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Un nombre affolant

Un nombre affolant

Cécile Girard

Le vendredi 4 octobre dernier, quelque deux cents endroits au pays ont tenu des vigiles pour 600 Canadiennes d’origine autochtone* qui ont été assassinées ou portées disparues au cours des dernières décennies. Les vigiles Sœurs par l’esprit exigent une enquête publique sur ce trou béant qui défigure la société canadienne.

Ces femmes se sont effacées une à la fois par un soir d’été étouffant ou une nuit de tempête hivernale et n’ont jamais été revues. Happées par la violence, la démence, l’indifférence, qui sait? Un bon nombre d’entre elles avaient déjà connu des agressions dans l’enfance ou l’adolescence. Elles étaient des libellules aux ailes écrasées, des louves ne sachant plus hurler, des âmes saignées à blanc avant de tomber entre les mains de leur agresseur. Leurs restes sont enfouis dans un fossé quelconque ou dans le fond d’un ravin, près d’un ruisseau oublié. Leur dernier sourire sommeille dans le cœur de leurs amis ou de leur famille. Leurs sœurs par l’esprit ne les ont pas oubliées.

Elles seraient plus de six cents… Ce nombre affolant qui donne la chair de poule ne suscite pas beaucoup d’intérêt au sein du gouvernement fédéral. L’enquête publique ne semble pas être dans son programme. Saluons toutefois la décision de Ryan Leef, député fédéral du Yukon qui a choisi de ne pas suivre la ligne de son parti et croit aussi qu’une enquête est nécessaire.

En août dernier, le Canada a rejeté la demande d’un organisme des Nations unies exigeant une enquête nationale dans le but de mettre fin à la violence envers les femmes autochtones.

Le Canada a refusé…

Six cents personnes… Ce nombre est incroyable. D’aucuns affirment que plusieurs d’entre elles ont voulu échapper à leur quotidien et sont allées refaire leur vie ailleurs. Elles auraient fugué. Nul ne sait trop où… Disons donc que 600 est un nombre trop lourd et qu’elles ne seraient que 500 ou encore que 400 et même que 200… et disons qu’elles ne seraient qu’une. Supposons que cette femme autochtone canadienne disparue sur la route des larmes, ou dans le quartier East Side de Vancouver ou n’importe où ailleurs au pays soit la fille d’un politicien ou d’une politicienne connue.

Vous me voyez venir? Que ce soit avec mes gros sabots, peu importe.

Un rapport de 2009 de Statistique Canada (La victimisation avec violence chez les femmes autochtones dans les provinces canadiennes, 2009)

révèle que les femmes autochtones sont trois fois plus victimisées que les femmes non autochtones. Elles sont aussi surreprésentées parmi les victimes d’homicides. Près des deux tiers des femmes autochtones victimisées ont moins de 35 ans. La plupart des incidents violents envers les femmes autochtones ne sont pas signalés à la police.

Il y a des vies qui ont plus de valeur que d’autres. Si vous êtes autochtone et que vous êtes une femme, votre vie a moins de valeur que celle d’une autre Canadienne. Oserait-on prononcer le mot racisme?

Au Yukon, seulement les femmes autochtones sont deux fois plus nombreuses à se faire agresser que les Yukonnaises d’autres origines.

Seule une commission d’enquête peut révéler l’ampleur du problème de violence endémique vécue par les femmes autochtones à la grandeur du pays. Pourquoi est-ce si difficile de la mettre sur pied? D’ou vient ce refus systématique de vouloir laisser entrer la lumière?

Cela suffit!

* Ces chiffres proviennent de l’Association des femmes autochtones du Canada.

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