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le Vendredi 22 août 2014 16:02 Art et culture

Est-on prêt à vivre avec la critique?

L’essai de Catherine Voyer-Léger vient de paraître aux éditions du Septentrion (Québec). (Photo : RECF)
L’essai de Catherine Voyer-Léger vient de paraître aux éditions du Septentrion (Québec). (Photo : RECF)

Jean-Pierre Dubé, Francopresse

La suite logique de plusieurs années d’écriture de blogues sur la question, Métier critique a été lancé le 20 août à Ottawa.

« L’espace critique diminue sans arrêt, estime l’auteure Catherine Voyer-Léger, directrice générale du Regroupement des éditeurs canadiens-français (RECF). Il n’y a plus de critique à la télé, presque plus à la radio. Déjà au Québec, on dit que le milieu est petit. On dit la même chose en France. »

L’essai de Catherine Voyer-Léger vient de paraître aux éditions du Septentrion (Québec). (Photo : RECF)

L’essai de Catherine Voyer-Léger vient de paraître aux éditions du Septentrion (Québec). (Photo : RECF)

« En milieu minoritaire, la situation est de plus en plus difficile, signale-t-elle. Les problèmes sont les mêmes partout : plus c’est petit, plus c’est fragile. Tout le monde se connaît et porte plusieurs chapeaux, il y a des conflits d’intérêt. Ceux qui ont une parole critique sont mal vus. »

Réaction de la directrice de la revue nationale sur les arts, Liaison, Suzanne Richard Muir : « C’est souvent la critique elle-même qui fait l’objet de critiques. Pourtant, bien menée, elle est nécessaire : elle contribue à la compréhension des œuvres, à des échanges féconds.

« Qu’entend t-on par ‘critique’, lance-t-elle : des analyses, des comptes rendus descriptifs, des textes qui mettent en évidence tant les aspects positifs que moins réussis d’une œuvre ? Qu’attend t-on de la critique : que des compliments et des louanges, ou une opinion sincère et fondée ?

« Si j’en juge par quelques réactions de ‘critiqués’, poursuit la directrice, plusieurs s’insurgent contre des textes qui comportent des commentaires perçus comme étant moins élogieux. Il n’y a rien de pire qu’un créateur médiocre qui vient de lire une mauvaise critique sur son ‘œuvre’. Les créateurs qui ont de la profondeur, de la qualité, demeurent ouverts aux critiques, et adoptent, face à elles, une attitude monolithique et souveraine.

« En ce qui concerne Liaison, assure Suzanne Richard Muir, la critique est plurielle, multi-générationnelle, pour certaines disciplines artistiques – la littérature, entre autres –, alors qu’elle se fait certainement plus rare pour les arts visuels. L’exiguïté du milieu (je fais surtout référence à l’Ontario) fait parfois en sorte que les critiques, qui sont aussi des créateurs, craignent de critiquer leurs pairs. »

Catherine Voyer-Léger veut construire : « Est-ce qu’on est prêt à vivre avec une critique ? C’est ça le plus important. Il faut apprendre à réagir en conséquence. C’est le travail qu’on a à faire comme artistes, comme public.

« On peut faire plein de choses, précise-t-elle. On peut aller chercher des regards extérieurs. Il y a de plus en plus d’universitaires qui font de la critique, qui peuvent avoir un regard plus indépendant. Ils sont capables de développer un discours accessible à tout le monde sans avoir les deux pieds dans le milieu. »

L’essayiste regrette la disparition en 2013 de la chronique culturelle de David Lonergan dans L’Acadie-Nouvelle et de l’édition d’Ottawa-Gatineau de l’hebdo culturel Voir. Sa conclusion s’adresse aux médias.

« Ils ont une responsabilité de ne pas toujours s’adresser au grand public, mais aussi à une partie de la population qui s’intéresse aux arts. Ils ont un rôle à faire réfléchir sur ce qui se passe au niveau culturel. »

L’ex-lieutenant-général (NB) Herménégilde Chiasson, le 12 août : « Le folklore ou l’histoire sont devenus nos sources d’inspiration et de vérification. Nous ne savons pas mentir ou créer des modèles virtuels et cet état de fait se vérifie au théâtre, au cinéma, en littérature et en peinture.

« Pour reprendre les mots de Mathieu Wade, il est peut-être temps de mettre de côté nos débats linguistiques pour se concentrer sur le propos. Avons-nous, comme artiste et comme collectivité, quelque chose à dire ? »