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Point de vue yukonnais sur le rapport final de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées

Maryne Dumaine

Le rapport final de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) a été présenté officiellement le 3 juin dernier. Il a été rendu public lors d’une cérémonie de clôture tenue à Gatineau, au Québec, à laquelle ont assisté des représentants des groupes de femmes autochtones du Yukon ainsi que des proches de femmes et de filles autochtones du Yukon disparues et assassinées.

Un moment solennel réunit Marion Buller, Brian Eyolfson, Qajaq Robinson et Michelle Audette après trois ans de travaux. Les commissaires ont publié le 3 juin un rapport de 1200 pages sur le génocide autochtone.
Photo : Compte Twitter du ministre Seamus O’Regan

 

L’implication des groupes yukonnais dans le rapport

Le gouvernement du Yukon, les Premières Nations du Yukon, les groupes de femmes autochtones du territoire et les membres des familles des victimes ont travaillé en collaboration au sein du comité consultatif yukonnais durant l’enquête nationale menée par les commissaires.

Le rapport final reflète la complexité des facteurs qui ont contribué au nombre de cas de femmes et de filles autochtones disparues et assassinées au Canada et contient des centaines de recommandations. La prochaine étape pour le gouvernement du Yukon et ses partenaires au sein du comité consultatif consistera à étudier et à analyser le rapport, toujours en collaboration, et à élaborer un plan d’action de façon concertée avec des intervenants clés. Ce travail sera de longue haleine et exigera qu’on détermine quelles recommandations s’appliquent au Yukon et quelle est la meilleure façon de procéder pour produire un plan d’action qui reflète les besoins et les priorités à l’échelle locale.

Le dépôt du rapport final de l’Enquête est un jalon important pour les survivantes et les familles des femmes et des filles autochtones du Yukon disparues et assassinées, nombre desquelles sont en quête de justice pour leurs proches depuis des années.

Le gouvernement yukonnais accueille le rapport avec gratitude

« Nous sommes reconnaissants envers les survivantes et les familles des victimes pour leur courage, leur détermination et leur patience tout au long du processus. Nous remercions également la Commission d’enquête pour son travail acharné et sa collaboration avec ses partenaires territoriaux et provinciaux, et avec les familles des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées, et pour ses recommandations qui vont insuffler un vent de changement à la grandeur du pays. Ces recommandations éclaireront le travail qui nous attend et qui reposera sur les vérités sacrées des 1484 survivantes d’actes de violence et membres de familles qui ont témoigné et des 83 Gardiens du savoir, experts et représentants des institutions », a déclaré Mme Jeanie Dendys, ministre responsable de la Direction de la condition féminine. Mme Doris Bill, chef de la Première Nation des Kwanlin Dün, affirme : « Il était de première importance d’honorer les vérités des familles et des survivantes qui ont eu le courage de participer au processus. J’ai bon espoir que nous réussirons à changer l’histoire au Yukon; grâce à l’autonomie gouvernementale dont jouissent les Premières Nations, nous sommes bien placés pour influer véritablement sur la vie des familles yukonnaises et rendre nos collectivités plus sûres. »

En novembre 2017, la Commission d’enquête déposait son rapport provisoire intitulé Nos femmes et nos filles sont sacrées, qui contenait des recommandations dont le comité consultatif du Yukon et ses partenaires se sont inspirés pour élaborer un plan d’action. Au nombre des mesures considérées figuraient la planification et la mise sur pied d’une équipe d’intervention dans les cas d’agression sexuelle, l’élaboration de plans de sécurité communautaire et la promotion de l’autonomisation économique des femmes et des filles autochtones. En 2017, le Yukon a été la première région canadienne à tenir des audiences où des familles sont venues témoigner et l’une des premières à tenir des réunions consultatives. Le mois dernier, les commissaires ont été reçus de nouveau au Yukon pour prendre part à des cérémonies de guérison, un geste en parfait accord avec les valeurs autochtones.

« J’ai perdu ma sœur à une époque où il n’y avait ni respect ni considération pour les droits des femmes autochtones. Cette tragédie a été aggravée par le manque de respect des autorités envers notre famille. Les choses s’améliorent, et grâce à l’Enquête et aux innombrables femmes autochtones de partout au pays qui ont milité en ce sens, la voix de ma sœur a enfin été entendue, ainsi que celle des nombreuses autres femmes et filles autochtones disparues et assassinées », a confié la directrice générale de la Liard Aboriginal Women’s Society,
Mme Ann Maje Raider.

Le travail à accomplir

« Toutes les femmes sont touchées par ce rapport. La violence genrée n’est pas un problème résolu, c’est ce que nous pouvons retenir de ce rapport. On peut toutes s’identifier à ce rapport », a confié Mme Jocelyne Isabelle, directrice des EssentiElles. « On voit cela parfois “loin de nous”, mais nous sommes proches des personnes des Premières Nations ici. Je pense que ce rapport devrait interpeller tout le monde, surtout ici au Yukon, où la présence autochtone est très forte », a-t-elle ajouté. Elle espère que les gouvernements vont prendre les recommandations à cœur : « Ce qui serait dommage, c’est que ce rapport tombe dans l’oubli. » Cet organisme francophone siège d’ailleurs à plusieurs comités de femmes à l’échelle du territoire, puisqu’il représente les femmes franco-yukonnaises. « Nous travaillons en étroite collaboration avec les groupes autochtones. Par exemple, pour ce qui concerne le projet Sexual Assault Response Team qui vise, entre autres, à répondre à une recommandation qui avait été faite par les groupes de femmes des Premières Nations du Yukon », conclut Mme Isabelle.

Plus tard ce mois-ci, les membres du comité consultatif yukonnais rencontreront en privé les survivantes et les membres des familles des victimes. La rencontre est organisée par les groupes de femmes autochtones du Yukon afin de marquer la fin de l’Enquête, de promouvoir la poursuite des activités de guérison et de se tourner vers l’avenir pour créer une nouvelle réalité pour les femmes et les
filles autochtones.

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