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Capitaine

Maryne Dumaine

Samantha Davies vogue présentement aux alentours du cap de bonne espérance, seule sur ce bateau. Vendée Globe. | YVAN ZEDDA/ALEA

 

En ce moment, aux antipodes du Yukon, se déroule une course de voiliers surnommée « l’Everest de l’océan » : le Vendée Globe. La plus grande course autour du monde, en solitaire, sans escale et sans assistance. La Yukon Quest des marins, quoi! Oui, « quoi! », avec un p’tit accent de France, puisque le département de la Vendée se situe sur les côtes de l’Atlantique, entre Bordeaux et la Bretagne, pour vous situer.

Depuis une vingtaine de jours (pour une durée totale prévue d’environ 70 à 80 jours), 32 bateaux ont quitté la Vendée pour faire le tour du globe et y revenir. Six femmes et 26 hommes se sont élancés en solitaire dans une course de l’extrême qui finira vers la mi-janvier.

La bravoure de ces skippers est inspirante, dans notre contexte actuel. Et je ne parle pas ici de leur capacité d’isolement. Leur courage résonne pour moi tel celui de bien d’autres capitaines que nous croisons au cours de nos vies. Même si nous n’avons pas l’océan proche, nous avons des capitaines ici aussi, au Yukon. Et ce sont loin d’être des « marins d’eau douce ».

Le premier exemple qui me vient en tête, c’est un homme qui, armé d’une force tranquille et déterminée, maintient la proue de notre embarcation commune dans la bonne direction, malgré des vagues qui nous secouent de tous bords. En bon capitaine, il nous a prévenu des tempêtes qui se présentaient sur le radar. Il s’agit du Dr Hanley, médecin et hygiéniste en chef du Yukon. À Whitehorse, la communauté a organisé un défilé de voitures devant les fenêtres de son bureau pour lui manifester son soutien et sa confiance. Est-ce que le gouvernement a choisi ou non le bon cap, le futur nous le dira. Mais en attendant, le bateau ne semble ne pas subir trop de dégâts, c’est déjà ça…

Oui on reçoit de grosses gouttes, c’est dérangeant et inquiétant. Mais regardons la situation telle qu’elle est : le bateau ne semble pas prendre l’eau, c’est déjà bien. Car pour tout capitaine, la sécurité, c’est la priorité.

Quand j’étais ado, les affiches du Vendée Globe emplissaient les murs de ma chambre, me laissant rêveuse sur les défis qu’il est possible d’accomplir dans la vie. Désormais adulte, je me rends compte que les capitaines sont partout. Nous sommes les capitaines. Nous prenons des décisions concernant le cap à envisager, nous nous battons contre vents et marées pour mener, informer et outiller notre équipage (familial, professionnel ou communautaire) vers une destination commune. Gouvernail en main, nous prenons aussi la responsabilité des conséquences de nos choix.

C’est aussi ce qui a guidé une autre personne inspirante : Carola Rackete. Le 29 juin 2019, aux commandes du navire Sea-Watch 3, cette capitaine (sans métaphore, une vraie capitaine de bateau) allemande de 32 ans a accosté de force à Lampedusa, en Italie pour sauver les 42 personnes migrantes que son navire avait recueillies, tandis qu’elles dérivaient en pleine mer. Scientifique et activiste climatique, elle mène la barre telle qu’elle l’entend, guidée par ses convictions, ses valeurs et sa profonde humanité.

N’est-ce pas ainsi qu’on juge de la qualité de nos choix, dans la vie? En vérifiant l’adéquation de notre position par rapport à la destination choisie? Envers et contre tous les aléas de la vie, nous ajustons les réglages, la vitesse, les angles d’approches dans le but de continuer à avancer. Nous nous efforçons de garder le cap, en évitant les avaries, chacun selon son rythme : nul besoin d’être en tête de parcours pour saisir la grandeur de l’expérience.

Et oui, parfois la vie apporte aussi des jours sans vent. Il y a des moments où garder le cap, ça veut aussi dire ralentir et rester seul, en skipper solitaire, juste pour quelque temps. Le temps que la tempête passe, ou que le vent porteur se lève de nouveau.

 

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