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le Jeudi 10 novembre 2022 6:01 | mis à jour le 30 novembre 2022 14:58 Société

Florian Boulais, né entre deux frontières

Pour Florian Boulais, le devoir de mémoire peut aussi être l’occasion de comprendre les mécanismes de la guerre, et de se tourner vers l’avenir pour éviter de refaire les erreurs du passé. — Photo : Maryne Dumaine
Pour Florian Boulais, le devoir de mémoire peut aussi être l’occasion de comprendre les mécanismes de la guerre, et de se tourner vers l’avenir pour éviter de refaire les erreurs du passé.
Photo : Maryne Dumaine
Florian Boulais sera invité à présenter un discours lors de la cérémonie officielle qui aura lieu à Whitehorse, à l’occasion du jour du Souvenir, autrefois appelé jour de l’Armistice, qui marque la fin de la Première Guerre mondiale. Les cérémonies ont habituellement lieu à 11 h, le 11 novembre.

Né d’une mère allemande et d’un père français, Florian Boulais est issu d’une histoire familiale qui semble l’avoir prédestiné à s’intéresser aux mécanismes et aux causes de la guerre.

Se souvenir, oui, mais de quoi?

« Le souvenir est fondamental pour définir qui je suis, d’où je viens et où je m’en vais. » Tels sont les premiers mots de la campagne vidéo de Historica Canada, diffusée par la branche 254 de la Légion royale du Canada, à Whitehorse.

Le jour du Souvenir commémore les différents conflits dans lesquels le Canada s’est impliqué. Il vise à célébrer les vétérans et les personnes tombées au combat. Pour plusieurs, c’est aussi l’occasion de reconnaître le privilège que nous avons de vivre dans un pays en paix.

Selon Florian Boulais, le sujet des conflits est controversé et parfois même « ironique ». Il s’est porté volontaire pour participer cette année à la cérémonie du 11 novembre parce que cette cérémonie manque parfois de profondeur humaine, selon lui. « C’est dommage, estime-t-il, car on est constamment en train de provoquer des situations qui risquent de provoquer des guerres. »

« Je suis un EMR [premier répondant, NDLR] bénévole et un pompier volontaire. J’ai été dans la marine française et servi dans l’océan Indien, protégeant les routes commerciales internationales, et engagé dans des zones de conflit à faible risque. Nous représentions aussi la France pour la vente d’armes », explique celui qui a quitté la marine il y a 25 ans.

« Je crois que la meilleure façon d’honorer les personnes qui sont mortes sur un champ de bataille est de réfléchir profondément aux causes de conflit et d’œuvrer pour éviter de futures guerres », ajoute-t-il.

Une histoire atypique etironique

« Pendant la Première Guerre mondiale, mon arrière-grand-père allemand et mon arrière-grand-père français ont combattu dans des camps opposés à Verdun, en France, en même temps », explique Florian Boulais. Il ajoute que d’un côté de sa famille se trouvent des personnes qui ont été soldats d’Hitler ou soldats SS, tandis que dans son sang coule aussi « un huitième de sang juif ».

Ironie supplémentaire : il est né le 12 novembre, le lendemain du jour du Souvenir! « Les deux côtés d’une même médaille, plaisante-t-il. Chaque année, je me rappelle que les notions de bien et de mal ne sont qu’une représentation de différents points de vue, de l’amour exprimé de manière limitée ou polarisée, et qu’à la fin, l’amour gagne toujours. »

Selon lui, en temps de conflit, chacun défend ce qu’il ou elle pense être juste et bon, et ce, des deux côtés de la ligne de tir.

Un discours tourné vers le futur et la collectivité

Florian Boulais proposera aussi une vision environnementale dans son discours, portant le public à réfléchir sur les fondements systémiques de la guerre. Fondateur de l’entreprise F&B Consulting, spécialisée dans la résilience, il ajoute que « les points de basculement sont proches et nos systèmes humains sont très fragiles, comme l’a montré la COVID. »

À cette problématique, il ajoute le caractère interconnecté de nos sociétés. « Je crains que nous vivions à une époque et dans une culture où l’individualisme et le droit sont devenus la norme », déplore-t-il. Cependant, il ajoute que « nous apprenons que notre survie dépend de la survie de tous les autres ».

« L’objectif, c’est d’honorer le passé en essayant de comprendre les origines de la guerre et d’essayer de travailler tous ensemble pour que ça se reproduise le moins possible. Travailler avec les autres pour devenir plus résilient, c’est notre point de départ », conclut-il.

La cérémonie aura lieu cette année au Centre des Jeux du Canada, et débutera à 10 h 20.

 

IJL – Réseau.Presse – l’Aurore boréale