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Un Nord un peu moins rouge (Article sur l’Arctique)

Denis Lord (l’Aquilon, TNO)

L’un des deux députés libéraux élus pourrait se retrouver au Conseil des ministres.

Illustration : Francopresse

 

À l’image du Canada et malgré les couleurs automnales, le Nord a perdu un peu de sa rougeur le 21 octobre dernier. Si le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest sont demeurés aux mains des libéraux, la jeune néo-démocrate Mumilaaq Qaqqaq a ajouté de l’orangé au Nunavut. Celle-ci a ravi le siège laissé vacant par Hunter Tootoo, qui siégeait comme parlementaire indépendant après avoir été élu sous l’égide du Parti libéral.

Alors que le Nouveau Parti démocratique (NPD) est passé de 44 à 24 sièges, Mme Qaqqaq, âgée de 25 ans et originaire de Baker Lake, est une rare lumière pour le parti de Jagmeet Singh. Elle a remporté 41,2 % des voix, une confortable avance sur la libérale Megan Pizzo Lyall (31 %). L’ancienne ministre conservatrice Leona Aglukkaq, qui tentait un retour, a obtenu la troisième position avec 25,8 % des voix.

Mme Mumilaaq Qaqqaq était agente d’employabilité à Nunavut Tunngavik Incorporated et avait précédemment travaillé au ministère de la Santé du Nunavut. Elle s’est fait connaître à l’échelle du pays en 2017 en prononçant un discours à la Chambre des communes, où elle a parlé de l’inégalité des chances pour les Autochtones ainsi que des problèmes de logement et de santé au Nunavut.

Elle a fait de ces thèmes des éléments essentiels de sa plateforme électorale.

Peter Ittinuar est le dernier néo-démocrate à avoir occupé le siège du Nunavut, entre 1979 et 1982, alors que le territoire à l’époque, sous le nom de Nunatsiaq, faisait encore partie des Territoires du Nord-Ouest (TNO). M. Ittinuar allait ensuite devenir libéral.

Participation

Le taux de participation aux élections du 21 octobre a été de 65,95 % à l’échelle du Canada, un chiffre faisant abstraction des citoyens s’étant inscrits le jour même.

Comme en 2011 et en 2015, le Nunavut, avec 48,4 %, a été l’endroit où l’on a le moins voté au Canada.

Le TNO termine second dans cette catégorie, avec un taux de participation de 54,9 %, alors que le Yukon (70,9 %), est au-dessus de la moyenne nationale, comme en 2015, seulement surpassé par la Saskatchewan et l’Île-du-Prince-Édouard.

Le retour de Michael McLeod

Aux Territoires du Nord-Ouest, le libéral Michael McLeod a devancé son plus proche rival, le conservateur Yanik D’Aigle, par un peu plus de 3 000 voix. Pour son second mandat, M. McLeod, qui a occupé par le passé différents postes dans le gouvernement ténois, a remporté 40 % des votes. Il a été suivi par le conservateur Yanik D’Aigle (25,8 %) et la néo-démocrate Mary Beckett (21,8 %).

À 10,6 %, l’avocat Paul Falvo est celui qui a fait le mieux parmi les candidats verts des trois territoires, surpassant de très peu son homologue du Yukon, Leone Morris (10,3 %). Au Nunavut, Douglas Roy n’a su faire mieux que 2,1 % des voix.

« Nous avons eu mille votes de plus que lors des élections de 2015, observe M. Falvo. […] Le pourcentage de votes pour le Parti vert a plus augmenté dans le Nord que dans plusieurs autres parties du Canada. »

Pour M. Falvo, cela signifie que les habitants du Nord se sentent particulièrement concernés par les changements climatiques.

Dans l’ensemble du pays, les verts ont fait élire trois députés, bien loin des attentes verbalisées par leur cheffe Elizabeth May, qui, portée par la vague pro-environnementale actuelle, souhaitait se rendre à 15 sièges et ainsi devenir un parti reconnu, avec un budget afférent.

C’est tout de même deux députés de plus qu’en 2015, alors que seule Mme May avait été élue, dans la circonscription de Saanich—Gulf Islands.

