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Santé mentale : analyse des services en français

Laurie Trottier

Dans son rapport d’activités 2020-2021, TAO-Tel Aide affirme avoir reçu 13,8 % plus d’appels à travers l’Outaouais (Québec), l’Alberta et le Yukon qu’en 2019-2020. Dans les dernières semaines, la directrice du Partenariat communauté en santé (PCS) Sandra St-Laurent reçoit quant à elle davantage de courriels de personnes de tous âges demandant d’accéder à des services en santé mentale au territoire. Quels sont les services disponibles au territoire… et en français?

Selon le rapport d’activités 2020 – 2021 de TAO Tel-Aide, 77 % des appelant.e.s avaient entre 31 et 59 ans, et 54 % se définissaient comme des femmes. Photo Pixabay.

 

Qu’il s’agisse des conséquences de deux ans de pandémie, d’une démystification des besoins ou d’une levée des tabous en santé mentale, plus de gens semblent chercher de l’aide au territoire, selon Sandra St-Laurent, directrice du PCS, un réseau visant à améliorer l’accès des francophones à la santé en français.

En mai 2020, un rapport du Bureau de la statistique du Yukon postulait également que plus de la moitié des répondant.e.s yukonnais.e.s avaient senti que leur santé mentale avait « quelque peu » ou « beaucoup » empiré depuis l’arrivée des premières restrictions liées à la pandémie de COVID-19. Les besoins sont donc présents, mais qu’en est-il des ressources?

Écoute empathique

Depuis quatre ans, la population franco-yukonnaise peut, 24 heures sur 24, avoir accès à de l’écoute empathique en français en communiquant avec le service d’aide téléphonique TAO Tel-Aide, dont l’accès au territoire est financé par le gouvernement du Yukon. Depuis 40 ans, l’organisme sans but lucratif forme des bénévoles qui répondent aux appels des personnes dans le besoin et peuvent les référer aux services appropriés.

Par souci de confidentialité – la communauté franco-yukonnaise étant relativement petite –, l’ensemble des bénévoles ne sont pas des personnes issues de la francophonie du Yukon, explique Monique Chartrand, directrice générale de TAO Tel-Aide.

La cinquantaine de bénévoles reçoit 30 heures de formation. La solitude, les problèmes de santé mentale, le stress et l’anxiété sont derrière la majorité des appels. « On a toutes et tous une santé mentale, soutient Monique Chartrand. Ça ne devrait pas être tabou d’avoir des épisodes durant lesquels on est plus fragiles. Depuis la pandémie, on a aussi des nouveaux et nouvelles appelant.e.s qui nous parlent d’insécurité financière, des grands-parents qui disent avoir perdu leurs repères, des jeunes anxieux et anxieuses. »

TAO Tel-Aide n’est pas un organisme d’intervention, mais la ressource demeure importante pour amorcer le travail en amont : « Préserver la dignité humaine, c’est aussi ça, précise Sandra St-Laurent. Souvent, les gouvernements vont se tourner vers des interventions, mais il y a tout un pan qui mène aux problèmes de santé mentale et il faut travailler ensemble bien avant ça. Les services de santé c’est aussi de préparer le terrain pour qu’on ne se rende pas là. »

Vers la francisation d’autres ressources

Si le Yukon propose une variété de ressources en santé mentale, obtenir de l’aide en français n’est parfois pas bien loin d’un chemin de croix. La communauté franco-yukonnaise ne jouit pas non plus du même filet de sécurité, puisque bien souvent, les membres de la famille habitent loin. D’où l’intérêt de s’assurer que l’aide en français est disponible, selon Sandra St-Laurent. Du travail important a été fait en ce sens dans les dernières années.

Le site Internet d’Hospice Yukon, qui offre des services relatifs à l’accompagnement de fin de vie et de deuil, est disponible en français, et il est aussi possible d’obtenir une trousse de deuil francophone.

Le centre de Services pour le mieux-être mental et la lutte contre l’alcoolisme et la toxicomanie est bilingue, un « gros acquis », selon Sandra St-Laurent : « C’est un service fort, et on sait que c’est utilisé. » Les démarches pour la création d’un centre de santé bilingue à Whitehorse vont bon train et, pour la directrice du PCS, ce sera important que la population ait accès à une variété de ressources.

Les jeunes moins desservi.e.s

Sandra St-Laurent affirme que ce sont les jeunes qui ont accès à moins de ressources au territoire. « C’est dommage parce qu’ils avancent dans la vie et peuvent traîner une blessure qui ne sera pas traitée, ça devient un terreau fertile pour développer des problèmes de santé mentale de façon latente », s’inquiète-t-elle.

La Commission scolaire francophone du Yukon (CSFY) soutient qu’aucune augmentation de demandes de services des élèves en santé mentale n’a été constatée depuis la pandémie. Le fait qu’elle a pu continuer d’offrir des cours en présentiel malgré les restrictions sanitaires peut, selon la CSFY, justifier ce statu quo. Plusieurs services et ressources sont disponibles dans les écoles, ainsi que des visites de professionnel.le.s et des consultations un à un.

Les jeunes peuvent aussi utiliser le service en ligne Retrouver son entrain, un programme gratuit de l’Association canadienne pour la santé mentale, mais doivent prouver qu’ils et elles sont déjà en contact avec un.e professionel.le de la santé pour y accéder.

Pour Monique Chartrand, peu importe notre âge, il est essentiel d’aller chercher de l’aide, car « plus on attend, plus la blessure s’infecte et c’est difficile à guérir », illustre-t-elle.

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