le Dimanche 4 Décembre 2022
le Jeudi 29 septembre 2022 5:01 | mis à jour le 28 novembre 2022 12:03 Société

Le passage du flambeau de l’éducation sous des airs de fête à Haines Junction

Photo : Laurie Trottier.
Photo : Laurie Trottier.

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Laurie Trottier

Voilà qui est fait : la plume de l’éducation a officiellement été confiée le 20 septembre dernier à l’École St. Elias de Dakwäkäda (Haines Junction), sur les terres traditionnelles des Premières Nations de Champagne et d’Aishihik. L’institution scolaire est désormais sous l’égide de la toute nouvelle Commission scolaire des Premières Nations du Yukon.

Mackenzie Eikland, 5e année, et Royal Obourne, 6e année, ont lu un conte en tutchone du Sud lors de la cérémonie. Les deux élèves ont aimé les excursions organisées par l’École St. Elias depuis la rentrée scolaire. Ils apprennent la langue depuis quelques
années déjà. Photo : Laurie Trottier.

 

La scène aurait été impensable il y a quelques décennies. Deux élèves, de cinq et de sixième année, racontent une histoire traditionnelle en tutchtone du Sud devant une soixantaine de personnes réunies derrière l’École primaire St. Elias, à 150 km de Whitehorse, pour une cérémonie historique. Élèves, Aîné·e·s et membres de la communauté étaient rassemblés pour souligner le passage de l’École St. Elias entre les mains de la Commission scolaire des Premières Nations du Yukon (CSPNY).

Danse, chant, nourriture, ambiance : tout témoignait du désir de la communauté de Haines Junction de célébrer les traditions et la culture autochtones. Mais surtout, de s’assurer que ces éléments culturels se retrouveront à la base de l’éducation que recevra la cohorte de l’École St. Elias, ainsi que les prochaines générations.

« Ça a été toute une aventure. Et ce sera un meilleur système. Je crois fermement que les enfants seront mieux éduqués et plus fiers de qui ils sont et d’où ils viennent », a souligné Jamena James Allen, ancien chef des Premières Nations de Champagne et d’Aishihik.

Dans un discours émouvant, il a évoqué son passage au pensionnat autochtone Choolta de Carcross. Il s’est dit encouragé par cette nouvelle ère en éducation, et que la lecture du conte par deux élèves en représente un exemple concret : « Je crois qu’en faisant cela, on peut montrer au monde et au reste du Canada que cette forme d’apprentissage est possible, avec la participation de tous. »

Le territoire comme pédagogue

Kàłx’òkw, enseignante de langue tutchone du Sud, voit déjà des changements depuis que l’École St. Elias relève de la CSPNY. Davantage de leçons se sont données à l’extérieur de l’institution, les deux pieds ancrés au sol.

« On a déjà eu des excursions, nous avons fait la cueillette de baies, et tous les élèves, de la maternelle à la 12e année, ont pu apprendre le processus de coupe, de fumage et de séchage du saumon. Ce fut une excellente façon de débuter l’année », a-t-elle déclaré devant un auditoire déjà conquis. L’enseignante rêve qu’un programme d’immersion soit mis en place d’ici quelques années, à travers duquel des sorties entièrement en langue tutchone du Sud seraient organisées.

L’événement du 20 septembre a été clôturé par une cérémonie de purification durant laquelle la communauté a été invitée à marcher tout autour de l’établissement. Les habits traditionnels ponctués de rouge se mariaient aux couleurs dorées des feuilles d’arbres qui tapissaient le sol.

À travers le territoire, sept autres écoles relèvent désormais de cette commission scolaire autochtone. L’élection des cinq postes de commissaires se tiendra le 7 novembre prochain, en même temps que celle de la Commission scolaire francophone du Yukon.

À l’École élémentaire de Takhini, à Whitehorse, l’enseignante de français et de musique Dorothy Williams voit d’un bon œil ces changements : « Les employés de la Commission scolaire des Premières Nations du Yukon vont nous soutenir lors des activités culturelles, pour avoir des assemblées avec de la musique. On va pouvoir m’aider avec la musique autochtone pour intégrer les tambours, par exemple, explique-t-elle. La présence des Aîné·e·s va être très régulière au cours de l’année, pour que les enfants se retrouvent et s’engagent vraiment. »

Selon l’enseignante, tout élève pourra bénéficier de ces changements. Davantage de temps passé à l’extérieur et une approche holistique de l’éducation avantageront tant les élèves autochtones que non autochtones.

49 ans d’effort

Présente à la cérémonie, Melanie Bennett, de la Direction de l’éducation des Premières Nations du Yukon, a invité les gens présents à poser leur regard sur les enfants dans la salle. « Ils sont la raison pour laquelle on fait ce que l’on fait. Ils sont nos plus précieux cadeaux, a-t-elle déclaré. Je veux que vous réfléchissiez à ce petit livre de 1973, qui a été écrit par 12 chefs, de 12 Premières Nations – désormais de 14 Premières Nations – qui nous a guidés jusqu’à aujourd’hui. »

Elle faisait référence au document Together Today for our Children Tomorrow, dont la présentation au gouvernement canadien s’impose comme une étape importante dans l’autonomie des communautés autochtones yukonnaises.

« Je suis presque certaine qu’Elijah Smith nous regarde d’en haut aujourd’hui, avec tous les autres Aîné·e·s. C’est ce qu’ils envisageaient, que les gens du Yukon travailleraient ensemble, et surtout, avant tout autre chose, pour l’éducation de nos jeunes », a ajouté la ministre de l’Éducation du gouvernement territorial, Jeanie McLean.

Cette dernière a conclu son allocution en présentant une plume en verre, réalisée par l’atelier Lumel de Whitehorse. Elle l’a ensuite remise à une enfant de la communauté, comme un passage de flambeau du ministère de l’Éducation à la CSPNY.

« Les intentions derrière la plume sont l’amour, la force, la connexion, le sentiment d’appartenance, la résilience, la gentillesse ainsi que l’espoir et l’excitation », a expliqué Jeanie McLean, tout sourire.