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Nuuk 2016 : blizzard et autres tempêtes

Gaël Marchand et Thibaut Rondel

Le charme coloré de la petite capitale du Groenland est indéniable. Mais une fois passées les façades bariolées de cette gentille communauté, plus rien d’exceptionnel ne semble prédisposer l’endroit à accueillir un événement sportif d’ampleur internationale. Pourtant, c’est bien à Nuuk que se tiennent actuellement les Jeux d’hiver de l’Arctique. Un choix périlleux doublé d’un casse-tête logistique.

Pour se rendre à Nuuk, quelque 1 200 athlètes ont tout d’abord dû faire escale à l’aéroport de Kangerlussuaq, seule infrastructure capable d’accueillir les vols réguliers en provenance des quatre coins de l’Arctique. Mais pris dans un blizzard de saison prévisible, près de trois cents compétiteurs ont vu leur élan brisé par près de 24 heures d’attente. Hébergés dans l’école du village, les retardataires ont été répartis dans de plus petits avions et se sont finalement posés par groupes de trente à l’aéroport de Nuuk qui avait été pour l’occasion fermé à tout autre trafic aérien.

Les jeunes sportifs sont pleins de ressources, mais leur fraîcheur avait déjà dû pâtir de l’impondérable. Pourtant, une fois sur place, point de village olympique où optimiser son potentiel d’athlète. Les jeunes ont terminé leur périple entassés par vingtaine dans les salles de classes de l’école municipale.

Mais jusque là, tout va bien, puisque le comité d’organisation savait pour les tempêtes de saison, la capacité d’hébergement restreinte et la piste trop courte. Allez, avec un peu de bonne volonté, on peut bien voir l’événement sous l’angle du pari logistique! Après tout, le Nord est une terre de défis et les frileux n’ont qu’à bien se couvrir!

Des jeunes athlètes de la délégation yukonnaise tuent le temps sur les hauteurs de Kangerlussuaq. Photo: Colin Hickman

Des jeunes athlètes de la délégation yukonnaise partent à la découverte des hauteurs de Kangerlussuaq. Photo: Colin Hickman

 

Ironie mise à part, il reste que voyager au Groenland n’est pas donné à tout le monde et que les ados doivent y vivre des expériences géographique, culturelle et gastronomique uniques. Les Jeux se révèlent aussi rassembleurs pour le Yukon qui y envoie près de 300 participants avides de médailles sous leurs beaux uniformes. Une réelle chance pour les jeunes sportifs… du moins pour la plupart, puisque près de 300 athlètes ont hélas manqué la cérémonie d’ouverture des Jeux. Nombre de jeunes hockeyeurs n’auront quant à eux même pas vu les couleurs de Nuuk, puisqu’ils se sont directement rendus à Iqaluit. Iqaluit, au Nunavut, à 800 km de Nuuk qui ne possède pas d’aréna. Pour un événement censé glorifier les sports d’hiver… c’est poche. Mais le paradoxe ne s’arrête pas là.

En choisissant Nuuk et ses infrastructures minimales, le comité organisateur a privé de jeux les équipes de pas moins de cinq disciplines symboliques. Au Groenland, le patinage de vitesse et le patinage artistique sont passés à la trappe tout comme que le curling, le traîneau à chiens, et dans une moindre mesure, la gymnastique. Le badminton, le futsal, le tennis de table et le volleyball ont quant à eux eu la vie sauve. Cherchez l’erreur!

Comment alors croire le comité organisateur lorsqu’il déclame qu’au centre de son processus de décision se trouve le développement de ces jeunes athlètes… finalement mis sur la touche? Le laïus des principes de fonctionnement disponibles sur le site Internet de l’organisme laisse également perplexe tant ils s’éloignent de la réalité des Jeux 2016.

Louant le franc-jeu et les valeurs fondatrices du sport, le comité organisateur en a en effet été amené à demander cette année à la puissante délégation russe de ne pas aligner ses meilleurs skieurs. Au nom du beau jeu et de l’égalité des chances! La démarche est certes raisonnable, mais le positionnement des Jeux n’en est devenu que plus nébuleux. Avec l’essor parallèle des athlètes alaskiens et du sport albertain, les Jeux de l’Arctique peuvent-ils donc aujourd’hui encore remplir leur rôle originel de tremplin au service des communautés du Nord? Ne devrait-on pas désormais les aborder comme une réelle compétition sportive à l’issue de laquelle le meilleur gagne?

Les organisations sportives internationales ont le chic de nous faire naviguer en eaux troubles. Mais si le Qatar a réussi à remporter l’organisation de la Coupe du monde de soccer, pourquoi Nuuk n’aurait-elle pas eu droit à ses Jeux arctiques?


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