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Voyage hors normes jusqu’à la Terre de Feu

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Pierre-Luc Lafrance

Entre le mois d’octobre et la mi-mars, Stéphanie Chevalier a parcouru 4 500 kilomètres à vélo entre LaPaz en Bolivie et Ushuaïa, en Argentine. Un voyage en solitaire un peu fou que la principale intéressée a bien voulu nous raconter.
« Au départ, je devais partir un mois et demi et faire la route entre LaPaz et Santiago au Chili. Mais les choses se sont tellement bien passé que j’ai décidé de prolonger le voyage de trois mois et d’aller jusqu’à Ushuaïa, la ville la plus au sud accessible par route sur la Terre de Feu. » Le voyage avait deux grands objectifs. « J’avais envie d’apprendre à camper seule et à ne pas avoir peur. Je voulais aussi vivre en compagnie de moi-même et voir comment cela se passerait. » De ce côté, elle a été servie. Dans les coins les plus désertiques, elle a parfois passé deux ou trois jours sans voir personne. De plus, même si elle a plusieurs bons amis, elle ne s’imaginait pas être 24 heures sur 24 pendant trois mois avec l’un d’eux.

Stéphanie avait déjà fait des voyages en vélo : entre Inuvik et Dawson et entre Dawson et Whitehorse par exemple. Mais ce projet lui est venu à l’hiver 2012-2013. « Je vivais des difficultés au travail et j’étais incapable de lâcher prise. Je me suis donc lancée à la recherche d’un nouveau défi. Cela faisait un certain temps que je voulais aller en Amérique du Sud, alors au mois de mars, j’ai acheté un billet d’avion, un aller simple. » Le lendemain, elle remettait sa démission. Autant qu’elle s’en souvienne, elle n’avait pas de projet particulier à ce moment. Mais l’idée du vélo s’est rapidement imposée. « Partir en vélo, c’est une aventure en soi. Cela met moins de pression sur l’attente d’un truc spécial qui vient de l’extérieur. On devient le propre moteur de ce truc spécial. »Sur la route

Lorsque j’ai interrogé Stéphanie sur son entraînement avant de partir, elle est partie à rire. C’est qu’en fait, il n’y a pas eu d’entraînement. « En septembre, j’étais en France où j’ai profité de la vie et ensuite, j’ai fait un périple de deux semaines en canot avec des amis, alors je n’ai pas entraîné mes jambes. » L’entraînement, elle le fera donc en cours de voyage. « Mon seul mauvais choix, c’est de commencer le périple à 4 500 mètres d’altitude. »

Le voyage n’était pas axé sur la performance physique. « Le vélo n’est qu’un aspect du voyage. Je voulais inclure d’autres éléments. M’intéresser à la langue, à la culture, à l’histoire des pays visités. » Elle a d’ailleurs profité de ce voyage pour apprendre l’espagnol. « Je ne parlais pas un mot d’espagnol quand je suis partie. Pendant les trois premières semaines, j’ai trouvé ça handicapant dans mes rapports avec les gens. Alors, j’ai fait un arrêt de deux semaines et j’en ai profité pour suivre un cours intensif d’espagnol d’une semaine. Une fois que j’ai acquis mes bases, ça m’a permis de prendre mon envol. »
Pour s’assurer de s’immerger dans la culture sud-américaine, elle a choisi un parcours peu fréquenté de la communauté cycliste. Un choix payant, surtout en ce qui concerne son apprentissage de la langue. « J’ai rencontré des cyclistes qui étaient en Amérique du Sud depuis un an ou deux, et ils n’étaient pas au même niveau que moi en espagnol, car ils étaient toujours dans le milieu des cyclistes. »

Ce qu’elle retient de ce voyage : la liberté! Celle de choisir son horaire. D’aller à son rythme. Malgré tout, par moment, elle avait l’impression de faire du 9 à 5. « Le matin, je déjeunais et je paquetais mon stock. Ensuite, je partais vers 9 ou 10 h. Je roulais jusqu’à midi et je faisais une courte pause d’une demi-heure. Puis je repartais pour l’après-midi. Je ne prenais pas beaucoup de pauses. J’aime mieux y aller doucement, mais régulièrement. Puis, je m’arrêtais vers 17 ou 18 h. Mais plus j’approchais d’un endroit où je savais que j’allais m’arrêter pour quelques jours, plus je roulais longtemps. Des fois jusqu’à 22 h. Car je savais que j’allais me reposer ensuite. »S. C

Certaines journées, elle ne faisait que 25 km, comme en début de voyage au Chili où elle devait pousser son vélo dans une pente abrupte en altitude alors qu’elle n’avait pas trouvé son rythme. Mais d’autres journées, surtout vers la fin du voyage alors qu’elle roulait sur une route goudronnée, elle pouvait faire 120 km.

