venir, de manger moins de gras, moins de sucre, moins de gluten, de bouger plus… Pourtant, les études démontrent que les résolutions liées à la santé sont celles qui sont les plus difficiles à tenir. Au-delà des statistiques, pourquoi ces engagements-là seraient-ils les plus laborieux?

Prenons l’exemple des personnes qui optent pour le début d’une vie sans alcool. Le défi ne viendrait-il pas – au moins un peu – de ce que nous projettent nos sociétés? Avez-vous remarqué que dans beaucoup de films, l’alcool est hyper présent? Dans une production récente que j’ai visionnée en ligne (un polar de type Agatha Christie), le dénouement de l’histoire met l’emphase sur l’héroïne qui, afin de se donner le courage nécessaire, boit un grand verre d’alcool fort avant de se lancer dans un combat… Vraiment?!

Je sais bien que, si nos sociétés évoluent, tout n’évolue pas au même rythme. Voyons tout de même les choses positives : les blagues sexistes, homophobes ou racistes sont moins prépondérantes lors des repas de famille. C’est déjà ça. Espérons désormais que nos cercles sociaux développent aussi de l’empathie pour les personnes qui se lancent dans la sobriété ou qui font des nouveaux choix d’alimentation!

Pendant le temps des fêtes, avez-vous prévu des boissons festives sans alcool, au-delà de la boite de canettes de soda pour les enfants? Pourquoi, d’ailleurs, la nouvelle année devrait-elle commencer avec du pétillant alcoolisé? Est-ce une vraie tradition ou simplement un coup de marketing qui, un jour, s’est vu propulsé au rang de « porte-bonheur »?

On en vient, je pense, à la question de normalisation de ce genre de défi qu’on se donne. S’il est « normal », c’est-à-dire dans la norme, de les annoncer, soyons honnêtes : il n’est pas encore normalisé de véhiculer les valeurs qui vont autour de beaucoup de nos résolutions. On déclare vouloir dormir plus, mais les activités et les tâches ne cessent pas de s’accumuler pour autant. On décide de manger moins de sucre pour s’apercevoir qu’un simple yogurt aux probiotiques en contient presque autant qu’un soda! On décide de ne pas boire d’alcool et grand-maman nous demande, tout sourire, si on veut le petit digestif après la bûche de noël… Pas simple de faire des choix santé!

Si c’est si dur à tenir, c’est peut-être en partie dû au fait que nous vivons dans un monde où ça serait « donc ben plus pratique » si on continuait de faire comme tout le monde…

Alors cette année, je nous souhaite une société plus inclusive et sans jugement, même quand nos résolutions semblent des montagnes à franchir. Car comme le disait Marc Aurèle, empereur, philosophe stoïcien et écrivain romain, il y a près de 2 000 ans de cela : « Quod obstat viae fit via, l’obstacle, c’est le chemin. » Ce qui fait obstacle à l’action fait avancer l’action. C’est certain : peu importe nos objectifs, 2023 apportera son lot de défis. Alors au lieu d’abandonner nos cibles, peut-être pouvons-nous plutôt changer le paradigme : faisons de nos défis des alliés pour notre chemin personnel.

Bonne lecture!