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le Jeudi 11 octobre 2018 13:07 Scène locale

Se réapproprier son identité par l’apprentissage des langues autochtones

Les étudiants apprennent la langue autochtone Tutchone du sud en immersion au camp de pêche traditionnelle.
Photo : Alistair Maitland
Les étudiants apprennent la langue autochtone Tutchone du sud en immersion au camp de pêche traditionnelle. Photo : Alistair Maitland

La Première Nation de Champagne et Aishihik a lancé un programme d’apprentissage de deux ans de la langue Tutchone du Sud pour ses citoyens. Dix étudiants ont entrepris leur apprentissage dans un camp traditionnel de chasse et de pêche, plus connu sous le nom de camp du Mile 29, au bord de la route d’Aishihik.

Les étudiants apprennent la langue autochtone Tutchone du sud en immersion au camp de pêche traditionnelle. Photo : Alistair Maitland

 

Ce programme, appelé « Dän K’e Kwänje Ghäkenidän », ce qui signifie « Nous apprenons notre langue », a été financé à hauteur de 1 million de dollars par le Champagne Aishihik Trust. Ce financement permet aux apprenants, considérés comme des stagiaires en langue traditionnelle, de se consacrer entièrement à l’apprentissage sans avoir à trouver un emploi en parallèle.

« C’est un tournant pour notre peuple et un investissement essentiel pour conserver « Dän K’e » (notre façon de voir et concevoir) vivante et dynamique pour les générations à venir. Ces apprenants sont nos futurs professeurs de langue et ils jouent un rôle essentiel dans le maintien de notre identité », pense Steve Smith, élu en 2014 chef de la Première Nation de Champagne & Aishihik.

Une situation critique

En 2016, Statistique Canada dévoilait les chiffres concernant la situation des langues autochtones au Yukon. Alors que 1,89 % de la population totale du Yukon estime avoir une langue autochtone comme langue maternelle, les 70 locuteurs du Tutchone du Sud représentent 10,37 % de la population parlant une langue autochtone. La situation semble toutefois critique puisque plus de 23 % de la population du Yukon est d’identité autochtone, mais moins de 2 % déclarent leur langue maternelle comme étant une langue autochtone.

En janvier 2018, les changements majeurs au sein de la direction du Native Language Center (Centre des langues autochtones) sont un exemple. En effet, le Conseil des Premières Nations du Yukon avait repris la gestion et l’administration du centre qui souhaite s’orienter davantage sur les besoins de ses étudiants. De son côté, la Première Nation de Champagne & Aishihik prend les devants en finançant son propre programme implanté au cœur de son territoire traditionnel. Auparavant, la Nation avait déjà exprimé son souhait de renforcer et de transmettre sa langue à travers la signature, le 11 juillet 2014, d’un acte appelé « Dakwanje Nats’ual ». Celui-ci stipule que le gouvernement, dont le chef était alors M. James Allen, doit protéger, promouvoir, parler et encourager la langue Tutchone du Sud.

« Notre culture et notre langue sont intégrées à notre savoir traditionnel et à notre spiritualité », rappelle le chef Allen, en poste à ce moment-là.

Au programme figure l’apprentissage des techniques traditionnelles.
Photo : Alistair Maitland

L’apprentissage en contact direct avec le territoire

« Le fait d’apprendre au contact des aînés, d’écouter des histoires, d’apprendre à installer le filet de pêche et être sur le bateau m’apporte le sentiment d’être connecté à la terre et d’être plus détendu et moins stressé », explique Marcus Sparvier, l’un des apprenants à la fin de la semaine d’immersion dans le camp traditionnel. Ce programme a été conçu et est enseigné par l’aîné Khâsha qui est aussi enseignant en langue Tutchone du Sud. Il est assisté par deux autres aînées, Mmes Mary Jane Léger et Lorraine Allen. Selon eux, l’apprentissage au contact direct du territoire permet un enseignement dans les meilleures conditions possible. D’autres camps sont aussi prévus pour la prochaine saison estivale et lorsqu’ils ne sont pas à l’extérieur, les cours ont lieu dans le Centre culturel Da Ku situé à Haines Junction.