Stéphanie n’a pas fait tout le voyage en vélo. Par moment, elle a fait des bouts en stop ou en bus quand la route était moins intéressante. Elle s’est permis aussi de s’arrêter dans des lieux intéressants, des fois pour quelques jours. En général, elle dormait dans sa tente, des fois sur le bord de la route, la plupart du temps en milieu sauvage. Par contre, elle a pris des moments pour elle et s’est arrêtée à l’occasion dans des campings et des hôtels pour prendre une douche, se reposer… et avoir accès à Internet. « J’ai vu des gens qui avaient des budgets serrés et qui ne pouvaient pas prendre de temps pour eux. Certains se sont brûlés comme ça. »

Son voyage a aussi été interrompu pendant un moment. Après deux mois, elle a ressenti de fortes douleurs aux genoux. Elle a donc pris une pause et a travaillé dans un vignoble bio. Puis, quelqu’un a remarqué que sa selle était un peu trop basse. Un ajustement d’un centimètre a tout changé et elle a pu repartir.

Lors du voyage, elle s’est découvert un goût pour les routes non goudronnées. Comme la Carretera Australe, une route de gravier de 1 300 km en région éloignée au Chili. « Sur ce type de route, la relation est plus forte avec la nature. Quand on fait du vélo, on n’a pas le choix d’aller dans un milieu dompté par l’humain, car il faut rouler sur une route. Mais sur les routes non pavées, les voitures roulent moins vite et ce n’est pas le même type de population. Quand j’ai terminé la Carretera, ce fut la fin de la grande aventure. » D’ailleurs, pour un prochain voyage, elle souhaite explorer d’autres endroits plus difficiles d’accès qu’elle trouve plus enrichissants. Des amis lui on dit qu’une partie de la Route de la soie répond à cette description.Sur la route

Ce genre de périple comprend toujours son lot de mésaventures. Si en général, elle s’en est bien tirée, Stéphanie a cru quelquefois que son voyage était terminé. « J’ai connu quelques ennuis techniques, mais rien de trop grave dans l’ensemble. J’ai eu cinq pneus crevés, surtout sur le Carretera Australe, une route pire que la Dempster avec de gros cailloux. J’ai dû changer mes câbles de vitesse encrassés par la poussière. Il a fallu redresser mes deux roues. Mais le problème majeur, c’est lorsque mon axe avant s’est brisé en plein milieu d’une descente. Je faisais mon deuil du voyage en marchant vélo à la main, lorsque j’ai croisé un pêcheur. Je lui ai expliqué ma mésaventure. Il a regardé le vélo, puis l’axe. Il est parti dans son cabanon. Puis, avec une scie à métaux, il a raccourci mon porte-bagages, ce qui a permis de réparer mon vélo. J’ai été impressionnée par ses capacités de résolution de problème. »

Le retour à la vie normale n’a pas été facile. Après tout, après un voyage hors normes, les retours sont souvent douloureux. « Le voyage en vélo, c’est l’ultime liberté. Alors, ce n’est pas facile de rentrer. On se sent en décalage. Au moment de partir, on a fermé un chapitre de notre vie. Alors au retour, en plus de vivre le deuil du voyage, on se questionne sur ce que sera le prochain chapitre. » Ce qui l’a aidée, c’est de parler avec d’autres voyageurs qui ont vécu les mêmes choses qu’elle. De partager son mal-être lui a permis de comprendre que c’était une réaction normale et que seul le temps permettrait aux choses de passer. « Ça m’a pris trois semaines pour vraiment atterrir. »

Est-ce qu’elle repartirait demain matin? La réponse est « oui », sans hésitation. Déjà, des projets ont commencé à germer. « Je me suis prise d’affection pour le Chili, le pays qui m’a le plus touchée à bien des égards. J’ai l’impression que mon histoire avec ce pays n’est pas terminée. » Elle admet s’impliquer beaucoup dans ses voyages. D’ailleurs, le dernier long périple qu’elle avait fait, c’était celui qui l’a menée au Yukon… et elle n’en est jamais repartie.

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