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Un petit livre traitant d’un grand sujet

Marie-Hélène Comeau

Un livre pour enfant peut tracer son chemin pour atteindre le cœur des grands tout aussi bien au sein de la Commission de vérité et de réconciliation, dans les écoles des Territoires du Nord-Ouest ou à la maison. Voici l’histoire du courage et de la détermination d’une jeune fille Inuvialuit de 8 ans dans l’adversité des années 1940 à l’école catholique d’Aklavik.

« Ça a pris deux ans à faire mon livre Les bas du pensionnat (Fatty Legs). J’en suis très fière car il raconte notre histoire d’une façon originale. Je crois d’ailleurs que raconter les choses à partir de l’imaginaire léger d’un enfant rend le contenu plus facile à écouter. La réponse positive des gens lorsque j’ai présenté mon livre à la Commission de vérité et de réconciliation a confirmé cette intuition », confie Margaret Pokiak-Fenton dont la douceur et la tendresse se répandaient dans le sillage de cette septuagénaire qui participait cet été au Grand festival des arts du Nord (Great Northern Art Festival).

lesbasdupensionnat Web

Le livre Les bas du pensionnat raconte l’histoire de Margaret alors qu’elle était une jeune fille, portant le nom de Olemaun. Son désir le plus cher à l’époque était d’aller à l’école afin de détenir la clé du plus grand mystère des étrangers : savoir lire. Curieuse, elle voulait elle aussi apprendre comme sa grande sœur et les autres enfants qu’elle avait vu partir de force de leur famille pour fréquenter l’école. Son désir persistait, malgré le désaccord de ses parents et même s’il lui fallait quitter son village arctique pour fréquenter l’école.

C’est donc à contrecoeur un jour que son père finit par consentir à la laisser partir. Les pages du livre racontent donc les péripéties de cette jeune Olemaun qui une fois à l’école est confrontée au meilleur et au pire. Dès les premiers jours, une religieuse qu’elle surnomme le Corbeau s’en prendra à la jeune fille qu’elle jugeait têtue et rebelle. Avec l’intention de l’humilier, elle lui confie alors les tâches les plus ardues, la forçant même à porter des bas rouges, lui faisant paraître les jambes énormes, alors que toutes les autres pensionnaires portaient des bas gris. Margaret travaillera dur pour bien apprendre en rêvant au jour où elle pourra enfin quitter le pensionnat pour ne plus jamais y remettre les pieds…

Margaret ( à gauche ) en compagnie de sa jeune sœur Elizabeth, réunies cet été durant le Grand festival des arts du Nord ainsi que dans les pages du livre Les bas du pensionnat. Photo : Marie-Hélène Comeau

Margaret (à gauche) en compagnie de sa jeune sœur Elizabeth, réunies cet été durant le Grand festival des arts du Nord ainsi que dans les pages du livre Les bas du pensionnat. Photo : Marie-Hélène Comeau

Tout en feuilletant les pages de son livre durant l’entrevue, Margaret confie avoir beaucoup de plaisir à présenter son livre dans les écoles. « Les enfants aiment beaucoup ce livre et me posent de bonnes questions », lance-t-elle dans un doux sourire faisant presque oublier la lourdeur qu’évoque cette publication dont la lecture est désormais obligatoire dans toutes les écoles des Territoires du Nord-Ouest.

L’histoire des pensionnats canadiens

Le nombre exact de pensionnats indiens auxquels on a envoyé des Autochtones et Inuits est difficile à préciser. Bien que des ordres religieux aient administré de telles écoles avant la Confédération en 1867, ce n’est que dans les années 1880 que le modèle de pensionnat indien a été adopté en bonne et due forme par le gouvernement fédéral pour l’éducation des Autochtones. Et s’il est vrai que le gouvernement a commencé à fermer ces écoles dans les années 1970, ce n’est qu’en 1996 que le dernier pensionnat a fermé ses portes.

L’école qu’a fréquentée Margaret Pokiak-Fenton aux Territoires du Nord-Ouest était située à Aklavik, soit à cinq jours de bateau de chez elle. Les communautés religieuses qui dirigeaient les écoles recevaient un montant d’argent pour chaque élève inscrit. C’est la raison pour laquelle elles tenaient à maintenir le nombre d’inscriptions le plus élevé possible. Les écoles étaient souvent surpeuplées, sales et des maladies comme la tuberculose y étaient fréquentes. Les écoles étaient conçues pour couper des générations d’enfants de leur culture et de leurs façons de faire traditionnelles. Lorsque ces enfants retournaient dans leur famille, ils étaient considérés comme des étrangers ayant perdu la connaissance de la langue et des méthodes ancestrales. De nombreux enfants ont également été abusés durant leur séjour laissant des blessures profondes pouvant prendre des générations à guérir.

« Lorsque je suis revenue chez mes parents à Sachs Harbour après deux années consécutives au pensionnat d’Aklavik, ma mère m’a regardée droit dans les yeux et elle a dit : ce n’est pas ma fille. J’avais 10 ans à l’époque et elle ne me reconnaissait plus. C’était difficile. Mes parents dont principalement ma grand-mère m’ont aidé par la suite à réapprendre ma langue maternelle que j’avais perdue », confie-t-elle.

Le livre Les bas du pensionnat, publié en 2011 est offert aux éditions Scolastic. Le livre inclut également des photos d’archives de Margaret Pokiak-Fenton et des illustrations éloquentes de l’artiste Liza Mini-Holmes.


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