le Mardi 7 février 2023
le Mercredi 7 janvier 2015 11:07 Scène locale

La Humane Society de Dawson fêtera ses vingt ans

Hogan, ancien chien de traîneau, en recherche de famille adoptive, accompagné de l’intervenante Lindsey Smidts. Photo : Christopher Scott.
Hogan, ancien chien de traîneau, en recherche de famille adoptive, accompagné de l’intervenante Lindsey Smidts. Photo : Christopher Scott.

Christopher Scott

Hogan est un vif husky blanc âgé d’un an qu’on a trouvé un matin d’été attaché devant les portes du refuge de la Humane Society à Dawson. D’après certaines indications, on en a conclu que c’était un chien de traîneau qui ne donnait pas satisfaction, et qui avait été abandonné par son maître.

Hogan, ancien chien de traîneau, en recherche de famille adoptive, accompagné de l’intervenante Lindsey Smidts. Photo : Christopher Scott.

Hogan, ancien chien de traîneau, en recherche de famille adoptive, accompagné de l’intervenante Lindsey Smidts. Photo : Christopher Scott.

« C’est un [chien] énergique », se confie Lindsey Smidts, 32 ans, une des deux employées de l’organisme, qui avoue s’être immédiatement entichée de cet animal. « C’est frustrant pour lui d’être au refuge. »

D’après de récentes statistiques, environ 25 chiens et une douzaine de chats sont abandonnés chaque année à Dawson. Fondée en 1995 afin de combattre le problème des animaux errants, la division locale de la Humane Society fêtera ses vingt ans cet automne. L’organisme qui a été lancé par des bénévoles et qui est soutenu financièrement par la communauté par des collectes de fonds périodiques affiche deux objectifs. D’abord, promouvoir la stérilisation d’animaux dans la municipalité afin d’éviter des problèmes de surpeuplement, et ensuite venir en aide aux animaux trouvés et abandonnés en les hébergeant le temps de leur trouver de nouvelles familles adoptives.

Or, chaque cas est unique, et si certains se font placer rapidement, d’autres – comme Hogan – peuvent attendre plusieurs mois.

Visité par l’Aurore boréale, le refuge de la Society présente un aspect spacieux et salubre. Dans la salle des félins, deux chattes se promènent sur le système de ventilation en dessous du plafond, alors que dans la cour arrière les chiens – dont des huskies notamment – trépignent et aboient tapageusement à l’approche des humains. Depuis une salle de visite, les rires d’enfants – membres de familles qui rencontrent leurs animaux de compagnie potentiels – sont audibles.

D’après Danielle Thorne, coordonnatrice du refuge, les facteurs qui poussent des propriétaires à délaisser un animal sont multiples : les déménagements et les pressions financières pesant sur les ménages sont cités, entre autres.

En ce moment, il y a huit animaux – six chiens et deux chattes – sous la garde de la Society. Des individus de chaque espèce peuvent présenter des séquelles qui leur sont propres : dans le cas des chats, ceux qui ont été abandonnés à l’extérieur se sont souvent vu ronger les oreilles par des engelures. En entrevue, les intervenantes précisent que dès son entrée au refuge, chaque animal subit un programme de vaccination et se fait déparasiter, en plus de se faire stériliser par un vétérinaire qui est sur appel si ce n’est déjà fait.

Si certains éprouvent une gêne à en parler, il y a un constat obligatoire à faire ici dans le contexte yukonnais sur l’impact de l’industrie de la course de chiens. Poussés par des courses de haut profil, telle la Yukon Quest, des musheurs sont motivés à rejeter les animaux qui sont peu performants pour une quelconque raison, et ceux-ci aboutissement au mieux dans les refuges. C’est le cas non seulement de Hogan, mais aussi de Flash et Sparky, deux grands huskies pleins de vie à neuf ans, mais qui n’ont plus la force de tir de leur jeunesse, et qui ont été livrés par leur propriétaire à la Humane Society. D’après Lindsey Smidts, il s’agit ici d’un phénomène récurrent.

« [J’ai entendu dire] qu’avant l’arrivée de la Humane Society, certains [éleveurs] achevaient leurs chiens [âgés] à coup de fusil, alors je crois que c’est une bonne chose qu’ils peuvent plutôt venir ici », se borne à commenter la jeune femme.

Wanda Jackel, peintre de Dawson dans la cinquantaine, est une de celles qui ont accepté récemment d’accueillir un animal du refuge dans leur vie. Elle a décidé d’adopter Tinkerbell, félin sans queue de quatre ans, suivant une habituelle période de probation de deux semaines durant laquelle l’animal est resté chez elle. Selon Wanda, l’expérience de regarder Tinkerbell sortir peu à peu de son carcan et de commencer à jouer lui procure un plaisir immense.

« Elle comble réellement un vide dans ma vie », s’exprime l’artiste qui souffre de problèmes de mobilité, et est fréquemment confinée dans son appartement. Elle poursuit à la blague : « Elle est comme un chien! Quand j’ai de la visite, elle s’en vient les accueillir! », avant de conclure avec un éloge simple : « Elle a un bon sens d’écoute. »

Et lorsque je demande à Wanda pourquoi elle n’est pas plutôt allée chercher un chat dans une animalerie à Whitehorse, elle répond spontanément :

« Je savais que là [au refuge] il y aurait un animal qui aurait besoin de moi autant que moi, j’avais besoin de lui. »

Est-ce une façon de dire que pour ceux qui se consacrent au bonheur des animaux ce sentiment se fait habituellement rembourser?