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Une semaine à Long Ago Peoples Place

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Catherine Bolduc-Gagnon

Dimanche matin, je pars pour Long Ago Peoples Place (LAPP), située sur le territoire de Champagne Aishihik. Je vais rejoindre les étudiants du Yukon Native Teaching Education Program (YNTEP), tous présents pour un cours obligatoire d’une semaine sur les cultures autochtones du Yukon et principalement celles des Tutchones du Sud de Champagne Aishihik.

Long Ago Peoples Place est née du rêve d’Herold et Mita de créer un endroit pour réunir et enseigner les savoir faire autochtones du Yukon.  Photo : Paula Stroker

Long Ago Peoples Place est née du rêve d’Herold et Mita de créer un endroit pour réunir et enseigner les savoir faire autochtones du Yukon. Photo : Paula Stroker


Mita et Herold nous accueillent sur les lieux. L’endroit est né d’un rêve germé vingt ans plus tôt dans l’esprit d’Herold. Sa vision était de recréer les structures, les bâtiments et les modes de vie de son peuple afin d’éduquer la population sur les cultures autochtones. Peu à peu, le rêve s’est concrétisé et LAPP est passé d’un petit camping où l’on sert de la banik et du thé à un véritable musée dans la nature, source d’information sur les Premières Nations du Yukon et leur mode de vie traditionnel. D’une voix émue, Herold partage dans le cercle de parole sa fierté et son bonheur de voir son rêve se réaliser en la présence des étudiants du YNTEP. Dans la maison longue, tous les participants réunis ressentent et partagent l’émotion d’Herold — nous les étudiants et plusieurs membres de Champagne Aishihik, dont le chef Chris Smith.

Inclusion culturelle

Les personnes présentes comprennent que ce moment est important. À l’heure des réconciliations entre les peuples autochtones et les gouvernements à la grandeur du Canada, tous témoignent qu’il est essentiel pour les nouveaux professeurs formés au Yukon d’acquérir de solides connaissances des cultures autochtones, non seulement pour les enfants autochtones, mais aussi pour les enfants des non-autochtones. Tous les foyers se doivent de connaître l’histoire de leur terre d’accueil et celle des autochtones du Yukon, puisque non, l’histoire du Yukon ne commence pas par la Ruée vers l’or. C’est d’ailleurs pourquoi le nouveau curriculum adopté cette année par le département de l’Éducation inclut les connaissances autochtones dans chacune des matières enseignées à l’école.

L’échange

Tout au long de la semaine, quatre aînés sont restés avec nous en tant qu’enseignants. Chaque jour, ils nous ont transmis généreusement leurs savoirs, ont répondu à nos questions, ont participé aux nombreux cercles de parole et nous ont écoutés avec respect. Les étudiants, quant à eux, ont su alimenter le désir d’enseigner et de partager des aînés en leur prêtant une oreille attentive, en questionnant et en faisant preuve de patience, puisque dans les traditions autochtones la réponse à une question est souvent nuancée et subtile; il faut pouvoir l’entendre, la comprendre.

Les apprentissages

Tous les participants ont acquis de nouvelles connaissances durant cette semaine et les aînés Tutchone du Sud ont souvent répété qu’ils ont aussi beaucoup appris des étudiants. Par ailleurs, la richesse et la valeur des connaissances et du temps passé avec ces quatre aînés sont inestimables. Norm Adamson nous a raconté les valeurs Taan Katchan à travers des histoires ancestrales, il nous a parlé de la langue comme d’un trésor précieux, fier défenseur du Tutchone du Sud. La langue est un sujet sérieux et vaut mieux ne pas bâcler les accents en sa présence. La langue, c’est à travers lui qu’elle vit, puisqu’il a toujours refusé de la renier, malgré les menaces vécues à l’école résidentielle. Puis, il nous a fait jouer pieds nus dans les bois les yeux bandés; cet apprentissage de la forêt restera en moi, comme pas un cours de math ne m’aura marquée dans ma vie.

Shirley Adamson semblait se méfier de nous au début, mais à force d’écoute et de partage, il semble que nous l’ayons convaincue de nous faire confiance comme futurs enseignants. Shirley nous aura fait réfléchir, nous aura déstabilisés et remis en question, elle nous aura fait grandir.

Finalement, il y a eu le plaisir, le pur, celui d’apprendre. La semaine remplie à ras bord est passée du tannage d’une peau d’orignal au fumage du poisson, en passant par le perlage, les plantes médicinales et les jeux de mains. Sans oublier l’un des clous de la semaine, la construction d’un véritable sauna traditionnel pour le repos du guerrier, nous les valeureux étudiants futurs enseignants.

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