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Song of the Whale : perspectives océaniques au Centre des arts du Yukon

Marilyn Ferland

Le 12 décembre dernier, le Centre des arts du Yukon a présenté en grande première Song of the Whale, la toute nouvelle exposition de l’artiste multidisciplinaire Joyce Majiski, dont l’œuvre centrale est la réplique du squelette d’une baleine à bosse en taille réelle, sculptée dans des résidus de plastique océanique.

L’exposition Song of the Whale est visible au Centre des arts jusqu’au 25 février. Cette réplique du squelette d’une baleine à bosse a été construite à partir de mousse de polystyrène trouvée sur les plages. L’exposition The Waters of the Humpback avec les artistes Irene Carlos, Cristina Luna et Natasha van Netten est également présentée aux mêmes dates.
Photo : Marilyn Ferland

 

Annuellement, environ 8 millions de tonnes de déchets plastiques finissent dans les océans et les baleines retrouvées échouées avec plusieurs kilos de débris dans l’estomac se comptent dorénavant par dizaines. Aux côtés des artistes internationales Irene Carlos, Cristina Luna et Natasha van Netten, qui présentent conjointement Waters of the Humpback dans la même salle, la Yukonnaise Joyce Majiski témoigne avec sa dernière création de l’ampleur de la problématique.

Les œuvres de Mme Majiski ne sont pas étrangères dans le paysage yukonnais. Des pièces comme la murale Magic of Libraries affichée à la Bibliothèque publique de Whitehorse et l’installation Winging North, un ensemble de 30 oiseaux en cuivre suspendus dans le hall du Centre des Jeux du Canada, sont déjà bien connues du public.

Cependant, l’œuvre dévoilée lors du vernissage samedi dernier se distingue des précédentes par sa taille. D’une longueur de onze mètres et composée de 177 os sculptés dans de la mousse de polystyrène, la structure osseuse suspendue en plein centre de la salle d’exposition est imposante. « C’est la première fois que je réalise quelque chose dans d’aussi grandes dimensions, avoue la créatrice. Toute l’affaire a été un énorme processus d’apprentissage pour moi, une grande suite d’essais et d’erreurs. »

Pour réaliser cette œuvre, l’artiste s’est rendue au Musée de la biodiversité Beaty de l’Université de Colombie-Britannique en septembre 2019. Elle y a étudié les véritables ossements d’une baleine à bosse femelle juvénile afin d’en produire une copie parfaite.

L’ensemble des matériaux utilisés pour la confection de ce projet proviennent de matières plastiques repêchées sur les littoraux, avec la collaboration de Ocean Legacy, un organisme à but non lucratif qui lutte contre la pollution plastique et contribue au nettoyage des océans.

Du point de vue de l’océan

L’une des aspirations de Joyce Majiski avec cette exposition est de décentrer la perspective du visiteur pour la repositionner du côté de celle de la nature. Si l’océan pouvait parler, que dirait-il ? Et saurions-nous l’écouter ? « Dans un monde où nous avons accès à plus d’information que jamais auparavant, […] nous avons pourtant perdu la faculté de nous arrêter et d’écouter », peut-on lire sur la page Internet du projet.

Pour créer une expérience immersive, des images projetées sur la structure confèrent une atmosphère aquatique à l’espace, donnant l’impression aux visiteurs d’être plongés sous l’eau. Un banc de poissons, confectionnés eux aussi à partir d’emballages de plastique récupérés des eaux, flotte aux côtés du gigantesque squelette.

L’ambiance sonore, élaborée par le compositeur et musicien Daniel Janke, symbolise une conversation entre l’océan et l’humanité. On peut y entendre des bruits de forages sous-marins et de sonars industriels cohabiter avec des chants de baleine. « Les visiteurs partagent ainsi l’espace de la baleine pendant un instant et expérimentent l’impact des attaques sonores auxquelles elles sont exposées », explique Mme Majiski.

Un activisme qui se renouvelle

Avant de se consacrer à l’art à temps plein, Joyce Majiski a longtemps poursuivi une carrière de biologiste et de guide naturaliste. « Toute ma vie, j’ai milité pour l’environnement, raconte-t-elle. À l’époque où j’étais biologiste, je me suis fortement impliquée dans la lutte contre le projet d’exploitation pétrolière sur le territoire de la harde des caribous Porcupine. 30 ans plus tard, nous nous retrouvons encore à devoir nous battre pour le même problème. Lorsque l’environnement sera enfin réellement protégé pour de bon, nous pourrons arrêter de militer. Mais ce n’est pas encore le cas. »

La voix de l’art est-elle plus efficace que celle de la science? « Elle n’est pas meilleure ou plus efficace, elle est seulement différente, répond l’artiste. Les faits et les chiffres peuvent certainement éveiller les consciences, mais l’art permet de poser des questions sous différentes perspectives. Les deux voix sont complémentaires. »

Joyce Majiski aux côtés de son banc de poissons de plastique.
Photo : Marilyn Ferland

 

Joyce Majiski rappelle que ce projet d’envergure n’aurait pas pu être possible sans tout l’appui reçu de la communauté. « Merci à tous ceux qui m’ont supportée dans cette aventure. La communauté yukonnaise est absolument extraordinaire. »

Les expositions Song of the Whale et Waters of the Humpback sont présentées au Centre des arts du Yukon jusqu’au 25 février 2021.

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