le Vendredi 3 février 2023
le Jeudi 22 Décembre 2022 8:05 | mis à jour le 11 janvier 2023 23:30 Francophonie

Un honneur pour la francophonie yukonnaise

Angélique Bernard, commissaire du Yukon (à gauche), a offert un discours plein d’émotions saupoudré de touches d’humour lorsqu’elle a remis le prix de l’Ordre du Yukon à Jeanne Beaudoin (à droite). — Photo : Maryne Dumaine
Angélique Bernard, commissaire du Yukon (à gauche), a offert un discours plein d’émotions saupoudré de touches d’humour lorsqu’elle a remis le prix de l’Ordre du Yukon à Jeanne Beaudoin (à droite).
Photo : Maryne Dumaine
Jeanne Beaudoin, pionnière de la francophonie yukonnaise, a été la première francophone à être mise en candidature pour le prix de l’Ordre du Yukon. Le 14 décembre dernier, elle a reçu cette distinction des mains de la commissaire du Yukon, Angélique Bernard.

L’Ordre du Yukon est la plus haute distinction qu’une personne peut recevoir au territoire. Créé en 2018, il s’agit d’une reconnaissance pour les Yukonnaises et Yukonnais qui se sont démarqué·e·s dans leurs services pour le territoire et leur communauté.

Pour sa part, Jeanne Beaudoin s’est particulièrement distinguée par son implication pour le développement de la francophonie au Yukon. Elle a participé à la mise en place de services en français qui ont bénéficié au bien-être social, à la culture et même l’économie de la communauté yukonnaise.

Son parcours

Originaire de l’Abitibi, Jeanne Beaudoin est arrivée au Yukon le 30 mai 1982 pour être guide interprète sur les sites historiques du Klondike. Elle sortait alors tout juste de l’université avec un baccalauréat en études françaises, option théâtre d’animation.

Deux ans plus tard, elle s’est présentée comme vice-présidente à l’Association franco-yukonnaise (AFY). « C’était un concours de circonstances, il n’y avait pas d’employés à ce moment-là à l’AFY, tout était fait bénévolement. […] J’ai fait quelques mois de vice-présidence et ensuite ils avaient besoin d’une employée, ils avaient réussi à obtenir des fonds pour payer une personne à quatre jours par semaine. […] C’est parti de là, je suis devenue employée [comme] secrétaire-réceptionniste. » Quelques mois plus tard, on lui a proposé le poste de directrice générale, qu’elle a accepté et conservé pendant un an et demi avant d’avoir son premier enfant et de poursuivre sa lutte pour la défense des droits francophones sur d’autres fronts également.

« J’ai été là à tous les moments du développement de la communauté », partage Jeanne Beaudoin. Grande bénévole, elle a donné son temps et transmis sa passion pour la langue au fil des ans. Pour ne citer que quelques-uns de ses apports à la communauté, elle a participé au développement de services en français au niveau de l’art, de la culture, du service à l’emploi et de l’immigration; elle a participé à la création de la garderie francophone ainsi qu’à celle de l’école française; elle a été bénévole pour la commission scolaire francophone ainsi que pour la sauvegarde du journal l’Aurore boréale; elle a été présidente de l’AFY pour un total de 5 années et à la direction générale pendant près de 9 ans, de 1999 à 2008.

Jeanne Beaudoin a terminé sa carrière à la direction des services en français au gouvernement, où elle a tenté de continuer son engagement auprès de la francophonie par l’entremise de ses idées progressistes.

L’histoire d’une vie

C’est pour avoir participé au développement et au bien-être du tissu social et économique du Yukon pendant 38 ans que Jeanne Beaudoin s’est vue décerner l’Ordre du Yukon. Il s’ajoute à de nombreux prix reçus précédemment, dont celui de bénévole de l’année de l’AFY, obtenu à trois reprises, le prix Canada 125, le prix Femme de l’année par le Conseil du statut de la femme du Yukon, le prix Boréal de la Fédération des communautés francophones et acadienne, et la reconnaissance de l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne qui mettait en lumière les 100 femmes qui ont joué un rôle important dans la francophonie canadienne.

Pour Jeanne Beaudoin, le prix de l’Ordre du Yukon représente l’histoire d’une vie. Elle a dédié son temps et son énergie à faire valoir les intérêts de la francophonie au Yukon, et cette distinction est à ses yeux symbolique.

« Ça a été ma façon de faire de la politique », a-t-elle confié lors de son discours, après avoir reçu la médaille. « Au Canada, parler français (et vouloir le garder), c’est un geste politique ». Elle souligne cependant que beaucoup de ses accomplissements sont le fruit d’un travail effectué au sein d’une grande équipe, avec qui elle estime que cette reconnaissance doit être partagée.

Angélique Bernard, commissaire du Yukon, a éprouvé un grand sentiment de joie lorsqu’elle a reçu la liste des récipiendaires de l’Ordre du Yukon, cette année. « Je ne siège pas au comité de sélection, mais j’approuve la liste des noms qui me sont proposés, et quand j’ai vu le nom de Jeanne j’ai dit “approuvé à 150 pour cent!” » a affirmé celle qui a reçu l’Ordre du Yukon à titre de chancelière et de commissaire du Yukon, lors de la création de cette reconnaissance en 2018.

« Jeanne est tout aussi passionnée maintenant qu’elle l’était quand elle est arrivée. […] Elle a fait un travail communautaire incroyable. On ne serait pas où on en est si elle n’avait pas été là », soutient Cécile Girard, ancienne directrice de l’Aurore boréale.

Jeanne Beaudoin a conclu son discours par un moment de gratitude, envers son entourage cette fois : « quand j’ai eu l’appel pour me dire que je recevais ce prix, j’ai été très émue, car j’ai surtout senti énormément d’amour. Je me suis sentie très chanceuse d’être autant aimée ». Après sa famille et ses enfants, le développement de la communauté francophone a été, selon ses mots, « le deuxième plus bel accomplissement de [sa] vie ».

Deux autres personnes ont été admises à l’Ordre du Yukon cette année. Il s’agit de Danny Joe, récompensé pour son dévouement pour l’avancement de la culture et des langues des Premières Nations du Yukon, et de Murray Lundberg, qui a reçu ce prix pour son action de promotion de l’histoire du Yukon et de sa population à travers la photographie, l’écriture, le marketing touristique, la recherche, le bénévolat, l’exploration et la sensibilisation à la démence.