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Privilèges

Maryne Dumaine

Vue du lac Marsh. « Le territoire est grand, mais il n’est pas nécessaire d’aller loin pour en saisir l’essence. (…) Vivre au Yukon semble aussi être en soi un privilège!  » 
Photo : Maryne Dumaine

 

Et si le vrai privilège, de nos jours, était de simplement pouvoir jouir de nos droits! L’actualité nous pousse à constater que ce n’est pas donné à tout le monde!

Petite, j’ai appris au programme du primaire l’abolition des privilèges de la noblesse. C’était un concept qui avait suivi la Révolution française, à la fin du XVIIIe siècle. En plus de 200 ans, on aurait pu croire que ce concept de supériorité entre humains allait être révolu avec la fameuse Déclaration universelle des droits de l’homme. Et pourtant…

Partout dans le monde, des groupes se sentent encore supérieurs aux autres et s’octroient toujours des privilèges sans fondement, se basant sur leur nombre, leur couleur de peau, leur genre, leur langue… Et c’est ainsi que des droits fondamentaux sont bafoués.

La semaine passée, la Cour suprême a rendu un verdict historique en déclarant que bien que minoritaires en nombre, les Franco-Colombiens ne devraient pas percevoir l’éducation dans leur propre langue officielle comme un privilège. Il s’agit bel et bien d’un droit. Mais combien d’autres égalités sont encore à atteindre?

Force est aussi de constater que la notion de privilèges a beaucoup évolué ces temps-ci. Les termes « critiques », « essentiels », « indispensables » ont fait leur apparition dans notre quotidien, même si ce n’est pas souvent pour désigner les emplois les plus privilégiés!

Gardons à l’esprit que ces termes sont utilisés pour parler de services et non pas des individus. « Personne n’est irremplaçable », entend-on souvent. La pandémie a ouvert une certaine perspective sur cette phrase, mais il est bon de garder en tête que chaque personne qui fournit un service essentiel à la collectivité a le droit (et le besoin) de prendre des pauses. Qui ne s’est pas demandé où était le Dr Hanley au début de la pandémie? En congé, probablement. Et il en avait le droit! Bien lui en fit, d’ailleurs, face à ce qui l’attendait à son retour!

Dans la course à l’excellence collective, la société de la compétition sociale nous amène souvent à oublier que derrière chaque employé, il y a un être humain. On oublie aussi que d’autres personnes peuvent prendre le relais, avec autant de capacités et parfois même avec l’avantage d’un œil neuf et différent. Savoir s’arrêter est une qualité, pouvoir se ressourcer est un réel privilège, qui n’est malheureusement pas donné à tout le monde.

L’Aurore boréale, comme tous les médias, est un service déclaré essentiel. C’est vrai, le journal contribue au rayonnement de notre communauté et de son dynamisme. Mais au Yukon, nous avons un autre énorme privilège : celui d’être soutenu par la communauté. Tant de façon individuelle (merci à vous qui nous lisez!) que collective (notamment grâce à des partenariats et des publicités qui permettent de continuer d’avancer malgré les embûches). Notre journal a la chance de pouvoir être flexible et profondément humain. L’Aurore boréale prend donc cette année une plus longue pause pour l’été. Cette pause, nous vous la souhaitons à toutes et à tous. Et nous savons que vous serez là quand nous reviendrons. On vous donne rendez-vous fin août pour la prochaine édition. En format papier, si tout se passe comme prévu. Mais bon, on a toutes et tous appris à mettre un bémol au mot « prévu », et à profiter plutôt de l’instant présent.

Le territoire est grand, mais il n’est pas nécessaire d’aller loin pour en saisir l’essence. C’est une immensité à échelle humaine où la nature nous rappelle constamment nos liens à la Terre avec son abondance de plantes, de paysages et de saisons changeantes… Vivre au Yukon semble aussi être en soi un privilège! Ne vous désolez pas à l’idée de passer un été ici! En sortie de plein air ou en relaxant sur un balcon face aux montagnes, l’été est le moment de prendre des pauses, qu’elles soient de quelques heures ou de quelques jours. Arrêter de courir, pendant quelque temps, pour savourer et prendre conscience de notre environnement, voilà ce que je vous souhaite.

Gardez aussi en tête que nombreux sont les demandeurs d’emploi en ce moment. Même si votre emploi est essentiel, peut-être pouvez-vous passer le relais momentanément? Prendre soin de soi, c’est prendre soin de notre capacité à donner plus tard. Profitez de la nature pour faire ce qui vous nourrit : marcher, pagayer, dessiner, créer, méditer! Le Yukon est un lieu sain et inspirant.

Je vous souhaite le privilège de pouvoir prendre des pauses au Yukon. Cet été plus que jamais, quittons nos écrans et vivons au rythme du Yukon Time!

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