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Numérisation d’archives autochtones

Denis Lord — L’Aquilon (Article sur l’Arctique)

Le gouvernement fédéral favorise la préservation d’archives audiovisuelles en langues autochtones.

Extrait d’un court-métrage de Zacharias Kunuk numérisé dans le cadre de Écoutez
pour entendre nos voix.
Photo : Isuma

Plusieurs organismes et communautés autochtones des territoires tireront parti du financement de 2,3 millions de dollars octroyés par Bibliothèque et Archives Canada (BAC) dans le cadre du programme Écoutez pour entendre nos voix. Ces subventions leur serviront à numériser des enregistrements et à acquérir des compétences et des ressources pour cette tâche.

Basé à Igloolik, le Nunavut Independent Television Network (NITN) est un centre d’artistes autogéré qui promeut la création de vidéos d’art inuit. NITN est l’un des organismes fondateurs d’Isuma, une plateforme multimédia.

Membre du conseil d’administration de NITN et producteur pour Isuma, Jonathan Frantz estime qu’il y a au bureau d’Igloolik entre 200 et 300 vidéocassettes en inuktitut, y compris des documents audio, enregistrés à partir des années 1990. Selon lui, le support physique de ces enregistrements se dégrade et il y a un danger de perdre ce que le fameux réalisateur et administrateur d’Isuma, Zacharias Kunuk, considère comme un « trésor national ».

« Beaucoup des personnes enregistrées sont décédées, explique M. Frantz ; certaines étaient des aînées qui ont vécu la moitié de leur vie de façon très traditionnelle. Elles avaient une façon très différente de voir la nature et étaient très attachées à la culture traditionnelle. Nous croyons que c’est très important de préserver et de partager ça. […] C’est unique et rare. »

Le producteur souligne en outre la richesse linguistique de ces documents.

Formation

NITN a déjà commencé la numérisation de son catalogue grâce à un financement du gouvernement du Nunavut. La compagnie possède déjà de l’équipement et des connaissances à la numérisation, mais les 99 775 $ octroyés par BAC seront utilisés pour accueillir à Igloolik, au printemps, un spécialiste de Toronto avec de l’équipement de pointe, qui formera des Inuits à l’utiliser. Les dates, les lieux de tournage et des mots-clés seront ajoutés aux documents pour faciliter leur consultation sur le site Internet Isuma.tv.

« Nous voulons aussi offrir gratuitement ces services à d’autres communautés du Nunavut, de dire Jonathan Frantz ; elles pourront nous envoyer leurs vidéocassettes. »

Archivistique et transfert

En 2016, le Service du patrimoine culturel du Conseil tribal des Gwich’in a pris le relais de l’Institut social et culturel Gwich’in pour contrer le déclin de la culture des communautés de Fort McPherson, d’Aklavik, d’Inuvik et de Tsiigehtchic aux TNO.

« Durant les 25 dernières années, détaille la directrice du service, Sharon Snowshoe, nous avons travaillé avec les aînés, qui ont partagé leur savoir traditionnel, culturel et historique. Nous avons supervisé 120 projets de recherche portant sur l’archéologie, les talents traditionnels, la langue, l’écologie, l’ethnobotanique, la géologie… En 2017, les administrateurs du Conseil tribal ont adopté la résolution de donner tout ce matériel à Archives des TNO en reconnaissance de sa grande valeur et de la nécessité de le préserver et de le partager avec les générations futures. »

Les archives du Service sont progressivement transférées à Archives des TNO.

Mme Snowshoe s’est dite heureuse de la subvention de 99 600 $ de BAC, qui permettra l’embauche d’un archiviste professionnel. Celui-ci organisera les documents et fera une description des collections, qui comprennent des enregistrements, des rapports, des transcriptions et des photos.

Beaucoup de travail, résume la directrice du Service du patrimoine culturel. La numérisation a commencé au début du mois de novembre 2019 et se poursuivra jusqu’à la fin du mois d’octobre cette année.

Aux territoires, la Société patrimoniale Pitquhirnikkut Ilihautiniq/Kitikmeot, la communauté Tr’ondëk Hwëch’in et le Conseil des Premières Nations du Yukon, en partenariat avec le Centre des langues autochtones du Yukon, ont aussi reçu du financement.

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