le Vendredi 24 mars 2023
le Mercredi 16 juin 2021 23:13 Société

Le Yukon commémore les 215 enfants autochtones de Kamloops

Un mémorial a été mis sur pied à Cross Lake, au Manitoba, en hommage aux 215 enfants dont les restes ont été retrouvés au pensionnat autochtone de Kamloops en Colombie-Britannique. Au Yukon, 800 souliers ont été déposés devant la cathédrale Sacré-Coeur de Whitehorse. Photo :  Courtoisie du bureau de la députée Niki Ashton au Manitoba
Un mémorial a été mis sur pied à Cross Lake, au Manitoba, en hommage aux 215 enfants dont les restes ont été retrouvés au pensionnat autochtone de Kamloops en Colombie-Britannique. Au Yukon, 800 souliers ont été déposés devant la cathédrale Sacré-Coeur de Whitehorse. Photo : Courtoisie du bureau de la députée Niki Ashton au Manitoba

et Inès Lombardo, Francopresse

Dans la foulée de la terrible découverte des restes de 215 enfants dans un ancien pensionnat autochtone de Kamloops, en Colombie-Britannique, à la fin mai, les discours et les hommages se sont multipliés. Le travail d’éducation en vue d’une réconciliation, même s’il a été entrepris dans plusieurs secteurs, s’annonce long et laborieux.

Un mémorial a été mis sur pied à Cross Lake, au Manitoba, en hommage aux 215 enfants dont les restes ont été retrouvés au pensionnat autochtone de Kamloops en Colombie-Britannique. Au Yukon, 800 souliers ont été déposés devant la cathédrale Sacré-Coeur de Whitehorse. Photo : Courtoisie du bureau de la députée Niki Ashton au Manitoba

 

Depuis la macabre découverte, hommages, danses, chants et appels à l’action immédiate sont parvenus de tous les coins du pays envers les premiers concernés par l’histoire des pensionnats : les membres des Premières Nations, des Métis et des Inuits, notamment de la communauté Tk’emlúps te Secwépemc. Cette dernière est la communauté d’origine du pensionnat indien de Kamloops, qui a été la plus grande école du système des pensionnats du ministère des Affaires indiennes.

Ces écoles ont existé pendant 165 ans, la dernière ayant fermé ses portes en 1996, en Saskatchewan. Au Yukon, quatre pensionnats ont été mis en place et ont opéré entre 1911 et 1970, en plus d’une école au nord de la Colombie-Britannique qui accueillait les Premières Nations du Yukon. Cette dernière sera d’ailleurs démolie le 21 juin et remplacée par un centre culturel communautaire.

Réactions au Yukon

Au territoire, les quelque 800 souliers récoltés plus tôt au mois de juin ont continué leur voyage. Après avoir tapissé les marches de la cathédrale Sacré-Cœur de Whitehorse, au lendemain de la découverte macabre, ils seront gardés pendant un an par les Premières Nations du territoire. Un processus fidèle aux traditions autochtones de « guérison et de deuil », a indiqué Jacqueline Shorty devant une centaine de personnes le 3 juin dernier à la cérémonie de clôture du feu sacré devant le Centre culturel des Kwanlin Dün.

Les travaux échelonnés sur six ans de la Commission vérité et réconciliation du Canada (CVR) ont permis à plus de 6 500 victimes de témoigner des atrocités et des séquelles des pensionnats autochtones. Selon le rapport final de la commission, il y aurait 3125 décès répertoriés entre les murs de ces écoles, dont 74 au Yukon. Mais de nombreux décès n’ont pas été comptabilisés.

Au site de Kamloops, aucune documentation n’a été retrouvée pour connaître l’identité de ces 215 enfants, leur lieu d’origine ou encore la cause de leur décès.« Aujourd’hui, ces enfants, certains âgés d’à peine trois ans, auraient été les aîné.e.s de leurs communautés. Ils auraient été nos professeur.e.s et les gardien.ne.s de notre langue. Ils et elles auraient élevé les prochaines générations d’enfants, mais, à la place, leurs corps sont retrouvés et ramenés à la maison », a souligné la cheffe régionale de l’Assemblée des Premières Nations, Kluane Adamek.

Les appels à l’action 71 à 76 de la CVR demandent entre autres de rendre publics les documents concernant les corps des enfants décédés lorsqu’ils étaient dans les pensionnats, de tenir un registre en ligne des cimetières de ces pensionnats, d’informer les familles des lieux de sépultures, de protéger les cimetières ou lieux où les enfants ont été inhumés et de procéder à la réinhumation sur demande des familles dans leur communauté d’origine.

« Cette terrible découverte témoigne du racisme systémique qui existait et existe encore au Canada », a indiqué le premier ministre du Yukon Sandy Silver dans un communiqué de presse. Lors d’une rencontre entre le gouvernement et les Premières Nations du territoire, il a aussi affirmé que des travaux de recherche sur les sites d’anciens pensionnats pourront être effectués. Les drapeaux des édifices gouvernementaux sont restés en berne pendant 215 heures.

« Nous avons besoin de sentir cet espoir qu’il y aura de meilleurs jours pour nous », a souligné le grand chef du Conseil des Premières Nations Peter Johnston lors de la cérémonie du 3 juin. Ce dernier a terminé son allocution en lançant un message aux personnes non autochtones : « Nous avons besoin de votre soutien maintenant plus que jamais, de partager le message comme quoi nous sommes beaucoup plus qu’un poids dans la société, et que nous voulons en faire partie aussi. »

 

Devant les bureaux gouvernementaux à Whitehorse, les drapeaux ont été mis en berne pendant 215 heures. À travers le Canada, tous les drapeaux figurant devant les immeubles et les établissements fédéraux ont été aussi mis en berne. Photo : Laurie Trottier.

 

 


 

Pour en savoir plus sur l’histoire des pensionnats autochtones

Livres :

Decolonizing Education ; Nourishing the Learning Spirit,

de Marie Battiste (en anglais).

La destruction des Indiens des Plaines. Maladies, famines organisées, disparition du mode de vie autochtone,

deJames Daschuk (traduit de l’anglais).

 

Livres jeunesse :

Je ne suis pas un numéro, de Jenny Kay Dupuis et Kathy Kacer (Éditions Scholastic).

Quand on était seuls, de David Alexander Robertson

(Éditions des Plaines).

Quand j’avais huit ans, de Christy Jordan-Fenton

et Margaret Pokiak-Fenton (Éditions Scholastic).

Suggestions de Kailen Gingell, du Club de lecture autochtone du Yukon :

Jonny Appleseed, de Joshua Whitehead (aussi disponible en français aux Éditions Mémoire d’encrier).

The Reason You Walk, de Was Kinew

(Éditions Penguin Random House).

My Conversations with Canadians, de Lee Maracle

(Éditions Book*hug).

 

Films :

Wapikoni mobile, un projet qui donne la possibilité aux jeunes Autochtones de créer des films documentaires. Ce sont, entre autres, des studios ambulants dotés d’équipements qui « roulent vers » des communautés autochtones. wapikoni.ca/pensionnats

 


 

Si vous êtes bouleversé.e par la récente nouvelle concernant la découverte des restes de 215 enfants à Kamloops, n’hésitez pas à demander de l’aide.

– Appelez la Ligne d’écoute nationale – Pensionnats indiens, disponible 24 heures sur 24, au 1-866-925-4419.

– À Whitehorse et dans les collectivités rurales, appelez les Services pour le mieux-être mental et la lutte contre l’alcoolisme et la toxicomanie au 1-867-456-3838 pour accéder rapidement à des services de counseling.