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Quand l’histoire des Noirs fera simplement partie de l’Histoire

André Magny (Francopresse)/Maryne Dumaine

Depuis 1995 au Canada, février annonce ce temps de l’année où est souligné l’apport des Afro-Canadiens à leur communauté. Presque 25 ans après son officialisation, un tel mois est-il toujours pertinent?

 

Pour Padminee Chundunsing, présidente de la FFCB et originaire de l’île Maurice,  » le Mois de l’histoire des Noirs est pertinent en milieu minoritaire francophone, car il va dans le sens de l’inclusion de la reconnaissance. Ce sont des valeurs piliers de notre communauté. »
Photo : Minesh Ramchurn Studio

 

 

 

 

Il faut remonter à 1926, aux États-Unis, pour voir apparaître une première célébration de l’importance des Noirs au pays de l’Oncle Sam. C’est l’historien afro-américain Carter G. Woodson qui proposa d’honorer les réalisations des Noirs américains et d’accroître ainsi la connaissance de leur histoire à l’occasion de la Negro History Week. Par la suite, en février 1970, la semaine devient un mois de commémoration. Ce dernier est officiellement reconnu en 1976 par le gouvernement américain, dans la foulée du bicentenaire
des États-Unis.

Au Canada, selon Patrimoine canadien, bien qu’il y ait eu certaines célébrations au début du
XXe siècle, il faudra attendre 1995 avant que la Chambre des communes ne reconnaisse « officiellement le mois de février comme étant le Mois de l’histoire des Noirs au Canada à la suite d’une motion initiée par l’honorable Jean Augustine, première Canadienne noire élue au Parlement ». Mme Augustine, née à la Grenade, était membre du Parti libéral du Canada. Du côté francophone, Jean Alfred est passé à l’histoire quand il a été élu député en Outaouais, lors de la première élection du Parti québécois en 1976. De son côté, Léonard Braithwaite sera le premier Afro-Canadien à siéger dans un parlement, soit celui de l’Ontario, en tant que député libéral d’Etobicoke en 1963.

Et maintenant?

À la question quelque peu impertinente sur le bien-fondé d’un tel mois en 2019, le rappeur et historien québécois Webster va droit au but : « L’histoire des Noirs, ce n’est pas vraiment encore dans les mœurs des gens. Quand on parle d’histoire des Noirs, les référents sont afro-américains. Les référents afro-canadiens, on n’en parle pas. Tout comme l’histoire des Autochtones, l’histoire des Noirs au Québec ou au Canada, ce n’est pas dans la tête des gens. »

Après tout, qui peut affirmer avoir entendu parler, dans ses cours d’histoire du primaire ou du secondaire, de la présence de l’Africain Mathieu Da Costa, polyglotte (français, hollandais, portugais) et interprète entre les Micmacs, les Innus et Champlain lors de ses premiers voyages en Nouvelle-France?

Bien que Da Costa fut un homme libre, le porte-parole du Mois de l’histoire des Noirs au Québec affirme qu’il n’était pas rare que le bilinguisme ou le trilinguisme de certains esclaves soit mis en évidence par leurs maîtres ou les esclavagistes qui les vendaient… Pour Webster, il n’est pas question de faire deux voies parallèles en ce qui concerne l’histoire des Noirs et l’histoire tout court : « Il faut sortir l’histoire des Noirs du mois de février. Cette histoire doit intégrer l’histoire, point. C’est notre
histoire collective. »

En francophonie canadienne

Alors qu’il n’y a qu’à regarder la composition des bureaux des différents organismes œuvrant au soutien des francophones au Canada pour voir combien est florissant l’engagement des Noirs francophones, certaines associations comme la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB) n’hésitent pas à soutenir diverses activités reconnaissant la vitalité de la communauté noire. Pour Padminee Chundunsing, présidente de la FFCB et originaire de l’île Maurice, « le Mois de l’histoire des Noirs est pertinent en milieu minoritaire francophone, car il va dans le sens de l’inclusion de la reconnaissance. Ce sont des valeurs piliers de notre communauté. Connaître l’histoire du Canada, de ses communautés, ne peut que nous enrichir. Cela nous apprend que la nation s’est bâtie, parfois dans la peine, de cultures et d’ethnies diverses ».

Dans l’Est, à l’Île-du-Prince-Édouard, la Société Saint-Thomas-d’Aquin (SSTA) est dirigée par Isabelle Dasylva-Gill. Originaire de France, elle a reçu, en 2016, le prix de championne de la diversité décerné par la Coopérative d’intégration francophone de
l’Î.-P.-É. Bien que la SSTA n’organise rien pour le Mois de l’histoire des Noirs, sa directrice générale est d’avis que ce serait « certainement une opportunité à explorer dans le futur ». Celle-ci estime que la pertinence d’un tel mois « est liée au fait qu’il existe encore le besoin de sensibiliser les citoyens et citoyennes, quelle que soit la génération à laquelle ils ou elles appartiennent. C’est une occasion de célébrer l’histoire et le patrimoine des Canadiens noirs ».

Au Yukon

Au territoire, le Mois de l’histoire des Noirs ne passe pas à la trappe. Cette année, deux jours de festivités sont prévus pour la sixième édition du festival de musique afro-yukonnaise, les 21 et 22 février. Au programme : des artistes invités tels que Bouna Vedere, artiste sud-africaine vivant à Vancouver, et des artistes locaux, dont Sassi Traoré. Un DJ et une démonstration de danse sont aussi prévus.

Pour ceux qui préfèrent faire vibrer leurs papilles plutôt que leurs oreilles, Antoinette va préparer un brunch bien spécial dans le but de souligner « toutes les belles choses que le peuple noir a accomplies dans le monde ». Enfin, un petit tour à la bibliothèque publique de Whitehorse vous permettra de découvrir une belle sélection de livres écrits par des personnes noires.

La programmation locale propose donc de belles façons de se divertir tout en célébrant la diversité de notre population.

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