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Une déclaration d’urgence climatique à Old Crow

Nelly Guidici

« La question des changements climatiques nous oblige tous à travailler ensemble » – Dana Tizia-Tramm, chef du conseil de la Première Nation des Gwitchin Vuntut

Dana Tizia-Tramm, chef du conseil de la Première Nation des Gwitchin Vuntut, a présenté une déclaration d’urgence climatique en mai 2019.
Photo : Malkolm Boothroyd

 

Dana Tizia-Tramm, chef du conseil de la Première Nation des Gwitchin Vuntut, a présenté en mai dernier une déclaration d’urgence climatique face aux changements affectant l’environnement d’Old Crow, dans le nord du Yukon. Les conséquences directes des modifications du climat ont des répercussions dramatiques, comme l’accroissement de l’insécurité alimentaire qui frappe de plein fouet la communauté de 221 habitants. « Les caribous et la sécurité alimentaire sont les plus grands problèmes auxquels nous devons faire face et ils sont en lien direct avec le réchauffement climatique », pense M. Tizia-Tramm. Tous les deux ans, les Gwitchin de l’Alaska et du Canada se réunissent pour poursuivre les discussions en lien avec la protection de la harde de caribous de la rivière Porcupine. Depuis quelques années, le thème du réchauffement climatique fait partie intégrante des discussions, car les modifications de la migration des caribous sont une conséquence directe des changements climatiques selon les Gwitchin.

Une déclaration au-delà des frontières

« La déclaration d’urgence climatique, qui est un document fondamental, reflète nos valeurs autochtones et les membres du village à qui le document a été présenté voulaient s’assurer que nos valeurs gwich’in étaient bien représentées », explique M. Tizia-Tramm. Le sujet étant délicat, le chef a dû trouver une façon d’impliquer sa communauté sans les effrayer, mais le document aujourd’hui officiel a eu des répercussions bien au-delà des frontières du territoire. En effet, une nation aborigène d’Australie a souhaité utiliser la déclaration et s’en servir comme document de travail : « Cette déclaration est un document “vivant” qui circule à travers le monde », précise le chef. Et dans un futur proche, il souhaite que le document devienne un véritable « tremplin vers la création d’un accord autochtone sur le climat ». Selon M. Tizia-Tramm, les populations autochtones ont toujours eu une conscience environnementale et par l’intermédiaire de la déclaration, il souhaite que la culture autochtone devienne un outil d’éducation pour les dirigeants, les industries et la population en général, car « ces trois acteurs sont fondamentaux pour inverser la tendance et apporter les changements nécessaires ». Tout un chacun doit être invité à faire partie de la solution, estime-t-il.

Non seulement cette déclaration tire la sonnette d’alarme, mais elle apporte aussi des solutions. Loin d’être novice en matière d’énergies renouvelables, la communauté d’Old Crow, qui a banni les sacs en plastique à usage unique et le polystyrène depuis 2006, va plus loin dans la démarche. Dès l’automne 2019, 24 % des besoins énergétiques du village seront comblés par l’énergie solaire. Des études sont également en cours sur l’énergie éolienne et la biomasse à partir des saules présents sur le territoire. « Toutes ces études sont combinées et j’espère que dans cinq ans, nous ne serons plus dépendants des générateurs au diesel », pense M. Tizia-Tramm.

Sommet autochtone de l’Arctique sur le climat

Du 11 au 13 juin 2019, un sommet autochtone de l’Arctique sur le climat a eu lieu à Fort Yukon, en Alaska. Le chef d’Old Crow s’y est rendu en bateau en descendant la rivière Porcupine. « Nous souhaitons utiliser la déclaration et la présence de toutes les personnes, que ce soient des aînés ou des jeunes, afin de s’entendre sur une résolution signée à l’issue de la rencontre », indique M. Tizia-Tramm lors d’une entrevue réalisée avant la tenue du sommet. À l’automne prochain, en Suède, le chef présentera la déclaration et en discutera avec le peuple sami lors d’une conférence sur le climat. L’Assemblée des Premières Nations du Canada a déjà exprimé son soutien à la communauté et le chef est en relation à ce sujet avec Mme Catherine McKenna, ministre de l’Environnement et du Changement climatique. Après le racisme subi dans les années 1980 et le racisme institutionnel auquel les Gwitchin doivent faire face, le chef estime « que les changements climatiques sont maintenant l’une des plus grandes menaces pour la mise en œuvre de nos droits ». Pourtant confiant, il appelle tous les Yukonnais, les Canadiens et les citoyens à travailler ensemble, car les changements climatiques nécessitent que chacun fasse sa part. « Ils sont un défi pour notre propre identité, mais nous avons l’occasion de creuser encore plus profondément, au-delà du fait d’être autochtone ou non, et de voir qui nous sommes et quelles sont les fondations de nos nations, Canada inclus », conclut-il.

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