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Distance

Maryne Dumaine

 

photo : pixabay

 

À l’inverse du mot déconfiné, le mot distance était déjà inclus dans le vocabulaire, il était familier. Définissant l’intervalle qui sépare deux points dans l’espace, ce mot a toujours été facile à utiliser, connu : calculer la distance entre deux points, suivre des cours à distance… Pour certains, il faisait même rêver (comme vivre à des milliers de kilomètres de son lieu de naissance). Pour d’autres, il était assez neutre ou pouvait signifier le manque d’empathie, ou de liens, comme dans « prendre un peu de distance ».

L’année 2020 marque le sacre de ce mot anodin qui n’avait pourtant rien demandé. Devenu la vedette des conférences de presse à travers le monde, il a même l’avantage de se traduire par lui-même dans les deux langues officielles au Canada. Et pourtant, le concept même de mesures est en plein questionnement.

Tandis que nous devons nous éloigner physiquement des gens, les distances sont pourtant complètement révolutionnées. Qui n’a pas enchaîné ces temps-ci des appels vidéo, passant du Yukon pour se rendre quelques minutes plus tard dans un salon situé à des heures d’ici? Tandis que nous ne pouvons pas nous rassembler entre voisins, les grandes distances semblent, elles, avoir perdu de leur intensité. Et par-dessus le marché, on s’est mis à calculer les distances en caribous! Quelle époque!

Certaines distances ont même tout bonnement été abolies. Il me semblait que lorsque je travaillais ou que c’était l’heure de l’école, personne ne débarquait dans mon salon! Cette distance-là, pfuitt, envolée! Ce qui se trouve en arrière-plan de nos interlocuteurs est devenu notre « quotidien ». Fini la distance qui séparait le monde social et la cellule d’intimité. Si la pile de vaisselle n’est pas faite avant une réunion Zoom, qu’il en soit ainsi, car les caméras sont désormais partout.

Alors voilà, dans ce monde où le mot distance a été distendu, étiré et remodelé, je me pose toutefois la question : qu’en est-il des personnes qui ne peuvent plus mettre de distance physique entre elles quand c’est nécessaire ? Les bourgeons qui pointent et les oiseaux qui chantent ne doivent pas nous laisser oublier que virus ou pas, mai est le mois de sensibilisation contre la violence sexualisée. Car la violence ne fait pas quarantaine, bien au contraire.

N’oublions pas non plus que ces temps-ci, en dépit de notre chance de vivre au Yukon, en dépit des beaux jours, l’absence de regroupement, d’activités et de soins a affecté la santé mentale et physique de nombreuses personnes. Nous ne faisons pas tous les mêmes choix. Certains ont choisi d’être plus ou moins stricts avec les consignes. Mais ne laissons pas la situation mettre une distance non nécessaire entre nous : celle des jugements. Plus que jamais, la bienveillance fait partie des bons choix.

Prenez soin de vous!

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