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Ralentir

Maryne Dumaine

« Travailler plus, gagner plus : vous aurez moins de temps. Le temps, c’est de l’argent; vous aurez
moins d’argent ! »  
Extrait de la chanson « J’aime pas travailler », de Zoufris Maracas.

Photo : Pixabay

 

« Dépêche-toi de mettre tes chaussures, viens vite, on va être en retard. Finis vite ton déjeuner, quoi ? Tu n’as pas encore brossé tes dents ? » J’ai réalisé récemment (oui, réalisé ! Il me semble que je n’en avais jamais pris conscience) que ma fille de six ans n’avait aucune idée de ce que voulait dire « se presser ». Grand bien lui fasse ! Car ces phrases-là, c’est pendant nos vacances que je me suis entendue les dire…

Ah ! Cette culture d’être tout le temps pressé…

Structure de performance, culture de la productivité à tout prix… Pour beaucoup d’entre nous, la suractivité permanente est devenue un mode de vie. « Cette “surchauffe permanente” est souvent valorisante », observe le Dr Dominique Servant, psychiatre, responsable de l’unité spécialisée sur le stress et l’anxiété au CHU de Lille, cité dans un article du journal Le Figaro (lefigaro.fr). Dans notre société, être débordé est souvent vu une comme une réussite. C’est même parfois valorisant.

Mais que donnons-nous comme exemple à nos enfants en étant sans cesse à la course ? Dans un monde où des jeunes d’une quinzaine d’années connaissent déjà des diagnostics de surmenage, il est intéressant de se demander quel sera l’avenir d’une telle culture. Sommes-nous réellement plus productifs pour autant ?

Avec nos téléphones intelligents qui nous permettent d’être joignables partout et en tout temps, difficile parfois de décrocher. Nous partons en vacances avec une liste de suivis à faire, courriels à répondre, urgences à gérer… Les collaborateurs ou les clients ne semblent plus avoir conscience des horaires de travail : en arrivant chez un mécanicien à 21 h le soir sans rendez-vous ou en téléphonant la fin de semaine pour un sujet professionnel. Les limites de temps et surtout de « temps personnel » sont désormais floues.

Nous courons trop souvent après le temps, pour faire toujours plus, toujours plus vite et surtout, faire toujours quelque chose, tout le temps. Au-delà du contexte professionnel, nous nous engageons sans cesse dans plus de projets. Moi-même, j’avoue avoir inscrit mes enfants à des activités parascolaires plus que de raison, sous prétexte qu’ils en avaient envie. Loin de moi l’idée que cela pourrait être trop (pour eux comme pour moi), et surtout, qu’en les habituant à en faire toujours plus, je leur envoyais le message que ce qu’ils font de 8 h 35 à 15 h 15 n’est « pas assez ». Pas assez pour quoi ? Pour eux, pour moi, pour la société, pour leur avenir ?

Catherine Forest, blogueuse nomade (roaditup.com), a proposé récemment sur sa page de média social de « commencer la révolution Anti-busy ». Est-ce cela la vraie révolution de notre société : ralentir ? Est-il possible de vivre nos vies en travaillant moins ? De réussir à combiner nos attentes face à la vie tout en réduisant nos moyens de subsistance ? Existe-t-il un système dans lequel nous pourrions tout simplement être moins rushés ? La performance passe-t-elle forcément par l’occupation continue ?

Autant de questions que je laisse en suspens. Je pense qu’il est bon de décrocher, de ralentir un peu. Une fois de temps en temps, il est bon de rappeler à ses collaborateurs « que la plupart des choses pourront attendre », de laisser notre enfant finir son assiette tranquillement… Même si cela implique que nous aurons quelques minutes de retard au cours de natation !

Allez, je vous laisse méditer là-dessus. Asseyez-vous donc confortablement pour lire le journal. Une petite pause lecture, ça fait toujours le plus grand bien !

 

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