le Dimanche 4 Décembre 2022
le Jeudi 29 septembre 2022 5:00 | mis à jour le 28 novembre 2022 12:19 Scène locale

20 ans sur les bancs de la francisation

Depuis plus de dix ans, Christine Marchand et Clémence Roy travaillent à temps plein en francisation à l’École Émilie-Tremblay. En
juin 2021, toutes deux prenaient leur retraite et laissaient la place à Manon Aubert et Caroline Thibault. Photo : Maryne Dumaine.
Depuis plus de dix ans, Christine Marchand et Clémence Roy travaillent à temps plein en francisation à l’École Émilie-Tremblay. En juin 2021, toutes deux prenaient leur retraite et laissaient la place à Manon Aubert et Caroline Thibault. Photo : Maryne Dumaine.

Pour écouter l’article, lu par Patricia Brennan :

https://soundcloud.com/lauroreboreale/20-ans-sur-les-bancs-de-la-francisation-lu-par-patricia-brennan?utm_source=clipboard&utm_medium=text&utm_campaign=social_sharing

 

Kelly Tabuteau

Elles ont assisté aux balbutiements et en ont articulé les contours. Cette année, le programme de francisation de l’École Émilie-Tremblay débute sans la compagnie de deux de ses pionnières : Christine Marchand et Clémence Roy. Retour sur le parcours de ces enseignantes dans le cadre de la Journée mondiale des enseignantes et enseignants, célébrée chaque année le 5 octobre.

Depuis plus de dix ans, Christine Marchand et Clémence Roy travaillent à temps plein en francisation à l’École Émilie-Tremblay. En juin 2021, toutes deux prenaient leur retraite et laissaient la place à Manon Aubert et Caroline Thibault. Photo : Maryne Dumaine.

 

En juin 2022, Christine Marchand et Clémence Roy ont tiré leur révérence après plus de vingt ans de service entre les murs de l’École Émilie-Tremblay.

Si les deux femmes ont d’abord obtenu un poste en enseignement, elles se sont ensuite spécialisées dans le domaine de la francisation pour répondre aux besoins de la communauté. Pendant plus de dix ans, elles ont œuvré auprès d’enfants de quatre à huit ans pour leur transmettre la passion de la langue française.

Pour Clémence Roy, le but de la francisation est d’aider les enfants qui ne parlent pas la langue à la maison à réussir à l’école. « On ne veut pas seulement qu’ils soient à l’aise et fonctionnels en français, on veut qu’ils soient au même niveau que les langues premières. C’est donc assez exigeant », complète Christine Marchand.

Se former en autonomie

Quand les deux enseignantes ont commencé à s’intéresser à la francisation, il n’existait que peu de ressources au Canada. « Des gens de l’Ontario sont venus présenter une trousse nationale en francisation pendant trois jours, puis Christine et moi avons fait nos propres recherches pour savoir ce qui se faisait ailleurs. J’ai échangé des ressources avec ma sœur qui travaillait dans le domaine en Ontario », explique Clémence Roy. Christine Marchand ajoute : « J’ai aussi participé à des colloques sur le sujet, notamment à Edmonton. »

Le reste, c’est la détermination des deux enseignantes qui a jeté les bases du programme de francisation tel qu’on le connaît aujourd’hui. Les deux femmes ont appris sur le tas et se sont formées elles-mêmes afin de mettre en place un programme qui répondait aux besoins des enfants yukonnais. Elles ont été soutenues par leur direction, qui leur octroyait un budget pour acquérir les ressources nécessaires aux activités qu’elles développaient.

« Notre philosophie à Clémence et moi était d’éviter les séances individuelles, car ce n’est pas le plus efficace. L’enseignante parle beaucoup et l’enfant est gêné, car ça manque d’interactions », confie Christine Marchand. Selon les besoins du personnel enseignant et afin de lui alléger ses tâches, les deux enseignantes prenaient en charge trois à cinq enfants par groupe. « Nous faisions beaucoup de jeux, explique Clémence Roy, car c’est essentiel que les enfants aiment parler le français pour apprendre la langue. »

Passer le flambeau

Cette rentrée 2022, c’est Manon Aubert qui a repris la relève de la francisation à l’École Émilie-Tremblay. Après vingt ans d’enseignement en éducation physique puis en musique, l’enseignante avait envie d’être stimulée par de nouveaux défis.

« Je vois souvent les mêmes enfants et comme j’ai à cœur la langue française, je voulais comprendre comment on pouvait enseigner une langue seconde, raconte Mme Aubert. Depuis septembre 2021, je suis des cours de maîtrise en francisation à l’Université de Moncton, que j’ai choisie pour son multiculturalisme et sa compréhension des communautés en situation minoritaire. »

Elle est rejointe par Caroline Thibault, enseignante du programme de francisation AIMS pour les enfants de maternelle quatre ans qui ont le plus de difficulté avec la langue française.

Mme Aubert avoue que ce nouveau défi est comme un nouveau travail et qu’elle est encore en phase d’apprentissage pour acquérir le matériel et les ressources nécessaires. « Mais tout ce que l’enseignante fait n’est pas suffisant. Acquérir une langue est un travail d’équipe où chaque protagoniste doit participer : l’enfant, les parents et les spécialistes à l’école », conclut-elle.

Se projeter dans l’avenir

Mme Marchand et Mme Roy admettent ne pas avoir de projets précis pour leur nouvelle aventure qu’est la retraite. Les deux s’entendent à dire que ces prochaines années seront consacrées à prendre du temps pour elles-mêmes, tout comme prendre du temps avec leurs proches.

Mme Roy est persuadée qu’elle restera connectée avec la communauté : « Je n’en ai pas terminé avec l’éducation. Je vais rebaigner dedans, mais à ma guise. Rien de précis encore, mais certainement accompagner les enfants au ski ou lire des histoires à la garderie. » Mme Marchand est plus nuancée : « Sûrement que je vais vouloir redonner à ma communauté, mais pour le moment, je veux prendre le temps de vivre. »

Chose certaine, les deux enseignantes ont le sac à dos rempli d’anecdotes et de souvenirs de leur passage à Émilie-Tremblay.

« Il y a des surprises tous les jours avec les enfants qui parlent une autre langue. Le soir, je racontais l’anecdote à la maison, mais le lendemain, il y en avait une nouvelle qui la remplaçait », sourit Mme Roy.

« Quand je pense à mon travail, je pense aux sourires des enfants, à leur naïveté et à leur persévérance », termine Mme Marchand.

 

IJL – Réseau.Presse – L’Aurore boréale