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Projet Pédale moins vite : totems et poupées à Sitka

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Nelly Guidici

Après avoir passé une nuit imprévue sur le carré de pelouse du terminal du traversier de Juneau, nous embarquons aux premières lueurs du matin sur le traversier en direction de la communauté de Sitka. Située sur la côte sud-ouest de l’île Baranof, la ville de 9 000 habitants fait plutôt office de gros village. La vie suit son cours tranquillement au rythme de la pluie et des éclaircies quotidiennes en cette latitude. À Sitka, nous sommes hébergés dans deux familles qui nous ont ouvert leurs portes et leur cœur. Accueillis comme des amis (que nous deviendrons), nous nous sommes tout de suite sentis bien au sein de cette communauté très attachante.

Ancienne capitale de la Russie d’Amérique, Sitka a un riche patrimoine russe. En effet, le groupe de danse New Archangel fait des représentations hebdomadaires. Inspirées par l’héritage russe de la ville, un groupe de femmes a décidé, en 1969, de faire des recherches sur les danses et la musique pendant la présence russe. Aujourd’hui, le groupe qui est uniquement féminin compte 35 membres et fait le plaisir des touristes pendant la saison estivale.

L’histoire inscrite sur les totems

En parallèle, la présence autochtone est très visible et de nombreux totems habitent la forêt du parc des totems en bordure de la rivière indienne. La présence des totems à cet endroit n’est pas récente et date de la fin du XIXe siècle. C’est également à cet endroit que l’une des plus grosses batailles entre les Russes et les Kiks.àdi (groupe tlingit habitant la côte) a eu lieu en 1804. La paix a depuis été faite entre les Russes et les Tlingits et un totem a été érigé en 2004 à l’endroit de l’affrontement, en signe de mémoire et de réconciliation. Sous le regard des corbeaux, nous avons aussi découvert, parmi les arbres de la forêt humide, un totem mortuaire. D’une beauté équivalant à sa simplicité, il nous a rappelé qu’il n’y a pas qu’une seule sorte de totem. En effet, un totem peut être considéré comme une archive publique de la vie et de l’histoire des gens. Ils représentent aussi la fierté des clans et des ancêtres et marquent le succès des familles de ces clans. Wayne Price, le maître-sculpteur du totem de guérison de Whitehorse m’avait confié lors du dernier festival Adäka que son tout premier totem de guérison était à Sitka! Nous l’avons finalement trouvé devant le centre de guérison Southeast Alaska Regional Health Consortium. Reconnaissable immédiatement à son style inimitable : un corbeau tenant dans son bec une lune trône au sommet, tout comme celui de Whitehorse.

L’artiste Chup’ik Neva Mathias présente ses poupées en peau et fourrure de phoque au Musée Sheldon Jackson de Sitka en Alaska. Photo : Nelly Guidici

L’artiste Chup’ik Neva Mathias présente ses poupées en peau et fourrure de phoque au Musée Sheldon Jackson de Sitka en Alaska. Photo : Nelly Guidici

L’art de faire des poupées en peau de phoque

Au musée Sheldon Jackson, nous avons fait la connaissance de Neva Mathias. Petite dame souriante, elle nous a confié que c’était la première fois qu’elle se rendait à Sitka. Artiste en résidence du musée, elle a fait des démonstrations de fabrication de poupées durant tout l’été. Poupetière depuis 1988 et originaire de Chevak non loin du détroit de la rivière Yukon, Mme Mathias qui est membre de la nation Chup’ik a appris à faire des poupées en peau et fourrure de phoque en regardant faire sa mère. Du visage au corps en passant par les mukluks, l’artiste immerge dans l’eau pendant une nuit la peau de ce mammifère marin afin de ramollir le cuir et de pouvoir le travailler plus facilement. Habituellement, Mme Mathias confectionne les poupées pendant l’hiver tandis qu’elle se consacre à la fabrication de paniers pendant l’été au camp de pêche familial. Mais à Chevak, fabriquer des poupées semble populaire puisque dans les années 1990, certainement inspirées par le succès de l’artiste locale Rosalie Paniyak, plusieurs femmes se sont mises à concevoir des poupées exclusivement en peau de phoque et ainsi perpétuer un style et une culture.

À Sitka, nous prenons le temps de découvrir un endroit tourné à la fois vers l’océan Pacifique et vers les montagnes. À vélo ou à pied, notre coup de cœur de l’Alaska est à Sitka!

Correspondante de l’Aurore boréale et spécialiste des Premières nations du Yukon, Nelly Guidici s’est lancée sur les routes d’Amérique avec son conjoint et leur petite fille. Retrouvez chaque mois son carnet de voyage dans les pages de votre journal communautaire ainsi que sur son blogue : pedalemoinsvite.org

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