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Tensions autour du barrage de la rivière Aishihik

Nelly Guidici

La majeure partie de l’électricité du territoire est produite par le barrage hydroélectrique du fleuve Yukon. Cependant, en hiver, c’est le barrage de la rivière Aishihik situé à 70 kilomètres à vol d’oiseau au nord-est du village de Haines Junction qui prend le relais en fournissant entre 40 % et 50 % de la demande d’électricité.

Des couches de glace et de sédiments d’une profondeur de plus de deux mètres sur la rivière Aishihik, en aval de l’installation hydroélectrique, créent des conditions infranchissables pour les personnes et les animaux.
Photo : Premières Nations de Champagne & Aishihik

Construit entre 1972 et 1975 par la Commission d’énergie du Nord canadien pour répondre à la demande d’électricité de la mine de Faro, le projet n’a pourtant pas fait l’objet d’une étude d’impact sur la population autochtone à cette époque. Dans les années 1960, les familles vivant dans le village de Äshèyi (aujourd’hui Aishihik) au nord du lac du même nom furent relocalisées à Haines Junction. Entre 1995 et 2002, une licence d’exploitation expirant fin 2019 fut émise par l’Office des eaux du Yukon (Yukon Water Board) et délivrée à la Société d’énergie du Yukon. Il y a deux ans, les Premières Nations de Champagne & Aishihik et la Société d’énergie du Yukon sont entrées dans un Protocole d’Accord afin de surmonter les difficultés passées et trouver un terrain d’entente dans le mode de fonctionnement du barrage.

Désaccords et rupture de la communication

En septembre 2018, alors que les deux parties s’étaient entendues sur le fait que les opérations futures de la centrale devaient permettre une protection de l’environnement direct, plusieurs points de désaccord ont émergé notamment en ce qui a trait à la faune et à la flore du lac Aishihik.
Les Premières Nations de Champagne et Aishihik attestent, contrairement aux dires de la Société d’énergie du Yukon, que l’environnement n’est pas sain : « Le lac n’est pas en bonne santé et il y a des impacts environnementaux clairement visibles. Le fait qu’il n’y ait plus d’eau ni de poissons dans des zones où il y en avait auparavant est réel » pense Rose Kushniruk, chef adjointe au sein des Premières Nations, « notre savoir traditionnel autochtone fait partie intégrante de l’évaluation des impacts de la centrale hydroélectrique d’Aishihik. L’intégration des connaissances traditionnelles autochtones est désormais un lieu commun dans le développement du projet. À notre avis, le savoir traditionnel est un élément essentiel de la science et les personnes qui connaissent le mieux le lac au sein de notre Première Nation ne le considèrent pas comme étant sain. »
Janet Patterson, gestionnaire de la communication au sein de la Société d’énergie du Yukon, estime pour sa part que le savoir traditionnel autochtone est très important. C’est pourquoi la Société a financé des études de terrain dont le rapport final n’a pour l’heure jamais été transmis : « il aurait dû être rendu il y a un an et nous ne l’avons toujours pas vu, c’est très décevant, car nous n’avons donc pas pu l’inclure dans la Loi sur l’évaluation environnementale et socioéconomique au Yukon (aussi appelé Yukon Environmental and Socio-economic Assessment Act (YESAA). » En effet, se retrouvant dans une impasse, la Société d’énergie du Yukon a décidé de passer à l’étape suivante du processus en faisant une proposition au YESAB [Commission d’évaluation environnementale et socioéconomique du Yukon] alors même qu’aucun consensus n’a été trouvé avec les Premières Nations concernées.

L’option d’une prolongation de temps pour sortir de l’impasse

La raison principale avancée par la Société d’énergie du Yukon est que sa licence actuelle de fonctionnement du barrage se termine à la fin de l’année 2019 et que le temps restant n’est pas suffisant pour discuter davantage avec les Premières Nations. De son côté, Mme Kushniruk avance que des extensions de licence sur une courte période peuvent être faites. Cette situation s’est déjà présentée pour les opérations de fonctionnement du barrage du lac Fish : « Il y a de la flexibilité dans les extensions de licences dans le but d’accommoder les besoins d’une planification complète avant qu’une licence sur le long terme soit délivrée. » Cependant, selon Mme Patterson, la Société d’énergie du Yukon ne considère pas cette option à court terme : « Obtenir une licence d’extension n’est pas une tâche simple. Avant même que nous puissions faire une demande à l’Office des eaux du Yukon, nous devons passer par la procédure auprès du YESAA. Nous pourrons envisager une extension lorsque nous aurons progressé dans le processus, mais à l’heure actuelle une demande d’extension ne fait pas partie de nos plans ».

Le respect mutuel au cœur des discussions

Alors que les Premières Nations de Champagne & Aishihik souhaitent trouver une solution qui permette à la faune et à la flore du lac de retrouver un niveau satisfaisant de “santé”, la Société d’énergie du Yukon qui se dit disposée à reprendre les discussions, n’accepte pas le fait que les citoyens directement concernés par le projet souhaitent voir le lac revenir au niveau qu’il avait avant l’installation du barrage. Mme Kushniruk tempère ses propos et précise : « Certaines des options que nous considérons comme acceptables engendreraient une réduction de moins de 3 % de la capacité de production. Yukon Energy ne perdra pas sa capacité de production. »

La chef adjointe estime que la réaction de la Société d’énergie du Yukon a été irrespectueuse, mais espère malgré tout reprendre les négociations sous le signe de la bonne foi et du respect : « Il faut que la relation de travail entre nous soit respectueuse, mutuellement acceptable et basée sur le Protocole d’Accord » conclut-elle.

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