le Vendredi 31 mars 2023
le Jeudi 9 décembre 2021 5:57 | mis à jour le 28 novembre 2022 14:57 Scène locale

Un Français reconnu prospecteur de l’année

Jérôme de Pasquale prospectant au Yukon.
Jérôme de Pasquale prospectant au Yukon.

Le 19 novembre dernier, l’Association des prospecteurs du Yukon a nommé Jérôme de Pasquale prospecteur de l’année 2021, afin de souligner sa carrière et ses découvertes particulièrement importantes dans l’est du Yukon.

Jérôme de Pasquale prospectant au Yukon.

« Un ancien collègue de travail de Jérôme a proposé sa candidature », partage Carl Schulze, secrétaire-trésorier de l’association. Pour l’heureux explorateur, ce prix a une importance toute particulière. « Je ne fais pas partie de l’association, ça veut dire qu’il y a des gens qui ont mis mon nom sur la table et qui pensent que je fais un travail de qualité, ça fait plaisir. C’est une reconnaissance des pairs. »

Des débuts difficiles au Yukon

Originaire de France, le géologue de formation s’est donné comme mot d’ordre de toujours travailler sur le terrain. Il a d’ailleurs œuvré avec les pompiers dans des zones à risque pour cartographier la qualité souterraine de la ville d’Orléans, en France, et a travaillé sur corde pour sécuriser les falaises avec des filets, avant de se lancer dans l’étude de l’élasticité des sols.

En 2010, Jérôme et sa femme Cécile décident de déménager à Whitehorse, où un emploi de cheffe cuisinière attend cette dernière.
Les premières années ont été compliquées pour les nouveaux arrivants. « L’employeur de Cécile n’était pas solvable et nous avons fini par manger toutes nos économies […] Nous avons déchanté. L’immigration, ce n’est pas toujours facile. »

À défaut de trouver un travail de géologue et à deux doigts de repartir en France, Jérôme de Pasquale décroche finalement un poste d’exploration minière au sud de Dawson, entre 2010 et 2012.

« Deux ans plus tard, c’était le creux de la vague, il n’y avait plus de boulot au Yukon, explique le prospecteur. Je suis parti travailler en Colombie-Britannique, au Nunavut et au nord du Québec, toujours dans l’exploration minière. Je faisais la collecte de données physiques sur des carottes de forage – dans une cabane, pas sur le terrain, c’est l’étape obligée. Même avec un [une maîtrise], j’avais beau envoyer des CV, personne ne voulait me prendre comme géologue. Tout est du piston. Ne rentrant pas dans ce jeu-là, ça mettait plus de temps et je devais être patient. »

En 2015, les événements ont pris une meilleure tournure pour le futur prospecteur. « J’ai travaillé pour une entreprise, notamment pour un géologue. Il m’avait vu travailler et il m’a donné une chance pour que je décroche enfin un poste de géologue. »

Une opportunité en or

Les aventures sur le terrain se sont accélérées rapidement pour le Français. En 2018, il s’est rendu à la conférence annuelle de la géologie de Whitehorse avec Roger Hulstein, un collègue prospecteur. « Je regardais une carte géologique, puis on s’est dit que ce serait bien qu’on aille voir de ce côté-là. » En parallèle de leurs emplois respectifs, les deux associés ont acheté une propriété, nommée Goldorak, et sont partis explorer les sols à l’est de Pelly Crossing un an plus tard.

« Pendant l’hiver, on a collecté toutes les informations sur le secteur, on a analysé les données géologiques afin d’avoir une idée de ce qu’on cherchait et on a développé et une stratégie d’exploration. L’été, on est partis pour une première semaine d’exploration. »

Les deux prospecteurs ont répété l’aventure les années suivantes. « Le potentiel était là, on y est retourné pour gratter un peu plus la roche, car il y avait quelque chose d’intéressant. On a trouvé de l’or là où personne n’en avait trouvé, en cherchant différemment. C’est ça le travail du prospecteur. »

Un chien et un marteau : il semblerait que ce soit tout ce dont les explorateurs ont besoin sur le terrain. « On se fait déposer en hélicoptère, puis on installe une grande tente. Le matin, on prend notre petit déjeuner, on part avec un sandwich en exploration en journée. Parfois on ne trouve rien, parfois on trouve des choses que l’on n’avait pas prévu trouver. On prend des notes, on rentre, on se fait à manger et on va se coucher avec la promesse d’une bonne journée – ou toute pourrie, parce qu’il va pleuvoir. »

Les échantillons récupérés sont ensuite envoyés à un laboratoire pour être analysés. « L’or n’est pas visible, il est caché dans la roche », explique le chercheur.

Jérôme de Pasquale et de son acolyte ne sont pas les premiers à s’être lancés dans ces aventures. Selon les archives du Yukon, c’est en 1896 que le prospecteur américain George Carmack et sa famille ont été les premiers à découvrir par hasard un petit quelque chose qui brillait dans l’eau au sud de la rivière Klondike.

La suite de l’histoire est bien connue au territoire. Une ruée de plus de 100 000 prospectrices et prospecteurs venu.e.s des quatre coins du monde s’installer aux alentours de la petite ville de Dawson pour se lancer à la découverte d’un précieux métal : l’or. Plus d’un siècle plus tard, le voyage continue pour plusieurs explorateurs et exploratrices.