le Vendredi 2 Décembre 2022
le Jeudi 2 juin 2022 5:00 | mis à jour le 28 novembre 2022 13:13 Scène locale

Souhaits et craintes pour la biodiversité yukonnaise

Quand Bruce Bennett est arrivé au Yukon en 1995, il n’y avait aucune base de données complète concernant le nombre d’espèces au territoire. Le Centre de données sur la conservation des espèces du gouvernement du Yukon a été établi peu après. Photo : fournie.
Quand Bruce Bennett est arrivé au Yukon en 1995, il n’y avait aucune base de données complète concernant le nombre d’espèces au territoire. Le Centre de données sur la conservation des espèces du gouvernement du Yukon a été établi peu après. Photo : fournie.

À l’aube de la Journée mondiale de l’environnement du 5 juin et des 30 ans de la signature de la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique (CDB), trois scientifiques nous donnent le pouls de la conservation de la nature au Yukon et nous font part de leurs souhaits pour l’avenir de la protection de l’environnement. 

Norma Kassi

L’aînée de la Première Nation Vuntut Gwitchin Norma Kassi est codirectrice de la recherche du Réseau canadien des montagnes et conseillère principale à l’Initiative de leadership autochtone (ILA) qui préconise une planification de l’aménagement du territoire dirigée par les Autochtones.

Selon Norma Kassi, la conservation de la biodiversité et de l’environnement passe par l’inclusion des peuples autochtones aux tables de décision. « Il y a tout un mouvement de développement durable aux Nations Unies, mais où sont les peuples autochtones à ces tables? Les Premières Nations ont de la difficulté à accéder aux ressources pour être capables d’avoir un siège à ces tables, alors que les dirigeants à travers le monde soutiennent que nous devons être en charge », déplore-t-elle.

Elle ajoute que les Premières Nations ont démontré leur intérêt à préserver l’environnement depuis des siècles et continueront de se battre pour le bien-être de la Terre.

Au Yukon, Norma Kassi souhaiterait que le projet de la création d’une aire protégée et de conservation autochtone (APCA) voie le jour. Il s’agirait d’une APCA de 25 000 km2 sur le Conseil des Dénés de Ross River, qui permettrait aux autochtones de veiller sur les terres et les eaux. Pour l’instant, trois APCA ont été désignées aux Territoires du Nord-Ouest. « Nous ne pouvons pas continuer à exploiter le territoire comme cela, ce n’est pas viable », lance-t-elle.

Pour une meilleure préservation de la biodiversité, il ne fait aucun doute pour Norma Kassi qu’il faut éduquer les prochaines générations. Celle-ci organise un camp de formation annuel avec 30 jeunes, afin que ces derniers puissent apprendre des connaissances traditionnelles des personnes aînées autochtones et de l’expertise de scientifiques.

Sebastian Jones

Sebastian Jones est analyste des poissons et de la faune à la Société de conservation du Yukon.

En termes de conservation et de biodiversité, Sebastian Jones aimerait que les terres humides soient protégées par défaut au territoire, c’est-à-dire « qu’elles soient désignées comme des endroits spéciaux sur lesquels on ne peut pas recouvrir, cultiver ou déterrer », explique-t-il. Les terres humides sont des endroits imbibés fournissant un habitat à plusieurs poissons et autres espèces sauvages, en plus de réduire les risques d’inondation et d’aider à la purification de l’eau.

« Nous espérons qu’une politique sur les terres humides sera publiée dans les prochains mois », ajoute Sebastian Jones. La politique pourrait encadrer les projets de développement en délivrant des permis, licences et autorisations une fois qu’une évaluation des impacts sur les terres humides sera réalisée.

Selon lui, d’importantes avancées en lien avec la conservation ont été faites dans les dernières années. « Le Canada s’est engagé à [protéger] au moins 30 % des terres et des océans du Canada d’ici 2030, ce qui aurait été considéré comme ridicule il y a quelques années. Il y a du progrès. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de résistance, mais on avance », souligne-t-il.

Au Yukon, l’analyste affirme avoir vu une différence, notamment grâce à l’activisme autochtone qui s’impose comme un contre-pouvoir politique au gouvernement en place. Il estime qu’un des enjeux les plus pressants est de protéger adéquatement le caribou, un animal sensible aux changements climatiques de l’Arctique.

Quand Bruce Bennett est arrivé au Yukon en 1995, il n’y avait aucune base de données complète concernant le nombre d’espèces au territoire. Le Centre de données sur la conservation des espèces du gouvernement du Yukon a été établi peu après. Photo : fournie.

Bruce Bennett

Bruce Bennett est coordonnateur du Centre de données sur la conservation des espèces du gouvernement du Yukon.

Pour Bruce Bennett, un des grands changements en termes d’analyse de la biodiversité dans les dernières années est l’utilisation de drones pour suivre et identifier les espèces. Il travaille depuis près de 30 ans à l’identification des espèces sur le territoire yukonnais. « Nous souhaitons ajouter toutes les espèces de plantes, de champignons et d’animaux qui habitent au Yukon dans une banque de données », explique-t-il.

Pour l’instant, le Yukon utilise le système canadien d’identification des espèces en danger ou menacées et n’a pas de loi permettant au territoire de créer sa propre liste, ce que des organismes comme la Société pour la nature et les parcs du Canada (CPAWS, en anglais) ont dénoncé dans les récentes années.

Pour Bruce Bennett, il faut continuer à recenser le nombre d’espèces sur le territoire yukonnais afin de mieux les protéger par la suite. D’où l’importance des bioblitz, un événement annuel durant lequel naturalistes amateurs et scientifiques sont conviés au Yukon afin de parcourir le territoire et de brosser le portrait de la biodiversité locale.

Un des plus grands enjeux selon le coordonnateur est l’apparition d’espèces envahissantes au territoire ainsi que le changement climatique. « Le changement climatique au Yukon se manifeste aussi par l’expansion de la forêt boréale. »