le Lundi 6 février 2023
le Vendredi 16 mai 2014 10:00 Société

C’est l’affaire de tous!

Natasha Harvey pour Les EssentiElles

Chaque année en mai, les groupes de femmes du Yukon organisent une campagne de sensibilisation à la prévention des agressions sexualisées. Cette campagne est importante parce qu’elle vise à changer les attitudes et comportements envers la violence sexualisée faite aux femmes qui existent dans notre société.

Les agressions sexualisées touchent toute la communauté. Nous connaissons tous quelqu’un, de près ou loin, qui a été victime d’agression sexualisée, même sans nous en douter. Pourtant, nous en parlons très peu et il y a peu d’efforts sur les plans social et politique pour souligner ce problème.

Selon Statistique Canada, une Canadienne sur quatre sera victime d’agression sexualisée au cours de sa vie, et au Yukon, les taux sont trois fois plus élevés que la moyenne. Quant aux hommes, ils composent entre 8 % et 10 % des victimes d’agressions sexualisées, mais peu importe le sexe de la victime, près de 98 % des agresseurs sont des hommes.

Attention – ceci ne veut pas dire que tous les hommes sont des violeurs, mais cela signifie que presque tous les violeurs sont des hommes.

Nous vivons actuellement dans une société où les agressions sexualisées sont seulement considérées comme un crime lorsque ça constitue une attaque violente par un étranger sur une femme vertueuse qui s’est débattue vigoureusement. Autrement, dans la majorité des cas, c’est la victime qui est culpabilisée. Selon un rapport de Statistique Canada, une femme est considérée comme moins crédible lorsqu’elle connaît son agresseur ou a déjà eu une relation intime avec lui, a consommé de l’alcool ou de la drogue, ne s’est pas défendue « suffisamment » (n’a pas de blessures physiques visibles) ou a des problèmes de santé mentale.

L’objectification sexuelle des femmes et les stéréotypes de genres contribuent à créer une « culture du viol » qui dissimule le fait que les agressions sexualisées sont des actes de violence délibérée commis par une personne envers une autre. Jamais une femme ne demande à être violée, peu importe les vêtements qu’elle porte ou son style de vie. Malgré ce fait, nous continuons à utiliser ces excuses du genre « Qu’est-ce que tu faisais là? », « T’as vu comment t’étais habillée? », pour la décrédibiliser et la culpabiliser des gestes de l’agresseur.

On éduque les femmes dès l’enfance sur toutes les manières qu’elles peuvent prendre pour se protéger, mais quiconque prétend qu’une femme aurait pu prévenir une agression en portant une jupe plus longue ou en évitant de boire de l’alcool ignore qu’un acte de violence est un acte délibéré pour prendre le contrôle sur une personne. Cela dissimule les nombreuses façons dont les femmes résistent à la violence dans leur vie, et ce, tous les jours. Et fondamentalement, cela masque l’unique responsable, soit celui qui a commis l’acte de violence.

Afin d’avoir des communautés plus sécuritaires et saines pour toutes et tous, nous devons lutter contre les attitudes et comportements qui tolèrent et excusent les agressions sexualisées. Nous devons tenir responsables les hommes qui prennent la décision d’utiliser la violence comme moyen de contrôle. Nous devons reconnaître et honorer la résilience des femmes et leur résistance face à la violence. Et nous devons participer aux efforts pour créer une culture axée sur le respect et le consentement.