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Toujours plus loin, toujours plus fort

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Thibaut Rondel

Ils étaient venus des quatre coins du monde avec l’ambition de repousser leurs limites physiques et mentales. Pour nombre de participants à la course d’endurance Yukon Arctic Ultra, l’aventure de cette année aura cependant tourné court. En fin de semaine, les températures glaciales qui se sont abattues sur les athlètes ont conduit les organisateurs à mettre l’épreuve sur pause le temps de gérer les abandons et d’évacuer les blessés. À l’heure de boucler le journal, les plus solides — que l’on comptait sur les doigts de la main — poursuivaient leur périple pour achever les 300 milles séparant Whitehorse de Pelly Crossing.

L’engouement des athlètes amateurs à vouloir se confronter au pire relève d’un phénomène relativement nouveau. Alors que les réalisations des sportifs de distance restaient jusqu’alors généralement confinées à un cadre conservateur et codifié, le développement de compétitions et des disciplines extrêmes comme l’Ironman et l’ultratrail est aujourd’hui venu bouleverser un univers de course devenu pour certains presque routinier. De nos jours, la course à pied n’appellerait plus à un tour de quartier matinal, mais à une performance chronométrée de plusieurs dizaines de kilomètres en montagne.

On pourrait distinguer dans cette nouvelle soif de performance extrême la volonté de s’émanciper d’une sédentarisation imposée cinq jours sur sept à bon nombre de travailleurs de bureau. À l’heure où se multiplient les bullshit jobs popularisés par David Graeber, la rédemption pourrait donc passer par le sport extrême.

Ce grand écart pourrait réellement avoir des allures de rébellion sociale si seulement ses adeptes n’emportaient pas avec eux sur les pistes les codes et les outils auxquels ils prétendent se soustraire lorsqu’ils prennent la tangente.

Quand de nombreux athlètes arpentent les chemins pour le seul plaisir de l’effort et la récompense des paysages, d’autres aiguisent dans les montagnes leur esprit de compétition et leur sens de la productivité. Comme une façon de se garder une petite gêne au moment de laisser la nature les éloigner de leur zone de confort.

Le marché de la course à pied est bien sûr là pour les aider. Jadis, une paire de chaussures suffisait pour tutoyer la piste. Aujourd’hui a explosé toute une gamme de produits superflus. Pour jauger de son propre niveau de forme et promouvoir ses temps de course sur les réseaux sociaux, le coureur moderne part désormais équipé d’une montre connectée et d’un cardio fréquencemètre. Le textile, l’alimentation et les accessoires de course génèrent également ces dernières années des profits record. D’une activité gratuite, la course à pied s’est ainsi muée en un marché d’affaires florissant.

Peu importe. Les standards des compétitions et les objectifs des coureurs amateurs ont également changé. La priorité n’est plus de décrocher une place honorable au tableau final. Aujourd’hui, la vraie victoire consiste à ne pas abandonner. Une leçon de vie?

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