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Montée fulgurante de la consommation de cannabis

Roselyne Gagné

Les données récoltées suite au deuxième anniversaire de la légalisation du cannabis mettent en lumière le travail qu’il reste à accomplir pour atteindre les objectifs de santé publique fixés par le gouvernement du Yukon.

Au Yukon, le gouvernement s’approvisionne directement chez les producteurs et revend les produits aux entreprises détentrices de licence sur le territoire.
Photo : Archives AB

 

Le plus récent rapport sur la consommation du cannabis au sein du territoire montre une importante hausse en popularité de la substance au Yukon. Selon celui-ci, les revenus liés à la vente de cannabis ont plus que doublé durant l’année fiscale 2020 par rapport à l’année précédente (4 863 000 $ contre 2 030 000 $).

Il est par ailleurs estimé que près de 20 % des Yukonnais ont consommé du cannabis au moins une fois durant la dernière année. « Le Yukon a surpassé les autres provinces canadiennes pour la vente de cannabis légal. Selon Statistique Canada, le marché privé yukonnais vend environ quatre fois et demie plus de cannabis légal qu’en Ontario, et 65 % de plus qu’en Saskatchewan par habitant », soutenait le ministre responsable de la Société des alcools du Yukon, John Streicker, durant l’Assemblée nationale du 15 octobre dernier.

Le gouvernement trop impliqué?

Au Yukon, le gouvernement s’approvisionne directement chez les producteurs et revend les produits aux entreprises détentrices de licence sur le territoire. Cette place qu’occupe le gouvernement au sein de la chaîne d’approvisionnement inquiète Wade Istchenko, du Yukon Party. « Le gouvernement ne devrait pas empêcher le contact direct entre les producteurs et les revendeurs. Cela limite la possibilité de créer des ententes exclusives et ralentit l’apparition des nouveaux produits au Yukon », précise l’élu du Yukon Party.

À cet effet, l’exemple des breuvages à base de cannabis est montré du doigt. Même si cette catégorie de produit a été rendue légale au Canada en janvier 2020, il n’y a toujours pas d’offre pour ces produits sur les tablettes des distributeurs territoriaux. « Même si le système s’est amélioré depuis sa mise en place, le monopole gouvernemental sur la distribution ralentit l’apparition de nouveaux produits et fait gonfler injustement les prix, ce qui nuit à sa lutte contre le marché noir », ajoute Wade Istchenko.

Les données recueillies par le gouvernement vont dans ce sens. En effet, plus de 50 % des jeunes sondés de neuvième et dixième année pensent qu’il est facile, voire même très facile de se procurer du cannabis. Parmi ces mêmes jeunes, 32 % de ceux-ci avaient consommé du cannabis avant l’âge de 16 ans, et près de 9 % des jeunes sondés en avaient déjà consommé à 12 ans. On note aussi une nette augmentation des visites aux urgences reliées à la consommation de cannabinoïdes, même si le nombre d’hospitalisations reste sensiblement le même depuis 2015. Les données sur les accidents routiers ne sont pas encore disponibles, car la Banque de données nationale ne fait pas encore de distinction entre le cannabis et les autres substances illicites. Le Yukon a cependant un taux d’accidents avec des facultés affaiblies largement supérieur à la moyenne nationale (1200 accidents par 100,000 habitants contre une moyenne nationale de 200), dont une proportion serait vraisemblablement reliée à la consommation de cannabis.

Un retour de la vente en ligne possible

Le grand enjeu soulevé en chambre le 15 octobre dernier était surtout la fin de la vente en ligne de produits à base de cannabinoïdes. Initialement mise en place par un décret ministériel durant la crise pour permettre l’accès de ces produits aux communautés reculées, cette mesure avait été vue d’un bon œil par les distributeurs. Or, l’abolition du décret en septembre a laissé les commerçants mécontents. Le gouvernement défend celle-ci par le peu de revenus générés sur sa plateforme (25 000 $ contre 1,3 M$ pour la vente au détail). M. Streicker justifie cette décision par le fait que cette mesure avait été introduite lors de la crise sanitaire pour diminuer l’achalandage et permettre une distribution simplifiée dans les communautés. Néanmoins, le ministre est ouvert à ce que la vente en ligne soit de nouveau disponible, cette fois par un article de loi et non par décret spécial.

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