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Radio-Canada, CBC, même combat?

Radio-Canada, CBC, même combat?
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Pierre-Luc Lafrance

À la fin octobre, CBC/Radio-Canada a annoncé 392 suppressions de postes supplémentaires d’ici le 31 mars 2015. À terme, on estime qu’il y aura 1 500 postes de moins à la société d’État d’ici 2020. Et, bien sûr, les principaux secteurs touchés sont les services de l’information et les services régionaux.

L’impact de ces compressions n’est pas encore connu, mais on peut déjà affirmer qu’on ne se dirige pas vers une amélioration des services… Un peu partout, les gens sont sortis dans les rues pour manifester. À Montréal le 16 novembre, ils ont été des milliers à battre le pavé. À Whitehorse, ça a été plus intime : 75 personnes. Mais on parle d’une population totale de 35 000 personnes. Cela devient plus intéressant quand on se penche sur la présence francophone : il y avait 45 francophones ou francophiles parmi les manifestants. Cela représente 1 % de cette population. On est donc en droit de se demander si CBC représente la même chose pour les anglophones que Radio-Canada pour les francophones.

On ne peut pas tirer de grande leçon d’un seul événement. Une foule de facteurs peuvent entrer en ligne de compte, mais en entrevue, la responsable de la marche au Yukon, Annie Pellicano, m’a assuré qu’elle avait fait autant d’effort de promotion en français qu’en anglais. Et en parlant avec les gens des deux communautés, j’ai cru déceler une différence fondamentale. Dans les régions comme la nôtre, la disparition de CBC (car, à force de couper, c’est vers ça que nous nous dirigeons, non?) n’aura pas le même effet direct. Il va y avoir encore des sources d’information en anglais, que ce soit à la radio, à la télévision ou à la presse écrite. Ce qui va disparaître, ce sont des tribunes pour des sujets moins porteurs, comme la culture. Ce qui va disparaître, ce sont des endroits pour mener les débats. Ce qui va disparaître, ce sont les grandes enquêtes, les sujets de société. Personne ne va en mourir, mais on va tous y perdre comme société.

Du côté francophone, les intervenants à qui j’ai parlé avaient une réaction plus viscérale. Le jour où Radio-Canada va disparaître ici, il n’y aura plus que le journal pour informer les francophones dans leur langue. Ce jour-là, les chances de la communauté de rayonner sur la scène nationale vont diminuer drastiquement. Et à cela s’ajoutent les mêmes deuils que du côté anglophone.

Quel est l’avenir du diffuseur public? Je ne suis pas dans les secrets des dieux, mais en ce moment, pas besoin d’être un adepte des théories de la conspiration pour voir qu’à moins d’un grand coup de barre, la société d’État va disparaître… ou du moins, ce ne sera plus la Radio-Canada avec laquelle on a grandi, mais un poste parmi tant d’autres qui va jouer avec les lois du marché et abandonner les domaines moins « payants ».

Parmi tous les cris du cœur à ce sujet, le plus percutant et pertinent provient de Charles Tisseyre qui, lors de l’assemblée publique annuelle de Radio-Canada qui a eu lieu le 19 novembre, a rappelé que pour réagir aux changements dans le domaine des médias, La Presse a investi dans le développement d’une nouvelle plateforme pour créer LaPresse+. Pendant ce temps, confrontée aux mêmes défis, Radio-Canada choisit de couper. Alors, on est en droit de se poser la question : quand le virage vers le numérique que Radio-Canada veut entreprendre sera complété, restera-t-il des journalistes pour s’assurer qu’il y ait du contenu de qualité?

Pour en apprendre davantage sur la situation, je vous conseille d’aller faire un tour sur le site des Amis de Radio-Canada (www.amisderadiocanada.com). Vous pourrez, entre autres, y lire le Livre blanc sur l’avenir de CBC/Radio-Canada. Plusieurs questions pertinentes sont soulevées pour penser l’avenir de la Société d’État… dans la mesure où elle en a encore un.

La mobilisation dans l’Ouest

Un lecteur de la Colombie-Britannique, Réjean Beaulieu, m’envoyait récemment une lettre dans laquelle il se plaignait du manque de mobilisation des gens de l’Ouest pour cette cause. Il complétait sa missive en mentionnant que « compte tenu de l’état précaire de notre environnement médiatique dans l’Ouest et l’importance vitale du diffuseur public, nous refusons la destruction de Radio-Canada et demandons la démission du PDG et des membres du CA. » À cela, il ajoutait un lien vers une pétition en ligne pour réaliser ce projet : https://secure.avaaz.org/en/petition/CBCRadioCanada_Resignation_of_the_CEO_and_the_members_of_the_board_of_directors.

M. Beaulieu est abasourdi de voir que si peu de gens rouspètent dans l’ouest du pays, alors que les mauvaises décisions du diffuseur public pleuvent depuis le cafouillage du changement vers « ICI ». Il déplore que seules trois personnes aient signé la pétition (en date du 27 novembre).

Heureusement, on voit de plus en plus de personnes qui, comme lui, prennent la parole pour dire « Radio-Canada, j’y tiens, j’y crois. »

Cours de mathématique

Nous serions près de 10 000 à parler français au Yukon. Du moins, si l’on se fie au ministre Chris Alexander qui a dit en chambre il y a deux semaines que : « Monsieur le Président, il n’y a pas seulement un volet francophone à notre immigration; toute l’immigration au Canada est francophone et anglophone. On est fier d’accueillir des francophones partout au pays. En fait, 30 % de la population du Yukon est francophone maintenant. On offre des services aux nouveaux immigrants partout au Canada. »

Soit le ministre doit refaire ses devoirs, soit y’a une méchante gang de francophones qui se cachent quelque part entre Whitehorse et Dawson.

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Commentaires (1)

  1. Réjean Beaulieu dit :

    Merci pour diffuser l’effort de mobilisation dans l’Ouest. Note additionnelle: une région éloignée telle la votre (et les TNOs) devrait pouvoir générer une contribution importante sur le sujet de la « grande transformation au numérique ».

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