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le Jeudi 20 mars 2014 9:53 Société

Vendre son électricité, c’est possible!

Grâce à ses six panneaux solaires, Tim Fordyce dit économiser 500 $ sur sa facture d’électricité chaque année. Photo : Pierre Chauvin.
Grâce à ses six panneaux solaires, Tim Fordyce dit économiser 500 $ sur sa facture d’électricité chaque année. Photo : Pierre Chauvin.

Pierre Chauvin

Les Yukonnais peuvent maintenant vendre une partie de l’électricité qu’ils produisent à condition que celle-ci soit issue d’une source d’énergie renouvelable. Le programme d’encouragement à la microgénération d’électricité, annoncé en octobre dernier, a été officiellement lancé le 25 février.

Il dédommage les Yukonnais qui envoient une partie de leur énergie produite sur le réseau : 0,21 $ le kilowattheure (kWh) pour les collectivités qui sont reliées au réseau public et 0,30 $ pour les collectivités qui sont alimentées par des générateurs au diesel. Pour cela, il faut auparavant qu’une demande de microgénération soit approuvée par Énergie Yukon. C’est la Yukon Electrical Company qui s’occupera de procéder aux raccordements pour que l’énergie produite puisse alimenter le réseau.

« Le projet concernant la microgénération vise à diversifier les sources d’énergie au Yukon et à faire la promotion de l’efficacité et de l’économie d’énergie », a déclaré le ministre de l’Environnement Currie Dixon par voie de communiqué. « Cela tient compte également des engagements clés du gouvernement qui s’inscrivent dans le cadre de la Stratégie énergétique du Yukon et du Plan d’action sur le changement climatique. »

Pour l’énergie solaire, on estime qu’un panneau solaire d’une puissance d’un kilowatt (kW) produit environ 1 000 kilowatts-heure (kWh) d’électricité par an au Yukon. Shane André, directeur du centre des solutions énergétiques du Yukon, s’attend à ce qu’il y ait entre deux et quatre demandes par an, pour un total d’environ 10 kWh d’électricité produite par an.

La Yukon Conservation Society (YCS) considère cette décision comme un « pas » dans la bonne direction. « La YCS reconnaît que l’énergie solaire générée par les particuliers à une échelle de microgénération est très importante pour réduire la consommation des entreprises et des particuliers », explique Anne Middler, coordonnatrice à l’énergie chez la YCS. Cependant, elle regrette qu’il n’existe pas de mesures pour faciliter l’achat des systèmes d’énergie renouvelable, comme un crédit d’impôt.

Prix rédhibitoires

Les coûts liés aux énergies renouvelables représentent en effet une barrière pour beaucoup de particuliers. Pour l’énergie solaire, il en coûte entre 4 et 6 $ le watt – ce qui comprend les composants, mais aussi l’installation – soit au minimum 4 000 $ pour un panneau solaire d’une puissance d’un kilowatt.

« Il n’y a pas d’aide financière, un individu doit demander à sa banque de l’argent ou utiliser ses propres fonds », regrette Anne Middler. Elle espère que cette initiative sera élargie pour que par exemple le Centre des Jeux du Canada place des panneaux solaires sur son toit. « À cause de la manière dont la réglementation a été mise en place, l’électricité doit d’abord être utilisée par le bâtiment lui-même », explique-t-elle.

C’est la même chose pour les particuliers. Et c’est précisément cela qui constitue le point fort de ce programme, explique Shane André. « Cela encourage à installer un système qui fonctionne bien et qui produit beaucoup d’énergie », dit-il. « (mais) cela encourage aussi l’économie d’énergie ».

Il n’y a d’énergie exportée vers le réseau, et donc payée par le gouvernement, que si le particulier consomme moins que ce qu’il produit. Il est aussi possible de demander à la Société d’énergie du Yukon de faire des tests pour déterminer si l’énergie éolienne peut être utilisée. Ce programme est gratuit, mais seules deux demandes sont acceptées chaque année.

Un bon exemple

Tim Fordyce est un électricien de Whitehorse. Il y a quelques années, il a installé six panneaux solaires sur son toit. Il prévoit d’en installer six autres. Les douze cellules photovoltaïques devraient couvrir ses besoins en eau chaude.

Son installation lui permet d’économiser 500 $ sur sa facture d’électricité chaque année. « C’est un retour sur investissement qui prend plus de temps », reconnaît-il. « Mais c’est aussi un investissement : ma maison a pris de la valeur. »

Et même si l’achat de panneaux solaires représente des coûts importants – entre 5 600 et 8 400 $ pour son installation – ils ne nécessitent pas d’entretien et ne s’usent pas, rappelle-t-il.

Il est aussi plus attentif à sa consommation d’électricité : utilisation de lampes à diode électroluminescente (DEL), installation d’un compteur pour l’eau chaude et pour la production des panneaux solaires. Avec le prix croissant de l’énergie, Tim a décidé qu’il était temps de « montrer le bon exemple » au Yukon.

Mesure innovante

Ce programme de microgénération reste une mesure assez innovante : à ce jour, seul l’Ontario possède un programme similaire. Et si le Canada se classe 7e au rang des pays qui ont le plus d’installations à énergie solaire, c’est bien grâce à cette province.

D’ici la fin de l’année, il y aura 2 Gigawatts de panneaux solaires installés en Ontario, explique John Gorman, président de l’Association de l’industrie solaire canadienne (Cansia). Un panneau solaire de 1kWatt produit environ 1 000 kilowattheures par an; les installations solaires en Ontario fin 2014 pourront en théorie produire quatre fois la demande annuelle de l’électricité au Yukon. « C’est incroyable à quelle vitesse l’énergie solaire est adoptée », dit-il.

En Allemagne, la production d’énergie solaire durant certains moments de la journée couvre jusqu’à 50 % des besoins en électricité.

Même si le Canada se trouve en bonne position et que l’industrie solaire a accumulé un certain savoir-faire, les autres provinces doivent se joindre au mouvement, dit John Gorman. « Ce programme fait du Yukon, avec l’Ontario, un leader dans l’adoption d’énergies renouvelables », conclut-il.