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Peut-on exister si personne ne parle de nous?

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Pierre-Luc Lafrance

Le mardi 29 avril, l’équipe de direction de Radio-Canada conviait la population francophone et francophile de l’Ouest ainsi que des trois territoires du Nord à une consultation publique. La rencontre avait lieu à Edmonton, mais des gens des autres provinces et territoires pouvaient participer par Internet.

Près de 440 personnes ont répondu à l’appel. Le Yukon a été bien représenté puisqu’une quinzaine de Yukonnais se sont rendus au Centre de la francophonie pour faire valoir leur droit à une information de qualité en français, sans compter les autres personnes qui ont suivi le tout dans le confort de leur foyer.

Qu’est-ce que je retire de cette consultation? D’abord, que ce n’en était pas une! Le terme « présentation » serait plus juste. Les cadres de Radio-Canada ne cherchaient pas à prendre le pouls de la population. À mon sens, le but de cette initiative aurait dû être de voir comment optimiser les ressources financières du diffuseur public afin de répondre aux besoins de la population.

Malheureusement, le spectacle du 29 avril était d’abord un effort de relations publiques pour expliquer pourquoi ils ne pouvaient pas faire plus et comment ils faisaient déjà des miracles avec les budgets alloués. On a eu droit à beaucoup d’explications, mais à peu d’écoute.

Par moment, ça devenait un plaidoyer pour augmenter le financement. Mais ils prêchaient devant des convertis : les francophones de l’Ouest et du Nord ne demandent pas mieux qu’un financement conséquent pour leur télévision et leur radio. Mais la question du financement est un autre débat et je me suis déjà prononcé dans mon éditorial précédant : oui, j’estime que Radio-Canada est sous-financée, et c’était déjà le cas avant les dernières coupes.

Alors que je m’attendais à ce que les gens puissent faire des commentaires, on leur posait plutôt des questions. Cela change complètement les données. Car plutôt que d’écouter ce que les gens ont à dire, on leur donne de l’information.

Sinon, un point qui est ressorti de cet exercice, c’est que les gens veulent se voir à la télévision, veulent s’entendre à la radio. Un peu comme le proverbial arbre qui tombe dans la forêt, on peut se poser la question : est-ce que l’on existe si personne ne parle de nous? Au cours de la soirée, on a appris que la raison d’être d’une station régionale était de raconter la région à elle-même, mais aussi au reste du pays. En ce sens, on peut dire qu’il reste du travail à faire. Le téléjournal, dans sa forme actuelle, est d’abord et avant tout un bulletin de nouvelles du Québec (et même de Montréal). Pour voir un vrai bulletin national, il faut syntoniser le poste anglophone.

Ne nous mentons pas, si la société d’État dans son ensemble voit ses rentrées d’argent fondre, les parents pauvres sont les stations régionales. Les équipes (très réduites) travaillent avec peu de ressources et doivent cumuler plusieurs tâches. Mais ce que je trouve dommage, c’est que la visibilité de ce qui se fait au Yukon et dans d’autres régions est presque nulle. Si au moins on optimisait le travail déjà fait, il me semble que ce serait un pas dans la bonne direction.

Dans un monde idéal, ce serait bien d’avoir une équipe complète à Whitehorse, mais ça n’arrivera pas. Mais ne pourrait-on pas faire la promotion des topos qui sont produits ici et dans le nord en général? Et certains de ses efforts de promotion ne coûtent rien. Par exemple, en présentant les topos à heure fixe à la radio ou à la télévision, les gens sauraient qu’à tel moment on parle de nous… on existe. Ce serait une bonne façon de créer une habitude.

Ici Radio-Canada, à la télévision comme à la radio, est un service public. Et ce qui est ressorti de la soirée, c’est que les gens veulent qu’on s’adresse à eux en tenant compte de leur réalité. Ils ne veulent pas de sondage sur Pauline Marois, ils ne veulent pas que les seules images d’eux à la télévision nationale soient liées à des caractéristiques folkloriques ou à des stéréotypes. Ils veulent que leurs gens, leurs idées et leurs activités soient mis de l’avant.

Plusieurs commentaires pertinents ont été faits, particulièrement par ceux écrits en ligne. On nous dit que les commentaires et les questions seront remis à la direction et serviront pour la réflexion sur le plan stratégique des cinq prochaines années. J’espère que ce sera effectivement le cas, car il y a là matière à une réflexion approfondie sur la façon de mieux répondre aux besoins de la population. Et si c’est fait, l’exercice deviendra vraiment utile, et non simplement une obligation du CRTC qui doit être remplie sans que personne le veuille vraiment.

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