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le Jeudi 28 août 2014 9:17 Sports - Loisirs

Être porté par la vie une vague à la fois

Les vents violents ont forcé Année Quéméré à reporter son projet de la traversée du passage du nord-ouest. Photo : Anne Quéméré.
Les vents violents ont forcé Année Quéméré à reporter son projet de la traversée du passage du nord-ouest. Photo : Anne Quéméré.

Marie-Hélène Comeau

La communauté de Tuktoyaktuk a eu l’heureuse surprise cet été d’accueillir une voyageuse hors du commun. À bord de son kayak de mer et munie d’une grande détermination, Anne Quéméré a dû y faire une plus longue escale que prévu.

Les vents violents ont forcé Année Quéméré à reporter son projet de la traversée du passage du nord-ouest. Photo : Anne Quéméré.

Les vents violents ont forcé Année Quéméré à reporter son projet de la traversée du passage du nord-ouest. Photo : Anne Quéméré.

Anne Quéméré avait planifié d’entreprendre cet été la traversée du passage du Nord-Ouest du cercle arctique, soit 3 400 kilomètres en partant de la ville d’Inuvik aux Territoires du Nord-Ouest. Tout au début de son périple, elle décide de s’arrêter en route à Tuktoyaktuk situé en bordure du delta du fleuve Mackenzie sur la côte arctique du Canada. Ce qui devait initialement n’être qu’une courte pause s’est transformée en un moment de rencontre mémorable.

« Lorsque j’ai quitté Tuktoyaktuk à bord de mon kayak de mer, j’ai dû combattre des vents violents de face. Au bout de quinze jours, j’ai dû me résigner à faire demi-tour et reporter mon projet à l’an prochain. »

Après plus de douze ans d’expéditions en mer, il s’agissait toutefois de la première fois où la météo l’obligeait à s’arrêter, et par conséquent prendre le temps d’aller à la rencontre des gens. Un changement de plan qui s’est transformé en une belle rencontre avec la population inuvialukik.

« Cette pause forcée va finalement changer ma façon de préparer cette expédition. Je n’imaginais pas l’Arctique comme ça. En fait, en Europe d’où je viens, on est loin d’imaginer l’Arctique et sa population comme elle est. C’est fascinant et je me rends bien compte que je n’étais pas du tout bien préparée. L’an prochain, ce sera différent », explique celle qui a entrepris en 2002 une série d’expéditions solitaires en mer. « Je suis d’une famille de navigateurs. Dès mon enfance, les vacances et les week-ends se passaient sur l’eau. C’est pour moi un élément familier où j’ai ma place », confie-t-elle.

Anne Quéméré est née et a grandi en Bretagne avant de s’envoler pour l’Amérique du Nord après ses études. De retour dans son pays natal au début 2001, elle se lance dans des projets de navigation. En 2002, elle traverse en 65 jours l’océan Atlantique à l’aviron en solitaire et sans assistance, un record qui lui donne des ailes et le désir de poursuivre l’aventure.

« J’avais la jeune trentaine et je recherchais à l’époque un moyen de me retrouver. Certains vont séjourner dans un monastère, moi, c’est en me retrouvant seule en mer que j’arrive à me reconnecter sur moi-même », confie Anne Quéméré.

En 2004, elle s’attaque à l’Atlantique Nord à l’aviron en solitaire et sans assistance, 6 450 kilomètres de Cape Cod à la Bretagne. Elle accomplit ce périple en 87 jours, dans des conditions météo particulièrement pénibles et établit un nouveau record.

Pas encore rassasiée, en 2006, elle se lance à nouveau sur l’Atlantique Nord, pour une première mondiale cette fois, un transatlantique en surf cerf-volant, en solitaire et sans assistance. Cinquante-cinq jours plus tard, elle pose le pied sur le rivage breton, persuadée qu’elle en a fini avec ces marathons océaniques.

Toutefois, alors qu’elle fait partie d’une expédition de groupe au Groenland quelques années plus tard, elle découvre le monde des glaces de l’océan Arctique. Dès lors, elle savait qu’elle allait reprendre ses expéditions en solitaire dans cet océan de terre, d’eau et de glace.

« Habituellement, une fois en mer, je ne m’arrête pas, je poursuis ma route jusqu’à ma destination. Cette année, les conditions météo m’ont forcée heureusement à voyager différemment », explique Anne Quéméré. « Les nombreuses rencontres faites à Tuktoyaktuk m’ont permis de réaliser à quel point l’Arctique était un lieu bien différent de tous les autres lieux traversés jusqu’à présent, et ces longues heures d’attente ont été riches d’enseignements que je n’aurais sans doute jamais pu apprendre seule sur l’eau. Il faut maintenant que tout cela mûrisse tranquillement, mais j’ai le sentiment d’avoir ajouté à mes bagages des pièces essentielles au projet. À moi de les assembler pour mieux repartir en juin 2015. »

Anne Quéméré prévoit être de retour à Tuktoyaktuk l’été prochain d’où elle commencera sa traversée. Il est possible de suivre ses périples sur mer sur son site Web : www.anne-quemere.com