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Stéphanie Ledoux ou l’art du carnet de voyage

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Nelly Guidici

On ne sait pas de quoi demain sera fait et cela est vrai aussi pour le voyage. Après mon accident de la route au Mexique, nous avons réfléchi et décidé de commencer un nouveau voyage. Mais en France, cette fois-ci. En effet, les nombreuses véloroutes qui parsèment l’Europe d’ouest en est, et du nord au sud nous ont semblé la meilleure option. Et je dois dire que le canal du Midi, avec sa piste cyclable appelée « Entre deux mers » puisqu’elle relie l’Océan Atlantique à la mer Méditerranée, est un vrai bonheur. Tranquillité d’esprit et paix de l’âme retrouvée, nous avons repris notre rythme de croisière au départ de Toulouse le 22 avril 2016. À Toulouse, aussi appelée la ville rose, j’ai pu être en contact avec une artiste voyageuse qui fait des carnets de voyage absolument sublimes et qui, comme nous, privilégie la lenteur : « Croquer en voyage est la garantie d’observer et de s’obliger à voyager lentement, plutôt que de parcourir le pays à toute vitesse. » Pour cet avant- dernier article, je vous invite donc à découvrir l’univers envoûtant de Stéphanie Ledoux.

L’artiste Stéphanie Ledoux sillonne le globe et rapporte de ses voyages des carnets dont le portrait est un prétexte à la rencontre avec l’autre. Photo: Éric Lafforgue

L’artiste Stéphanie Ledoux sillonne le globe et rapporte de ses voyages des carnets dont le portrait est un prétexte à la rencontre avec l’autre. Photo: Éric Lafforgue


Quand avez-vous fait votre premier carnet de voyage et quel sentiment cela vous a-t-il procuré?

Mon premier carnet de voyage remonte à mes 13 ans. J’ai commencé par un journal de bord, à titre personnel. Il y avait des petits collages, mais petit à petit, il y a eu de plus en plus de matière. Le portrait est venu très tard. J’avais peur de déranger, que les gens jugent ce que je faisais. Quand j’ai un peu pris confiance en moi, j’ai commencé les portraits, j’avais 18 ou 20 ans. J’ai alors réalisé que le dessin déclenchait des rencontres. En dessinant, on est plus qu’un simple touriste de passage. Du coup, je me suis servie du dessin comme prétexte à la rencontre.

Combien de carnets avez-vous?

Aujourd’hui, j’en ai accumulé 80 dans ma bibliothèque!

Quelles sont les destinations que vous privilégiez pour faire un carnet?

La Birmanie! Je ne cesse de le répéter, mais c’est mon pays coup de cœur. Le contact avec les habitants y est sincère et chaleureux, les Birmans sont d’une hospitalité et d’une générosité sans pareille, sans doute du fait que le pays est demeuré fermé par la dictature pendant de longues décennies, et que les habitants ont profondément envie de découvrir l’extérieur. J’espère que l’ouverture récente au tourisme ne changera pas ce contact privilégié et désintéressé. On crée là-bas de vraies amitiés qui résistent au temps qui passe, si on se donne la peine de les entretenir! Et cerise sur le gâteau, les pagodes et les paysages sont magnifiques. Cette ambiance de ferveur bouddhiste est envoûtante.

Est-ce que vous travaillez sur votre carnet pendant le voyage ou faites-vous du travail de préparation avant et après le voyage en lui-même?

Mon travail se fait en deux étapes : en voyage, la « prise de notes ». Je remplis des carnets de voyage avec des croquis, des collages et des textes, tous faits sur place. Et au retour à l’atelier, je m’attaque à des toiles plus grandes, nourries par l’inspiration du voyage. Je maroufle un fond collé de papiers glanés sur la route. Et les visages que j’avais croqués à la hâte en voyage reprennent vie de façon plus détaillée, appliquée. J’ai le confort de mon atelier, et du temps devant moi. Contrairement aux conditions de croquis de terrain qui sont plutôt inconfortables et rapides.

De quelle façon le portrait vous permet-il de rentrer en contact avec les gens?

On arrive humble, avec un matériel minimaliste : des feuilles volantes, un crayon et un taille-crayon (je fais peu de couleurs sur le terrain), et on prend le temps de s’intéresser aux gens. Ils sont flattés, étonnés de voir qu’avec si peu on peut capter le réel, et s’identifient parfois, m’empruntant du matériel de dessin à leur tour! Le dessin est un médium universel qui dépasse la barrière de la langue. C’est moins agressif que de braquer un gros objectif d’appareil photo sur des gens qui ne sont pas habitués. Et ça laisse le temps à l’échange, avec le modèle lui-même, mais aussi avec tous les curieux qui ne manquent pas de venir regarder par-dessus mon épaule. On rit, on s’étonne, on admire, on se moque, mais ça ne laisse pas indifférent. Et il y a souvent un bel échange une fois le dessin terminé (et offert de temps en temps).

Correspondante de l’Aurore boréale et spécialiste des Premières nations du Yukon, Nelly Guidici s’est lancée sur les routes d’Amérique avec son conjoint et leur petite fille. Retrouvez chaque mois son carnet de voyage dans les pages de votre journal communautaire ainsi que sur son blogue.

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