le Mardi 7 février 2023
le Lundi 14 avril 2014 10:18 Scène locale

Procès entourant la mort de Denis Chabot : les condamnations sont connues

Denis Chabot. Photo : fournie.
Denis Chabot. Photo : fournie.

Pierre Chauvin

Le vendredi 4 avril, le juge John Faulkner a condamné Frank Taylor à payer une amende de 3 000 $, alors qu’Integra Tire et North 60 Petro doivent payer respectivement 48 750 $ et 43 000 $ à l’issue du procès entourant la mort de Denis Chabot. La procureure avait requis 100 000 $ d’amende contre les deux compagnies et 10 000 $ d’amendes contre Frank Taylor.

Le Québécois originaire de Sherbrooke est mort écrasé par un camion qu’il réparait le 15 novembre 2011. Son employeur, Intregra Tire, son superviseur, Paul Bubiak, North 60, la compagnie dont le camion était en train d’être réparé, et Frank Taylor, superviseur du chauffeur de North 60 qui a écrasé Denis Chabot étaient accusés en vertu de la Loi sur la santé et la sécurité au travail du Yukon.

Sur les quatorze accusations qui avaient été portées en tout, seule une partie d’entre elles ont été retenues. Integra Tire a été condamné pour avoir failli à mettre en place et utiliser une procédure de verrouillage – par exemple, obliger les mécaniciens à garder avec eux la clé du camion tant que les réparations n’étaient pas terminées.

North 60 et Frank Taylor ont été condamnés pour avoir manqué à la bonne formation de leur employé. En cause, la procédure de tournée de vérification, requise par la loi, où le chauffeur doit faire le tour de son camion pour s’assurer que tout est sécuritaire. Le chauffeur du camion n’avait pas été formé de façon adéquate, et Frank Taylor n’a pas réagi lorsqu’il a vu son employé grimper dans le camion sans faire la tournée de vérification. Paul Bubiak a été acquitté de toutes les accusations qui pesaient contre lui.

Déclaration de la victime

Mercredi 2 avril, lors d’une première audience pour décider des peines, une déclaration de la victime a été lue. Elle avait été écrite par Kristy Lerch, en couple avec Denis Chabot au moment de l’accident. Le tribunal, plongé dans un silence lourd, a écouté un membre des services aux victimes lire la déclaration. Kristy Lerch y raconte l’impact sur sa vie de cette perte : de l’identification de son être cher à la morgue, aux questions parfois innocentes de ses collègues lui demandant ce qu’elle allait faire en fin de semaine, à l’année après la mort de Denis Chabot où elle a souffert d’insomnie, de dépression et de pensées suicidaires.

Entrevue

Quelques jours avant l’audience du 2 avril, Kristy Lerch a tenu à donner une entrevue à l’Aurore boréale au sujet de cette affaire.

Par l’entremise de Denis Chabot, elle a pu observer qu’à Integra Tire, il travaillait énormément. Il était en effet reconnu pour être particulièrement compétent et remplaçait souvent des collègues qui ne pouvaient pas venir travailler.

Le contexte de l’accident est celui d’employés qui travaillaient jusqu’à 60 heures par semaine, entourés de machines dangereuses, et d’une compagnie qui n’avait pas de procédure de verrouillage, dit-elle.

« Une des choses qui m’a affectée, c’est qu’après sa condamnation, M. Bubiak a essayé de dire qu’il avait fait tout son possible, qu’il avait fait tout ce qu’il avait dû », a-t-elle dit. Lors de l’audience pour fixer les peines, les avocats des accusés ont insisté sur les remords de leurs clients au sujet de cet accident.

« Je pense qu’ils étaient complètement irresponsables de ne pas avoir ces procédures (de verrouillage) en place dans l’environnement dans lequel les garagistes travaillaient », ajoute-t-elle. Elle regrette aussi qu’à aucun moment durant le procès, les accusés n’aient pris le temps de reconnaître sa perte.

Un arbre a été planté en mémoire de Denis Chabot, après sa mort, au lac Fish, un de ses lieux favoris. « Il y a ceux qui rencontrent des difficultés dans leur vie et ça les atteint et ils deviennent aigres », dit Kristy Lerch. « Lui, il était le genre de personne qui s’élevait au-dessus de tout défi auquel il devait faire face, et il en sortait grandi », explique-t-elle.

C’était un amoureux de la nature et du Yukon. Kristy Lerch se souvient de quelqu’un de positif, qui aimait faire rire les gens. « Il avait cette capacité à vivre le moment présent », dit-elle. « C’était toujours tellement agréable d’être avec lui – sa (bonne humeur) déteignait sur les autres », se souvient-elle.