L’avocat a l’intention de demeurer au sein de la formation environnementaliste. Il est d’ailleurs devenu le porte-parole du Parti vert en ce qui a trait à l’Arctique.

Lutte au Yukon

Au Yukon, le libéral Larry Bagnell a remporté son sixième mandat de justesse, 72 votes l’avantageant face à son plus proche rival, le conservateur Jonas Smith.

Celui-ci a dit dans un premier temps qu’il demanderait un dépouillement judiciaire pour ensuite abandonner officiellement l’idée.

« Nous avons donné plus au Nord que n’importe [lequel des partis au pouvoir] dans l’histoire », affirme Larry Bagnell. « Nous allons continuer. Juste avant les élections, nous avons annoncé le Cadre stratégique pour l’Arctique et le Nord du Canada. Nous avons 40 milliards de dollars pour le logement, le Nord en a besoin, nous avons beaucoup de projets d’énergies renouvelables dans le Nord, une Première Nation a un projet avec de nombreux panneaux solaires, l’autre avec trois éoliennes et une autre avec du biodiesel. »

Le député fait valoir que le gouvernement offrira un prêt de 40 000 $ sans intérêt pour isoler des maisons ou les brancher à des panneaux solaires, une offre qui pourrait toucher un million de maisons au pays.

Ces projets et bien d’autres auront besoin de l’appui d’autres partis puisque le gouvernement est minoritaire, précise le député.

Qui est ministrable?

Depuis sa première élection en 2000, M. Bagnell a occupé différentes fonctions au sein du gouvernement. Il a été secrétaire parlementaire des ministères des Ressources naturelles et des Affaires indiennes et du Nord canadien; il a été président ou membre d’un très grand nombre de comités et d’associations parlementaires.

Il est vraisemblable que Justin Trudeau invite un élu du Nord à faire partie de son Conseil des ministres. Il faudra voir si le premier ministre choisit M. Bagnell ou son collègue des TNO, M. McLeod. « Ce n’est pas quelque chose qu’on demande », explique le député du Yukon. « Je n’ai aucune idée. Je suis prêt à faire tout ce que le premier ministre me demande. »

Le néo-démocrate Justin Lemphers s’est classé troisième au Yukon avec 4 475 voix. C’était une première expérience en politique fédérale pour ce président de la Fédération des travailleurs du Yukon.

« La perte de sièges est décevante, concède-t-il, à propos de la performance du NPD à l’échelle canadienne. Mais nous avons encore un grand bilan, un leader merveilleux et une voix forte, et ça veut dire que nous avons encore la force de l’initiative. Il faut mettre à profit cette énergie et […] nos succès puis construire la base dans les régions où nous avons perdu. »

M. Lemphers appelle à une réforme électorale qui refléterait vraiment le vote des gens. En attendant, le NPD est en position de s’allier avec le Parti libéral pour certains votes.

« Je sais que M. Singh va poursuivre le programme avec lequel il est entré dans les élections », de dire le candidat défait. C’est-à-dire, « s’assurer que la vie des Canadiens soit abordable et que l’on s’occupe de l’environnement ».

M. Lemphers dit avoir un plan à long terme en politique et il continuera à militer.

La plateforme du Parti libéral

Le Parti libéral s’est engagé à diminuer le coût de la vie des Canadiens par plusieurs mesures. Spécifiquement pour les gens du Nord, il a promis d’augmenter jusqu’à 1 200 $ les frais de déplacement déductibles.

En ce qui a trait à la Loi sur les langues officielles, Justin Trudeau a promis de renforcer les pouvoirs du commissaire aux langues officielles, de nommer exclusivement des juges bilingues à la Cour suprême du Canada et de dénombrer les ayants droit.

Le Parti libéral s’est engagé à combler l’écart entre les Autochtones et le reste des Canadiens au chapitre des infrastructures, notamment le logement.

Il a également promis de doter la Loi sur les langues autochtones d’un financement à long terme prévisible et suffisant.

Il a affirmé qu’il réaliserait des investissements dans les communautés inuites afin de délaisser le diesel pour des énergies renouvelables.

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