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Une gelée tardive suscite des craintes par rapport aux changements climatiques

Une gelée tardive suscite des craintes par rapport aux changements climatiques
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Christopher Scott

Le service de traversier reliant les deux rives du fleuve Yukon à Dawson est arrêté depuis le mercredi 29 octobre, à midi. Les deux côtés de la communauté resteront désormais séparés jusqu’à ce que la formation d’un pont de glace permette de traverser le fleuve à pied ferme.

Cette photo a été prise le jour avant l’arrêt du service de traversier. Photo : Kamila Kielar.

Cette photo a été prise le jour avant l’arrêt du service de traversier. Photo : Kamila Kielar.

Fait inhabituel, le service s’est interrompu alors que les eaux du Yukon demeuraient presque entièrement dégagées de glace. C’est la fin du contrat des employés du bateau, prévue pour cette période, qui a plutôt mis fin aux opérations.

Pour la centaine de Dawsoniens qui habite la rive ouest du fleuve, éloignée de l’épicerie et des autres installations urbaines, le moment du « freeze-up » entraîne annuellement des défis d’improvisation. En effet, nul ne sait prédire jusqu’à quand durera l’isolement, les temps de gelée pouvant varier d’une à six semaines, voire plus.

Pour ceux qui sont propriétaires de commerces ou parents d’enfants en âge d’aller à l’école, le choix est généralement fait de loger « en ville » chez des parents ou amis. Les autres, qui resteront chez eux, doivent s’approvisionner d’avance en pensant à tout le nécessaire. Certains se livreront à des stratégies colorées d’adaptation : le jour de l’arrêt du traversier cette année, au moins un canot a été observé en train de traverser le fleuve en se faufilant entre les premières plaques de glace. Pour les grands besoins, il est possible de louer un déplacement en hélicoptère au coût de quelque 200 $. Les hélicoptères assurent également les évacuations médicales d’urgence, un terrain d’atterrissage ayant été aménagé sur la rive ouest, et au moins un résident sur place a été formé en secourisme.

Constat incontournable, si la durée du « freeze-up » est habituellement sujette à toutes les variations, les changements climatiques récents sont encore venus perturber la donne en repoussant plus tard dans la saison l’arrivée des premières glaces, et en réduisant le nombre de nuits très froides, propices à la formation d’une couche de glace épaisse. Une analyse des dates d’arrêt du service du traversier — déterminées généralement par le niveau de glaciation sur le fleuve — démontre que celui-ci s’est terminé en moyenne le 28 octobre pour les années 2001 à 2014, alors que le traversier a été retiré de l’eau le 18 octobre — soit dix jours plus tôt — en moyenne, au courant des deux décennies précédentes (1981 à 2000). Dans certains cas, comme celui de cette année, le gouvernement territorial peut être tenté d’ordonner un arrêt du bateau — dans un souci apparent d’économie — avant que l’apparition de glace ne le justifie — ce qui aura pour effet de prolonger la période que les résidents de la rive ouest resteront isolés chez eux en attendant que le fleuve devienne traversable à pied.

Entre autres, c’est pour prévenir le public par rapport à ce genre de risque qu’a été dressé un comité qui a publié en 2009 le Plan d’adaptation aux changements climatiques pour Dawson (en anglais). Commanditée par plusieurs paliers du gouvernement, et informée par l’avis de locaux et d’experts, l’étude rappelle que la température annuelle moyenne pour cette région du Yukon a déjà monté de 3 degrés Celsius entre 1955 et 2004. Parmi les effets pressentis d’un réchauffement additionnel, le rapport signale qu’une « réduction de la fiabilité… du traversier et du pont de glace en raison d’un changement de conditions pendant les saisons [du printemps et de l’automne] [peut] accentuer l’isolement des communautés retirées. » Le document évoque également d’autres conséquences qu’une hausse des températures encourrait pour Dawson, dont une augmentation des feux de forêt et la fonte du pergélisol en dessous de la ville.

Or, si ces tendances peuvent paraître larges et loin des préoccupations quotidiennes de ceux qui sont affectés par le « freeze-up », certains au moins semblent prêts à faire le lien, et à en tirer des leçons concernant leurs choix de vie.

Alex Hallbom, 23 ans, employé d’un centre de recyclage et aspirant musicien, est arrivé à Dawson avec sa copine cette année et s’est installé dans une cabane sur le côté ouest du fleuve, attiré en partie par le loyer abordable. Bien qu’il dise avoir été informé d’avance sur les problèmes d’accès saisonniers, il avoue avoir été pris de court lorsque le retrait du traversier a été annoncé, et avoir eu à « cafouiller » afin d’emménager au centre-ville à quelques jours d’avis. Installé chez un ami, le jeune couple peut y rester pour un maximum de trois ou quatre semaines avant qu’une nouvelle personne ne s’installe dans l’appartement et qu’il soit obligé de partir. Et si leur cabane de l’autre côté du fleuve n’est toujours pas accessible à ce moment-là? Alex traite sa situation actuelle d’« embêtante », et dit « présumer » que le prolongement de la période du « freeze-up » est lié aux changements climatiques. Alex songe encore à demeurer à Dawson pendant quelques années, mais « maintenant que je connais mieux la période de gelée, » conclut le jeune homme, « je serais plus enclin à chercher un logis au centre-ville. »

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