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Woodstock : cinquante ans. Déjà.

Yves Lafond

Ça mérite un semblant de bilan.

Photo : Wikipédia

 

J’avais 10 ou 11 ans dans le temps. Ben trop jeune pour être là-bas. De plus, je n’y comprenais pas grand-chose. Mais les tendances, on les voyait bien. Elles sautaient dans la face. Il aurait fallu être aveugle pour ne pas les voir. Mes chums, mes parents, l’école, tous, on voyait bien ce vent de changement nous foncer dedans comme un train. De mon œil d’enfant, cet avenir s’avérait plus intéressant que celui que mes parents préconisaient. Même leurs frères ou sœurs plus jeunes embarquaient dans le mouvement.

Woodstock était le coup de canon de départ du grand changement. Ça avait déjà commencé. J’arriverais en âge juste à temps. Il ne suffisait que d’embarquer dans ce train magique. On prendrait le pouvoir et il n’y aurait plus de guerres. Que de l’amour universel. Sans compter la société des loisirs qui s’en venait à grands pas. On ne travaillerait que trois jours par semaine. On venait de marcher sur la lune. Tout était possible. De l’optimiste dans ce temps-là, il y en avait à plein. Que du beau en perspective. Le début d’un temps nouveau.

À peine quelques années plus tard, aux environs de mes 16 ans, on avait viré notre capot de bord. On avait décidé qu’on arrêterait le progrès et qu’on reviendrait aux « vraies valeurs de la terre ». Dieu seul sait ce que ça voulait dire. Mais là non plus, on n’a rien révolutionné. La machine a continué à avancer. Des engrais chimiques et les pesticides n’ont pas cessé de s’étendre. Les guerres ont persisté, la misère a continué à coller sur le pauvre monde et on la cherche encore cette société des loisirs. Comme le dit le proverbe : « Les chiens aboient, la caravane passe. »

L’optimiste a fait place à la morosité quand ce ne sont pas carrément les scénarios de fin du monde qu’on se fait matraquer dix fois par jour. Dans les années quatre-vingt, c’était la peur des bombes nucléaires et ça s’est transformé en couche d’ozone pour finir en gaz à effets de serre. Ce n’est pour moi que le même syndrome d’apocalypse nous habitant depuis des millénaires, d’ailleurs décrit avec moult détails dans la bible. Seuls les causes et le message divin à retenir changent.

Vient un temps où un gars s’écœure. Je n’en pouvais plus de cette société. Cette quête de performance où on devait accumuler plus et plus de connaissances dans un rythme effréné en accélération constante m’étourdissait. D’ailleurs, pourquoi? On était aux portes de l’enfer. Ça commençait à m’étouffer comme voler à force 2 g dans un « jet » de guerre.

Alors, j’ai décroché. Je me suis ramassé ici au Yukon où le temps semble se mouvoir plus lentement. À croire qu’il coule dans un sablier différent. Au début, juste faire le tri dans ce bourbier d’informations m’ayant englouti ces dernières années s’est avéré une tâche trop ardue. J’en ai jeté un bon paquet au panier. Ça allège beaucoup. Il est vrai que par la suite, j’en ai voulu à cette société qui nous avait dupés. Si vous voulez foncer dans le mur, allez-y sans moi, que je me suis dit.

Avec le temps, ma rancœur s’est apaisée et je passai à autre chose. Je me suis sevré de ma dépendance à la nouvelle et j’ai appris à doser. Une petite séance d’information une fois ou deux par semaine suffisent habituellement pour connaître l’essentiel. Ici et là au cours des dernières années, quelques petites notes très peu médiatisées, il est vrai, ont tout de même retenu mon attention. Je ne parlerai pas ici de ce qui va mal. Pour ça, il y a des milliers de gens qui s’en chargent tous les jours.

Sous certains angles, ça semblerait aller un p’tit mieux sur la planète. Il n’y aurait plus à l’heure actuelle de famine sur la terre. C’est quand même beaucoup. Un pas de géant dans la bonne voie quant à moi. Démodé le genre de concert pour le Bangladesh organisé par Georges Harrison. Il en serait content. Je sais bien qu’il y en aura beaucoup que cette idée que ça va mieux répugne. Comment affirmer cette sottise quand on sait bien que la terre arrive à sa fin à cause du mal qu’on lui fait? On magane notre air, notre eau, nos sols, etc., etc. Je le vois bien tout ça. Il est certain que cette terre, on la siphonne sans vergogne et qu’on commence à manquer de place pour nos poubelles. Comme disait l’autre : « Tant qu’il y aura de l’homme, il y aura de l’hommerie. » Mais il serait bon pour tous ces idéalistes alarmistes de se rappeler qu’ils mangent tous à leur faim. Il y a moins de grande misère sur la terre. Aussi, on aurait finalement modéré notre augmentation de la pollution. Il y a encore des guerres, mais les différences culturelles sont beaucoup plus acceptées et valorisées qu’avant.

Alors, pour Woodstock, l’idée n’était peut-être pas si mauvaise. À l’évidence, ça n’a pas été la révolution immédiate comme prévu, mais l’idée a quand même fait son petit bonhomme de chemin.

À mon humble avis, on avance. À pas de tortue certes, mais tout de même. C’est bien certain qu’on vit encore sous le spectre de fin du monde. Il n’y a pas assez de problèmes de réglés et d’autres se sont rajoutés. On a toujours tendance à idéaliser le passé, mais si on se compare à l’époque de Woodstock, ça va un p’tit peu mieux.

C’est certain que les plus riches le sont de plus en plus, mais ils ne savent plus comment se distinguer. C’est assez abracadabrant ce qu’ils ne vont pas inventer pour nous distancer. J’ai entendu l’autre jour qu’il y en a qui se paient des toilettes électroniques avec télécommande aux sièges préajustés avec musique et lumière ambiante. C’est pas des farces. Ça existe pour vrai et ça se vend. Après tout, s’ils veulent avoir l’air fou, nous, on s’en fout. Pourvu qu’on en aille assez pour se contenter.

Voilà. Il y en a peut-être qui verront ça comme de la provocation, mais un petit mot d’encouragement de temps en temps ne devrait pas être si choquant ou passer pour de la naïveté.

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