le Dimanche 29 janvier 2023
le Lundi 10 février 2014 10:10 Art et culture

Dix mots, plusieurs sens

Les élèves de l’École Émilie-Tremblay ont participé au projet. Photo : fournie.
Les élèves de l’École Émilie-Tremblay ont participé au projet. Photo : fournie.

Pierre-Luc Lafrance

Avec le projet la Caravane boréale des dix mots, Marie-Hélène Comeau est la première artiste francophone à proposer un projet d’art communautaire au Yukon. Dans cette aventure, elle va travailler avec des élèves de l’École Émilie-Tremblay, ainsi qu’avec les EssentiElles, Franco50 et le service culturel de l’Association franco-yukonnaise.

Qu’est-ce que l’art communautaire? « Pour les puristes, c’est un projet conjoint qui réunit un artiste, un organisme et la communauté pour répondre aux besoins de la communauté », affirme Mme Comeau.

Ce projet est inspiré d’une initiative nationale née en France en 2003, la Caravane des dix mots, qui regroupe des artistes du monde entier. « C’est venu d’un groupe d’artistes qui voulait sortir l’art des galeries pour l’amener dans la rue. C’était aussi une façon de décloisonner le mythe de l’artiste qui travaille seul dans son atelier en attente de l’inspiration divine. » Le principe est simple : chaque année, dix mots français sont publiés et les artistes du monde entier sont invités à proposer des projets en lien avec ces mots. Les projets se réalisent entre janvier et juin et à la fin, tous les artistes doivent envoyer un film de treize minutes aux organisateurs en France pour expliquer ce qu’ils ont fait avec leur communauté.

Le projet

En ce moment, l’artiste anime des ateliers dans dix classes différentes. Chaque classe doit réaliser un projet à partir d’un mot. Le but est de représenter le mot sur l’extérieur d’une boîte et, à l’intérieur, les jeunes doivent écrire ce que le mot représente pour eux. Le même exercice est répété dans la communauté, ce qui amène un dialogue entre la version des adultes et celles des enfants.

Si tout se passe comme prévu, le 5 mai, dans le cadre de la Journée de la francophonie, l’artiste va faire une installation avec les boîtes dans un vieux camion de Postes Canada qu’elle a acheté dans l’intention de le transformer en quelque chose d’artistique. « Cela va devenir une exposition ambulante, ce qui s’adapte super bien à un projet qui s’appelle une caravane. » Le camion pourrait ainsi être garé près de l’école le jour pour permettre aux jeunes de visiter l’exposition et le soir, le camion pourrait se déplacer pour être plus près des activités préparées par la communauté.

Pour Marie-Hélène Comeau, la beauté de la chose, c’est que chacun, en partant des mêmes mots, arrive à quelque chose d’unique. « Chacun les adapte de façon différente, selon sa culture ou son environnement. Hier, dans une classe, j’invitais les jeunes à dessiner des zigzags. Quand je leur demandais à quoi cela leur faisait penser, ils me parlaient de montagne ou de vague. Au Sahara, ce serait sans doute différent. Par exemple, un mot comme dimanche n’a pas la même signification pour tous. Pour l’un, cela fera penser à l’église, pour un autre à des visites chez grand-maman, pour un autre, ça peut être la journée où on lave le linge, etc. »

Si la Caravane des dix mots connaît du succès en Europe et en Afrique, ça a pris du temps à s’installer en Amérique du Nord. En fait, c’est un concours de circonstances qui a amené le projet jusque chez nous. « Une des fondatrices du projet a déménagé au Québec et elle a lancé un projet là-bas. L’année passée, elle a fait une tournée pour présenter la Caravane dans les communautés francophones du pays. C’est comme cela que je l’ai rencontré au Yukon. » Cela a résonné chez Marie-Hélène qui est sans cesse à la recherche de façon de faire vivre le français par les arts et de créer des ponts avec la communauté. Par exemple, elle fait actuellement un doctorat où elle utilise la création artistique pour amener les gens de la communauté franco-yukonnaise à réfléchir à leur identité.

« Je veux trouver une autre façon de stimuler la langue en dehors des supports traditionnels. J’aimerais trouver, pendant l’exposition, un système d’échange avec les gens pour alimenter la discussion, que cela ne soit pas seulement contemplatif. »