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Se nourrir localement au yukon

Agnès Viger

Sous un climat subarctique, cultiver des denrées et exploiter une ferme animale au Yukon est souvent un défi pour les agricultrices et agriculteurs. Pourtant, les produits agricoles sont particulièrement variés et il est possible, lorsqu’on est bien renseigné, de se nourrir exclusivement d’aliments locaux.

Kim Melton travaille sur son verger depuis un peu plus de cinq ans, mais elle a rejoint son partenaire John Lenart, qui a été le premier producteur de pommes du Yukon, il y a une trentaine d’années. Photo fournie.

 

Les hivers longs, obscurs et rudes ne sont pas idéaux pour les méthodes d’agriculture contemporaines. Heureusement, le soleil de minuit apporte un équilibre, les fruits et légumes poussant presque deux fois plus vite qu’en climat tempéré.

Il est possible d’acheter des pommes poussées au Yukon. Photo fournie.

 

En 2017-2018, Suzanne Crocker et sa famille se sont lancé comme défi de manger exclusivement local pendant un an.  Habitants de la ville de Dawson, ils ont eu le soutien des fermes de la région ainsi que des Premières Nations. Le documentaire First We Eat relate leur expérience réussie. « Aujourd’hui encore, environ 90 % de notre alimentation est constituée d’aliments locaux. Tous nos poissons, viandes, légumes, baies, œufs et produits laitiers proviennent de la région. C’est bon de savoir que c’est possible, et ce, avec une grande variété d’aliments », explique Suzanne.

Des méthodes d’agriculture sortant de l’ordinaire

Au territoire, 68 fermes sont enregistrées auprès de l’Association agricole du Yukon et quelques-unes parviennent à proposer des produits été comme hiver, grâce à des méthodes diversifiées. Par exemple, certains légumes sont récoltés tardivement, car ils se conservent bien par température négative, comme les oignons et les choux – qui gagnent un goût plus sucré après les gelées. Pour d’autres plantations, il est impératif de les protéger du froid. « Nous abritons nos arbres fruitiers dans des serres, sous des bâches, et nous créons une couche isolante avec la neige pour les protéger du vent et du gel. Quand il fait très froid, nous y installons une bougie pour conserver la chaleur », explique Kim Melton, propriétaire d’un verger dans le Klondike.

Il existe un vieux dicton yukonnais qui dit : « En été, nous mangeons au-dessus du sol ; en hiver, nous mangeons en dessous du sol. » Des chambres froides souterraines et des caves à légumes ont été creusées par certains producteurs afin de faire pousser des légumes racines et des pommes de terre à l’année ou pour conserver certains arbres craignant les gelées. Ces chambres conservent une température de 2°C à 4°C. Plusieurs producteurs font également pousser des champignons en intérieur à l’année.

Les changements climatiques étant plus fortement ressentis dans le Grand Nord, les exploitant.e.s agricoles ont graduellement diversifié les denrées produites dans le but de devenir plus autosuffisants. Dans la région de Whitehorse, les fermes utilisant les méthodes hydroponiques permettent ainsi une production continue tout au long de l’année.

Quelques clés pour consommer local

La majorité des épiceries du territoire proposent des produits locaux, souvent clairement étiquetés. On trouve également des marchés fermiers à Whitehorse, Dawson, Haines Junction et Mayo. Plusieurs initiatives de distribution en circuit court ont été mises en place, généralement sous forme de livraisons hebdomadaires de paniers de fruits et légumes frais. Un grand nombre de restaurants s’approvisionnent aussi auprès des fermes locales.

Il existe des des marchés fermiers dans plusieurs communautés du Yukon comme ici à Dawson. On en trouve à Whitehorse, Haines Junction et Mayo. Photo : Kim Melton.

 

 

Acheter directement chez le producteur est une autre solution. Certaines fermes sont même tenues par des francophones, comme celles de Sarah Ouelette et d’Alexandre Poitras. Une liste des fermes et des différents moyens de les contacter est accessible sur le site de l’Association agricole du Yukon (yukonag.ca/yukon-farm-guid).

Les Yukonnaises et les Yukonnais qui souhaitent consommer local doivent aussi penser à stocker leurs denrées. « Apprendre à conserver les aliments pour l’hiver est étonnamment facile », affirme Suzanne Crocker. La grande majorité des produits peut être mise en conserve, séchée, fermentée, gardée dans un cellier ou congelée. Pour développer une alimentation plus diversifiée, le recours au jardinage – chez soi ou via un jardin communautaire –, à la cueillette, la pêche et la chasse doivent aussi être envisagés.

 


QUELLES PLANTES CULTIVER AU YUKON ?

Certaines semences poussent particulièrement bien au Yukon, comme les asperges, aubergines, betteraves, betteraves à sucre, brocolis, carottes, citrouilles, concombres, courges, courgettes, choux, choux rave, épinards, haricots, kales, maïs, pommes de terre et tomates.

 


PÉCHER AU YUKON

Les lacs et les rivières du territoire du Yukon sont riches en poissons, notamment en truites, brochets et ombles de l’Arctique. Le permis de pêche saisonnier coûte 15,64  $ pour les adultes résidants et est gratuit pour les moins de 16 ans. Lors de l’achat du permis de pêche, une brochure est fournie au pêcheur ou à la pêcheuse expliquant les réglementations en place. Il faut un permis spécial pour la pêche au saumon et les quotas changent annuellement pour suivre la politique de conservation la plus récente.

 


QUELQUES PISTES POUR CONSERVER SES ALIMENTS EN HIVER

À congeler : baies, choux de Bruxelles, choux-fleurs, brocolis, oignons, ails, viandes, poissons, herbes aromatiques, tomates, courgettes et poivrons. Si possible, couper les légumes et les viandes en petits morceaux.

À faire sécher : viandes, poissons, baies, champignons et herbes aromatiques.

À mettre en conserve : fruits et légumes.

À faire fermenter :  œufs, cucurbitacées, choux et légumes racines.

À mettre au cellier : légumes racines, pommes de terre, oignons, ails et pommes.

 

 

À noter : Le gibier sauvage est un produit de la chasse qui n’est pas disponible à la vente commerciale. Sa consommation est possible suite à des dons dans un cadre familial, éducatif ou communautaire (comme à Old Crow ou au rassemblement Moosehide) après avoir reçu une autorisation du département santé et affaires sociales du gouvernement. Du gibier d’élevage local est disponible à l’achat, notamment la viande de wapiti et de sanglier. D’autres viandes de gibier d’élevage sont conditionnées et préparées au Yukon, telles que la viande de bison ou de caribou.

 


 

photo fournie

Photo : Kim Melton

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