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Récolter traditionnellement les plantes médicinales

Agnès Viger

Depuis des dizaines de milliers d’années, les peuples autochtones du territoire utilisent plantes, roches et animaux dans leur pratique de médecine traditionnelle.

En plus d’être délicieuses, les fraises sauvages soulagent naturellement les douleurs dentaires. Photo : Genséric Morel.

 

Les connaissances des plantes et de leurs utilisations médicinales ont été transmises oralement de génération en génération chez les Premières Nations. Cette précieuse tradition a été malmenée par les politiques d’assimilation coloniales et les pensionnats autochtones. Aujourd’hui, les aîné.e.s reprennent la transmission de ces connaissances et les initiatives se sont développées pour faire perdurer ce savoir.

Récolter et observer dans le respect et l’échange

Pour les peuples autochtones, les êtres vivants ont conclu des accords avec les autres entités, afin de préserver l’équilibre naturel. « L’harmonie entre le peuple des végétaux, le peuple des roches, le peuple des insectes, le peuple des animaux volants, le peuple des rivières, le peuple des animaux de forêt et de montagne existent depuis des millions d’années. Utiliser les ressources et les bienfaits des autres peuples est sacré et doit se faire avec respect, échange et spiritualité », explique Terance Shädda, s’identifiant au peuple des Tukudh Gwich’in.

Pour ce dernier, celui qui récolte des plantes médicinales traditionnelles sur les terres yukonnaises doit reconnaître et respecter les traditions. « C’est essentiel pour les futures générations, mais surtout pour la survie de tous les êtres vivants », ajoute-t-il.

Transmission aux nouvelles générations

Plusieurs initiatives ont été mises en place pour encourager le partage et l’accroissement des connaissances médicinales naturelles sur le territoire, notamment avec les Journées de récoltes traditionnelles hebdomadaires proposées par le Département du bien-être des Tr’ondëk Hwëch’in. « Nous avons cueilli des bourgeons de peuplier au début du mois de mai que nous faisons maintenant macérer dans l’huile. Nous irons ensuite récolter les pointes d’épinettes, explique Anezka Hampl, représentante de la santé communautaire. Le respect de la nature et le bien-être sont essentiels et doivent être inculqués à toute la communauté. »

Jules Bussey, artiste métis.se et passionné.e d’herboristerie, transmet son savoir à travers les nouvelles technologies, notamment des ateliers en ligne ouverts à tous : « C’est une façon pour moi de renouer avec mes ancêtres, mais aussi de transmettre ce savoir précieux au plus grand nombre possible. » Lors de son dernier atelier offert à l’occasion du festival Awaken, organisé par le théâtre Gwaandak, Jules a partagé sa recette de baume d’épinette. « Ma grand-mère m’a appris à toujours laisser une offrande pour chaque plante, alors pour l’épinette j’ai laissé du tabac », ajoute l’herboriste. Le recours à la médecine douce est en essor et grâce à ces diverses initiatives, la récolte traditionnelle réintègre petit à petit la vie de toutes les Yukonnaises et de tous les Yukonnais.

 

 

Terance Shädda inspecte une épinette qui a été abîmée dans les hauteurs de Dawson City.
Écouter l’épinette et donner une offrande avant de récolter de la sève est un rituel essentiel pour lui. Photo : Agnès Viger.

 


Comment pratiquer une récolte traditionnelle dans le respect  ?

Laisser une offrande lorsque l’on collecte des denrées, notamment avec le mélèze, le genévrier et l’ocre qui sont particulièrement sacrés. Une offrande acceptable peut être du thé, du tabac ou une prière de gratitude.

Prendre le temps de se recueillir, d’observer, d’écouter et de se connecter aux végétaux que l’on souhaite ramasser. Si on ne sent pas de connexion, suivre son cœur et se diriger vers une autre plante.

Cueillir uniquement ce dont on a besoin.

S’assurer que la plante est en santé, de couleur vive et sans traces de parasite. Si possible, s’éloigner des villes, des routes et de toute source de pollution.

Faire des récoltes dans des lieux où la plante pousse en abondance et ne recueillir qu’une petite partie de la plante. Toujours laisser quelques pétales aux fleurs pour respecter les insectes pollinisateurs.


Comment préparer traditionnellement les plantes ?

Utiliser de l’eau claire de ruisseau, de la neige ou de la glace, jamais de l’eau du robinet.

Pour les infusions, porter les préparations à ébullition entre 5 et 15 minutes. La préparation risque d’être trop puissante et prendre un goût amer si on la fait bouillir davantage.

Quand l’utilisation de la plante n’est plus nécessaire, reposer ce qui a été récolté dans la nature.

Pour que l’effet médicinal soit efficace, il est conseillé de prier en amont de la récolte, pendant la cueillette et en préparant le médicament.

Les aîné.e.s conseillent de faire une prière destinée à nos ancêtres avant de dormir pour favoriser notre guérison ou celle d’un proche.


Trucs, astuces et mises en garde

Ne jamais consommer des plantes qui ne sont pas formellement identifiées. Au Yukon, de nombreux champignons, fleurs et plantes sont toxiques. Des réactions allergiques sont fréquentes. Toujours consommer les végétaux en petite quantité et augmenter la dose progressivement. Si un végétal a un goût légèrement salé, il a pu être souillé par de l’urine animale et ne doit pas être utilisé. En cas de problème, consulter un professionnel de la santé. La médecine douce traditionnelle ne doit pas être substituée à la médecine contemporaine.

Conserver les baies : autrefois, on cueillait les baies à maturation dans des petits paniers d’écorce de bouleau et on les conservait après les avoir enterrées dans le pergélisol sous une petite couche de mousse.

 

 

Traditionnellement, les peuples des Premières Nations récupèrent les plantes médicinales dans des paniers d’écorces de bouleau.
Photo : Agnès Viger.

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