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Réfléchir le développement urbain du Nord par l’art

Lucas Pilleri (Francopresse)

L’Ouest et le Nord comme terres d’inspiration

Contextualisations est le tout premier projet de résidences d’artistes francophones dans le Nord et l’Ouest canadiens. Florence Debeugny ouvre le bal à Whitehorse avec une réalisation photographique mettant en contexte la vue que les gens ont de la ville, à travers leurs fenêtres. Photo : Marie-Hélène Comeau

 

Le Réseau N.O. lance Contextualisations, le tout premier projet de résidences d’artistes francophones dans le Nord et l’Ouest canadiens. De novembre à mars, trois artistes seront plongés dans une communauté francophone pour créer une œuvre inspirée du contexte social et culturel des lieux. Une approche immersive pour un résultat ancré dans la réalité des habitants.

C’est Florence Debeugny, photographe à Vancouver, qui a inauguré le projet à Whitehorse. Dans le froid du Yukon, l’artiste avait deux semaines pour bâtir une œuvre unique relative à son séjour en terres nordiques.

Son objectif était d’explorer la relation des habitants avec leur territoire, « de voir de quelle façon la géographie influence la vie et la culture locales », précise Virginie Hamel, gestionnaire en arts et culture de l’Association franco-yukonnaise, qui accueillait l’artiste du 11 au 23 novembre. Avec cette résidence artistique en français, Contextualisations marque une première pour la région.

Réfléchir aux changements urbains

Whitehorse change. « Des bâtiments beaucoup plus hauts sont en train d’être construits et les gens sont inquiets pour leur lumière naturelle », relève la photographe. Par ses images et le recueil de récits d’habitants glanés à travers la ville, Florence Debeugny veut faire avancer la conversation autour du développement urbain.

Car le paysage s’altérant, le quotidien des résidents bascule. Et c’est cette étroite relation que la photographe tentera de capturer. « Je vais prendre des photos de la ville depuis l’intérieur des bâtiments, à travers les fenêtres. Puis je vais poser des questions aux gens, voir comment ils réagissent aux changements urbains », détaille l’artiste.

La photographe peut compter sur l’aide de sa co-commissaire, autrement dit sa mentore, Marie-Hélène Comeau, une artiste peintre franco-yukonnaise qui l’accompagne dans sa démarche et la met en relation avec la population locale. « Il y a une grande inquiétude à Whitehorse », rejoint cette dernière. « Il n’y a pas de grandes tours ici, comme à Yellowknife, mais les promoteurs immobiliers veulent construire plus haut. » Le sujet, tout comme l’art employé, est ici résolument contemporain : « Florence va créer une œuvre qui a un lien avec l’endroit physique et social, une œuvre contextualisée », explique la mentore.

Des retombées sociales

Pour Marie-Hélène Comeau, le projet dépasse le simple cadre de l’art. « C’est plus qu’une résidence en français. Il y a un rôle social intéressant : l’artiste dans sa création, qui part à la découverte d’une autre francophonie au Canada qu’il ne connaît pas nécessairement. Souvent on se connaît de langue, mais pas de culture », réfléchit-elle.

La peintre sait l’importance du lien social, elle qui est arrivée « un peu par hasard » en 1992 de Montréal et qui a depuis pleinement adopté le Yukon. La passionnée poursuit même un doctorat en arts sur l’identité franco-yukonnaise à l’Université du Québec.

« J’ai l’impression que la géographie du Yukon façonne une communauté plus serrée, qui s’entraide un peu plus », complète Virginie Hamel. La gestionnaire espère que le projet apportera de la visibilité aux artistes de l’Ouest et du Nord. « On a une communauté artistique extrêmement dynamique, mais parfois on manque d’occasions pour faire connaître ces artistes à l’extérieur », déplore-t-elle.

Un environnement inspirant

Un nombre grandissant d’artistes séjournent au Yukon, attirés par l’immensité du territoire et les paysages naturels sauvages. « Le mythe du froid, ce froid qui semble impossible, cette région soi-disant inhabitable… Je veux comprendre la contradiction », illustre Florence Debeugny.

Un imaginaire collectif existe bel et bien, inspiré des mythes fondateurs du Grand Nord : « On pense à la mythologie scandinave, inspirée des nuits très longues, de l’espérance du retour de la lumière », songe Virginie Hamel. « Et on a aussi le folklore de la culture des Premières Nations, des contes et de l’esprit des lieux. »

Enfin, les artistes peuvent compter sur la présence d’une population soudée. « Nous avons une communauté artistique très inclusive : francophones, anglophones, allophones… On a tous la même langue quand il s’agit d’art », évoque Marie-Hélène Comeau. Et Florence Debeugny s’en réjouit : « C’est merveilleux de pouvoir prendre le temps de créer et d’être entourée par une mentore en français. » Son travail sera exposé le 23 novembre au Centre des arts du Yukon dans le cadre de la soirée Onde de choc.

Après le Nord, Contextualisations gagnera Edmonton en janvier-février prochain avec l’artiste fransaskoise Laura St. Pierre, puis Winnipeg en mars 2019 avec la Britanno-Colombienne Aurélia Bizouard.

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