le Dimanche 5 février 2023
le Mercredi 22 mars 2017 8:30 | mis à jour le 10 janvier 2023 15:23 Éditoriaux

À lire avant de tirer la chasse d’eau

Nous célébrions lundi dernier la Journée internationale de la francophonie. Aujourd’hui, la Terre célèbre la Journée mondiale de l’eau. Au Yukon, cette célébration prend une dimension particulière. On pense bien sûr aux Yukonnais qui vivent la vie de cabine. Privés d’eau courante, eux savent certainement apprécier cette ressource à sa juste valeur. Mais aujourd’hui se joue aussi devant la Cour suprême du Canada l’avenir du bassin hydrographique de la rivière Peel; la protection des cours d’eau et de la biodiversité de cette région face aux ambitions de l’industrie minière. L’enjeu n’est pas anodin sachant que le secteur des ressources et de l’énergie n’a jamais vraiment brillé par sa conscience environnementale.

Selon le gouvernement du Canada, il y a dix ans, il y avait sur le complexe de la mine abandonnée de Faro près de 70 millions de tonnes de résidus et 320 millions de tonnes de stériles répartis sur le complexe de la mine (des roches n’ayant pas de valeur économique et qui doivent être enlevées pour que l’on puisse accéder au minerai). Or, ces matériaux peuvent produire des acides et rejeter des métaux dans l’eau. Ce gâchis environnemental, symbole de la cupidité de l’industrie minière, pose encore aujourd’hui un problème de taille aux pouvoirs publics.

À Keno Hill, le principal problème environnemental est l’eau chargée de métaux qui s’écoule des anciennes galeries et des anciens tunnels souterrains et du bassin de résidus de l’usine d’Elsa. Le zinc pose problème, car c’est un métal nocif pour le poisson. Sa concentration élevée a un effet sur les habitats aquatiques de la région, dont les ruisseaux Christal et Flat, le lac Christal et la rivière South McQuestin, assure un rapport d’Affaires autochtones et du Nord Canada. Le dernier propriétaire de la mine était la United Keno Hill Mines Ltd qui a fait faillite en 1999. La mine avait alors été placée sous séquestre en 2004, après des tentatives infructueuses des créanciers de la vendre.

La gestion scandaleuse de la mine de Mount Nansen vient elle aussi rappeler l’importance qu’aura la décision de la Cour suprême du Canada dans l’affaire de la Peel. Situé à 180 km au nord de Whitehorse et à 60 km à l’ouest de Carmacks, le site minier de Mount Nansen a été exploité par la compagnie BYG Natural Resources entre 1996 and 1999. Lorsque le site a été abandonné, le bassin de résidus contenait des concentrations élevées de cyanure et de métaux. De plus, le bassin risquait de se déverser par- dessus la digue qui était en piètre condition, ce qui aurait menacé le système de la rivière Nisling. BYG a déclaré faillite en 2004 après avoir été accusée d’avoir pillé les ressources yukonnaises, laissant une facture de plusieurs dizaines de millions de dollars aux contribuables canadiens.

La question-thème 2017 de la Journée mondiale de l’eau résonne donc ainsi particulièrement fort au Yukon. Pourquoi gaspiller de l’eau? Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 80 % des eaux usées résultant des activités humaines comme l’industrie ou l’agriculture sont déversées dans les rivières ou la mer sans aucune dépollution. Il en va aujourd’hui et demain de notre responsabilité de réduire la quantité d’eaux usées que nous produisons afin de protéger ces ressources en eau qui sont au cœur du développement durable.