Accueil » À la une » Partir, rester ou revenir : le dilemme des jeunes franco-yukonnais

Partir, rester ou revenir : le dilemme des jeunes franco-yukonnais

PartagerEmail this to someoneShare on Facebook0Tweet about this on TwitterShare on Google+0Pin on Pinterest0

Marie-Hélène Comeau

D’un bout à l’autre du pays, la question est la même : pourquoi les élèves désertent-ils le second cycle des écoles francophones pour aller faire leurs études dans une établissement anglophone? Même si des solutions ont été mises en place au cours des dernières années, la formule pour endiguer cette fuite n’a toujours pas encore été trouvée.

La situation au Yukon ne diffère pas de ce qui est observé dans les communautés francophones en milieu minoritaire à travers le pays : les élèves quittent chaque année l’école francophone pour le programme d’immersion française de l’École secondaire anglophone F.-H.-Collins. Une école qui offre plus d’activités et un plus grand choix de programmes, comme celui de plein air, d’art ou de sport.

Des rencontres entre la Commission scolaire francophone du Yukon (CSFY) et les élèves du programme secondaire de l’école Émilie-Tremblay, l’Académie Parhélie, ont maintenant lieu durant l’année. Des rencontres qui permettent d’entretenir un lien de confiance et de comprendre les préoccupations et les désirs des élèves francophones. Toutefois, l’exode persiste.

La complexité d’une décision

Il n’y a pas qu’une seule raison, mais un ensemble de facteurs qui font en sorte que les élèves en milieu minoritaire quittent l’école francophone pendant leur parcours scolaire une fois qu’ils sont rendus au deuxième cycle.

Ces raisons sont parfois de l’ordre démographique, c’est-à-dire en lien direct avec la petite taille de la communauté, comme ça a été le cas pour Annie Martin, 26 ans, ancienne élève de l’École Émilie-Tremblay.

« J’ai quitté l’École Émilie- Tremblay à l’époque parce que je connaissais tout le monde. Il n’y avait pas de coupure entre ma vie personnelle et l’école. J’avais besoin de sortir de cette boîte. J’ai donc fait le programme ACES de l’annexe de Wood Street, et ensuite j’ai décidé de continuer ma scolarité à l’École F.-H.-Collins », se souvient la jeune femme.

Annie Martin. Photo : Marie-Hélène Comeau

Annie Martin. Photo : Marie-Hélène Comeau


La question de l’espace physique qui est très limité à l’École Émilie-Tremblay, et le manque d’accès à des locaux spécialisés influencent également le choix des élèves. C’est le cas d’Ulysse Girard, 15 ans, qui a également décidé de faire sa 10e année à l’annexe de Wood Street. Il y est actuellement inscrit dans le cadre du programme d’art et de performance MAD (Music Art and Drama).

Ulysse Girard. Photo : Marie-Hélène Comeau

Ulysse Girard. Photo : Marie-Hélène Comeau


« C’est le manque d’espace à l’École Émilie-Tremblay qui m’a motivé à changer d’école. L’an dernier, j’avais considéré de changer d’école, mais j’étais resté. Mais là, le manque d’espace, c’était trop. Il arrivait de faire mes cours de mathématiques et de français dans le corridor ou parfois sur la scène du gymnase de l’école. C’était trop pour moi », explique-t-il. « Et puis, je voulais m’inscrire à MAD qui ne se donne que pendant un semestre, et revenir ensuite à l’École Émilie-Tremblay. Mais je trouvais que c’était compliqué. Il y avait des papiers à signer. C’était plus simple de seulement terminer mon année à l’École F.-H.-Collins. Je crois qu’ensuite, je resterai y étudier en immersion française jusqu’à la 12e année. Je parle en français à la maison, alors je n’ai  pas peur de le perdre », assure Ulysse.

Le facteur social

Finalement, il y a aussi un facteur social pour les élèves. Quand on commence à perdre des élèves pour toutes sortes de raisons, les classes deviennent plus petites, d’autres élèves suivent leurs amis et ça devient un cercle vicieux. C’est ce qui a motivé, entre autres, Lara Herry-Saint Onge, 17 ans, à quitter l’école francophone en 10e année.

« J’en avais déjà parlé à mes parents, mais quand j’ai finalement pris ma décision, ils n’étaient pas vraiment contents. L’année suivante, je suis retournée à l’École Émilie-Tremblay pour deux semaines, puis j’ai changé d’avis, et je suis retournée à F.-H.-Collins où étudiaient mes amies. À la fin, mes parents souhaitaient seulement que je termine mes études secondaires », dit-elle en riant.

Lara Herry St-Onge et Benjamin Nadeau. Photo : Marie-Hélène Comeau

Lara Herry St-Onge et Benjamin Nadeau. Photo : Marie-Hélène Comeau


Cette année, elle est de retour dans les salles de classe de l’école francophone où elle a l’intention d’obtenir son diplôme d’études secondaires. Son choix est motivé d’abord par son désir d’y retrouver ses amis, mais également parce qu’elle s’ennuyait de la qualité du français qui y est enseigné.

« Le français à l’école d’immersion n’est pas aussi élevé. Ça ne se compare pas avec ce qui est enseigné à l’École Émilie-Tremblay », affirme-t-elle.

Des retours motivés

Cette qualité du français enseigné à l’école francophone, on la retrouve également dans le discours de Benjamin Nadeau, 18 ans. Ce dernier est revenu suivre cette année des cours d’appoint à l’École Émilie-Tremblay qu’il avait quittée à la 9e année. Bien qu’il ait obtenu au printemps dernier son diplôme d’études secondaires de l’École F.-H.-Collins, le voilà de retour cet automne à l’école francophone.

« J’étais trop mollo à l’École F.-H.-Collins, ça ne m’a pas aidé. Je dois suivre des cours de mathématiques et de physique cette année et faire tous mes cours de français de la 9e à la 12e année. Les cours de français à l’immersion m’ont aidé à garder mon français, mais je ne suis plus aussi bon. Je n’ai plus la même habileté », confie Benjamin qui avait pris la décision plus jeune de s’inscrire à l’école anglophone en raison des différents sports d’équipe qui y étaient offerts, ce qu’il ne retrouvait pas à l’école francophone.

Son désir de retourner cette année à l’École Émilie-Tremblay est également motivé par l’environnement d’étude qui lui permet d’atteindre une meilleure qualité de concentration. Lara et Benjamin s’entendent d’ailleurs pour dire que l’action constante qui règne dans une plus grande école a affecté leur concentration pour les études.

« C’est plus facile d’étudier à l’École Émilie-Tremblay », explique Benjamin. « De plus, les profs connaissent mes points faibles et peuvent me dire où travailler plus fort », assure-t-il.

PartagerEmail this to someoneShare on Facebook0Tweet about this on TwitterShare on Google+0Pin on Pinterest0

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *