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Travailler en dehors de la normalité

Julien Latraverse

La métamorphose du travail se manifeste sous plusieurs angles. Certains travaillent de la maison, d’autres en contact direct avec la communauté. Pour tout le monde, la réalité a été modifiée, mais qu’en est-il de ces personnes qui travaillent dans des emplois désignés essentiels?

Le camion d’Yves Lafond est prêt à repatir sur la route.
Photo : Julien Latraverse

 

Issus de trois métiers différents, un boulanger, un camionneur et une éducatrice en petite enfance partagent du point de vue de leur profession cette nouvelle normalité.

Mesures d’hygiène renforcées

Quel que soit le milieu de travail, tout le monde s’entend pour dire qu’ils vivent un point commun : un resserrement des protocoles sanitaires. Marianna Picard souligne l’importance de ces mesures dans le cadre de son emploi d’éducatrice à la petite enfance à la Garderie du petit cheval blanc. « Les parents sont très inquiets en ce moment, et avec raison », expose-t-elle. Elle explique aux familles les moyens entrepris à la garderie pour éviter toute contamination de ce milieu vulnérable. « Toutes les pièces sont limitées à cinq personnes incluant la personne en charge », cite-t-elle en exemple. En outre, elle assure que « tous les objets manipulés au cours de la journée » sont désinfectés.

Cet effort pour empêcher toute contamination est également une des nouvelles réalités pour Clément Chrétien, un boulanger à l’Alpine Bakery. « On n’a plus aucun contact avec la clientèle », illustre-t-il. Un mal nécessaire, compte tenu de la précarité du milieu de la restauration, pense M. Chrétien. « On est ouvert pour l’instant, mais on ne sait jamais quand cela peut changer. » Un suivi strict des mesures de sécurité est actuellement en place pour toutes les entreprises de restauration dans le territoire.

À l’inverse, camionneur depuis « 35 ou 40 ans », Yves Lafond ne craint pas un potentiel arrêt de travail. « On était considéré comme des services essentiels bien avant la pandémie, surtout dans le Nord », indique-t-il. En effet, celui-ci livre du pétrole dans les communautés reculées du Canada, tel qu’Inuvik. « Sans nous, ils n’ont pas d’électricité, car ils l’utilisent pour les génératrices », démontre M. Lafond.

Peser le pour et le contre

L’aspect le plus difficile à gérer dans cette nouvelle normalité réside dans l’exposition au risque. Comme le témoigne Marianna Picard, le nuage de la COVID-19 planait au-dessus des têtes de la direction et de son personnel. « Il y a deux choix : est-ce qu’on s’implique auprès de la communauté ou on reste en sécurité avec sa famille? » Elle nuance néanmoins ses propos en affirmant qu’il n’existe pas de bonne ou de mauvaise décision.

Certes Clément Chrétien ne semble pas changer le monde avec ses croissants, pourtant il entrevoit cette problématique avec une nouvelle motivation. « On entend à la radio l’importance de manger sainement, de manger biologique […], ça me fait chaud au cœur de contribuer à ça », raconte avec optimisme le boulanger à l’Alpine Bakery.

Yves Lafond évoque l’impact des camionneurs sur la population par ce simple geste des habitants d’Inuvik. « Il y a des pancartes en bordure de la route, entre l’aéroport et la ville où il était écrit Thank you truckers, c’était comme s’ils nous disaient : lâchez-nous pas! », révèle avec empathie M. Lafond.

Malgré l’incertitude et le doute de cette période, ces travailleurs espèrent néanmoins avoir un impact positif sur la communauté. « C’est difficile de rester confiant, mais on est décidé à passer au travers », conclut l’éducatrice en petite enfance depuis sept ans à la Garderie du petit cheval blanc, Marianna Picard.

Le gouvernement du Yukon a mis en place une ressource en ligne afin de catégoriser tous les services essentiels. Cette rubrique est mise à jour selon les directives des autorités sanitaires, en plus de dresser les lignes directrices auxquels les travailleurs doivent se soumettre. 

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