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Service d’interprétation en santé. Quand la barrière de la langue devient un obstacle au bien-être.

Maryne Dumaine

Naviguer dans le système de santé n’est pas chose aisée. Quand on a besoin d’aller voir un médecin, c’est souvent dans des moments de vulnérabilité. Alors, quand la barrière de la langue entre en jeu, il peut être intéressant d’être accompagné de quelqu’un habilité à nous aider à comprendre et à nous faire comprendre. Le Partenariat communauté en santé (PCS) met en place un projet qui permettra, sur demande, de se faire accompagner aux services de santé pour obtenir de l’interprétation personnalisée.

Angèle Brunelle, directrice de l’organisme Accueil francophone de Thunder Bay (à g.), Sandra St-Laurent et Madeleine Girard.
Photo : Maryne Dumaine

 

Que l’on soit à l’aise ou pas dans la langue de Shakespeare, une visite chez le médecin, ce n’est pas la même chose que se rendre au théâtre. « Saisir les grandes lignes » n’est pas suffisant.

Mme Angèle Brunelle, directrice générale de l’Accueil francophone de Thunder Bay, a passé trois jours à Whitehorse afin de former trois personnes-ressources en accompagnement pour l’interprétation des services de santé.

Un besoin de longue date

« Il y a quelques années, une étude nationale avait montré quels sont les types d’interprétation et de navigation du système de santé en milieu minoritaire », explique Mme Sandra St-Laurent, directrice du PCS. À cette époque, l’organisme yukonnais avait alors déjà fait venir une personne de l’Accueil francophone de Thunder Bay, afin d’identifier ce qu’il était possible de mettre en œuvre au territoire. « Dans notre cas, nous n’aurons probablement jamais 100 % de services en français au Yukon pour la santé, pour diverses raisons. Ce projet se présente donc une bonne solution de rechange », ajoute-t-elle.

Pour le moment, le parcours en cas de besoin de services en santé francophone commence par la recherche des services nécessaires en français. Le PCS vient d’ailleurs de publier un guide destiné à les identifier. Cependant, il reste qu’il n’y a pas toujours la concordance entre les besoins et les services. « C’est dans ce cas-là qu’on peut faire appel à une personne pour faire l’interprétation. »

Thunder Bay, une situation similaire à celle du Yukon

Mme Brunelle travaille depuis de nombreuses années pour l’organisme Accueil francophone de Thunder Bay. Les services d’interprétation sont le pilier de l’organisme qui se situe dans un milieu relativement similaire à celui du Yukon, en matière de population. « Notre population francophone à Thunder Bay est de 2,8 %, et 4,8 % en région ». Depuis 30 ans, cet organisme fournit des services aux clients d’expression française et aux professionnels de la santé, incluant les médecins, les dentistes, les infirmières, les physiothérapeutes, les ergothérapeutes, les pharmaciens et autres intervenants. Le concept se base sur des services d’interprétation de qualité, confidentielle et professionnelle.

Le service s’adresse donc au public, mais aussi aux professionnels de la santé qui pourront tous obtenir ce service gratuitement.

Accompagner pour aller au-delà de la simple traduction

Trois personnes ont été identifiées comme accompagnatrices. Madeleine Girard, Sandra St-Laurent et une troisième personne qui sera également formée prochainement. Il s’agira de postes rémunérés.

Sandra St-Laurent fait de l’accompagnement informel depuis déjà plus de quinze ans. « Je sais qu’il y a de la demande, et pour le moment, ce n’était pas un service formel. Je suis convaincue qu’il y aura de la demande, probablement aussi de la part de personnes qui ne connaissent pas encore le PCS. » En tout, le PCS offrira une quinzaine d’heures de ce service par semaine.

Au-delà de la traduction, ce service, qui devrait être mis en place dès cet automne, permettra à la personne accompagnatrice d’aider le patient ou la patiente à naviguer dans le système de santé. « Par exemple, si la personne a un rendez-vous médical, qu’elle doit ensuite aller à la pharmacie, puis voir un physio… Nous l’accompagnons dans tous ces lieux différents. Nous pouvons suivre le patient », explique Mme Brunelle. « Il s’agit d’aider le client à comprendre le système de santé pour qu’il puisse prendre les meilleures décisions », ajoute-t-elle.

Il existait déjà des services d’interprétation par téléphone à l’hôpital. Mais les patients qui ont déjà eu recours à ce service conviendront qu’il s’agissait d’un dernier recours. « Par téléphone, on ne parle pas d’accompagnement, mais juste de traduction », soutient Mme Brunelle qui ajoute également qu’il y a aussi beaucoup d’expression corporelle à prendre en compte. « Si le patient fronce les sourcils, les interprètes aussi doivent froncer les sourcils, car le professionnel de la santé regarde l’interprète, et non le patient. C’est un tout autre niveau au-delà de la traduction. »

À qui s’adresse ce service?

« Les personnes qui ont vraiment une barrière linguistique vont aller chercher les services francophones, c’est certain. Mais le risque est plus grand pour les personnes qui se “débrouillent”, jusqu’à maintenant », explique la directrice du PCS. Prenons l’exemple d’une personne dont on a diagnostiqué une maladie chronique. Elle aura désormais des rendez-vous médicaux réguliers avec des spécialistes. Si jusque-là cette personne naviguait dans le système de santé aisément pour des soucis minimes, elle risque cependant de ne pas comprendre l’intégralité des discussions avec les professionnels de la santé qui l’encadreront dans son nouveau diagnostic.

Les professionnels de la santé pourront également faire appel au service lorsqu’ils ont un rendez-vous planifié avec une personne francophone. Car il s’agit de bien faire comprendre les défis du patient au professionnel tout autant que les recommandations médicales vers le patient.

Un service qui servira donc autant aux francophones yukonnais qu’à tous les professionnels de la santé.

Pour plus de renseignements : pcsyukon@francosante.org

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