le Lundi 6 février 2023
le Jeudi 20 février 2020 10:41 | mis à jour le 9 janvier 2023 17:58 Éditoriaux

Résistances

Illustration : Pixabay
Illustration : Pixabay

Quand on parle de résistance, on pense à la guerre d’il y a très longtemps, aux cours d’Histoire et aux exposés faits en classe au sujet de nos aïeux. Moi, j’ai pensé à ce mot quand je suis allée… aux sources thermales!

Ben oui, je me suis dit : c’est certain, mes cheveux vont se briser si je les laisse geler comme ça! Quoi, comment ça pas rapport? Ben oui rapport, car, croyez-le ou non, les cheveux, ça résiste. Et ça m’a fait réaliser, que la résistance est présente partout, et plus qu’on le pense.

Les gens résistent à des projets de gazoduc décidés arbitrairement, des journaux résistent à des programmes non adaptés à leurs réalités et des personnes résistent aux pressions de harcèlement.

Si le harcèlement sexuel est de plus en plus dénoncé, le harcèlement psychologique, surtout au travail, celui qui vous fait sentir comme une vieille crotte de nez sous prétexte que votre boss fait une crise d’ego, en entendons-nous parler? Boîte de courriels contrôlée, réunion annulée sans prévenir, commentaires irrespectueux en public… Le harcèlement qui s’infuse au quotidien, en parle-t-on souvent?

Le festival de film Available Light a présenté le 5 février dernier le film Assholes – A theory. Ce film questionnait pourquoi les trouducs prospèrent dans certains domaines de notre société. Il n’y a qu’à regarder un peu au sud de chez nous pour le constater au niveau politique ou en lisant certains commentaires sur les médias sociaux.

Vous me direz, de nos jours et dans notre belle francophonie, des trouducs il n’y en a pas. Mon œil oui! Le harcèlement, justement, c’est ce qu’on ne voit pas et parfois, ce qu’on ne croit pas. Récemment, un éditorial du journal Le Monde dénonçait des cas de harcèlement sexuel dans le monde du sport… dans les années 1980 et 1990! Il a fallu 40 ans pour oser dénoncer des actes inacceptables. Est-ce beaucoup plus simple de nos jours?

Et dans une petite communauté, qui serait assez fou pour dénoncer? Résister et se battre signifie dans bien des cas se faire stigmatiser comme « l’empêcheur de tourner en rond ». Mais se faire dénigrer ou manquer de respect en public, ce sont des signes de harcèlement qu’il ne faut pas prendre à la légère. Certaines organisations le comprennent et adoptent des valeurs de bienveillance au lieu de compétition entre collègues.

Les EssentiElles, grâce à un travail de Marie-Stéphanie Gasse en collaboration avec l’équipe des InformElles en Colombie-Britannique, finalisent un projet au sujet du harcèlement. Ce projet offrira aux organisations des procédures à mettre en place non seulement pour prévenir ces comportements, mais aussi pour donner des ressources aux personnes qui en sont victimes. Le spectre du harcèlement au travail va au-delà des mains aux fesses. Parfois, ni les victimes ni (croyons-le, pour croire en l’humanité) les personnes qui en sont la source ne sont bien conscientes de ce qui se passe. Ce qui peut paraître comme un simple conflit de personnalités cache bien souvent des résultats dévastateurs : perte d’estime, décomposition des bases professionnelles, démission…

Pourquoi ne pouvons-nous pas vivre dans un monde de Bisounours? (Pour reprendre les termes du magazine Causette, qui analyse dans sa dernière édition pourquoi notre société place désormais les bien-pensants comme une cible à abattre).

Rêvons d’un monde où les relations saines sont valorisées, un monde où la bienveillance fait loi. Pourquoi est-ce que les films tels que AssHoles font encore résonner en nous des injustices vécues par notre entourage? Le travail de résistance n’est pas terminé!

Et dire que j’allais aux sources thermales pour relaxer…